"Gobier !", entendu cent fois au milieu des étés des années soixante-dix, dans les arrières cours des logements ouvriers de Darnetal, ou crié depuis une fenêtre ouverte de R16 à l'intention du môme qui traverse sans regarder, à mon encontre aussi, parfois. Pas vraiment une insulte, le mot sonne plutôt comme une apostrophe. Son synonyme, "crétin" rend mal la légèreté de gobier, le caractère de moquer bienveillante que le terme évoque. Il faut cependant attendre parfois plus de trente ans pour comprendre un mot.

"Gobier" vient de Dieppe et désignait au XIXe les habitants des gobes, petit peuple de la ville chassé de chez lui par les travaux d'infrastructure et ayant trouvé refuge dans ces grottes des falaises en bord de plage. Un peuple de déplacé, pas vraiment sans feu ni lieu puisqu'il s'en était construit un, hors norme, dans ces creux calcaires. Des réfugiés de la guerre urbaine qui, hier comme aujourd'hui, sévissait dans nos villes, de la Zone entourant Paris à ces murs de craie en bord de mer qui virent nicher des hommes comme des goélands.

L'histoire ne se répète pas. Elle se poursuit. Ce que l'on continue d'entrevoir comme étant la ville : rue, mur, habitat normé, génère dès ce XIXe siècle, qui demeure notre éternel présent, son lot de "hors norme" : habitat éphémère, mobile occupé à l'année ou saisonnièrement. Toits hors norme qu'une application, toute aussi XIXe, du Darwinisme à la pensée de la ville veut voir comme une anomalie vouée à disparition.

Rien de moins certain.

Une chose est sure pourtant, il en manque la carte.

C'est ce que nous entreprenons aujourd'hui à Dieppe.