Deux chalets pour les partisans du camping entre des murs de bois (« les vacanciers sont de plus en plus demandeurs de confort »), et des chèvres, parce que le terrain est en pente et l'herbe grasse complètent le dispositif. Une bonne idée qui peine à trouver un avenir. Dans cet espace construit par le patron, et quelques amis venus « prêté la main », la bière de fin de journée est amère. On attend le touriste et l'on rêve à un développement qui pour l'heure est refusé par la mairie. Simplement hostile au projet ou désireuse de voir affluer des populations plus chic ? A cette question, la réponse fuse, simple et directe. « C'est le maire, il n'aime pas beaucoup les campings .» (rires) Dans le cas du relais, la municipalité s'oppose à ce que le plan d'occupation des sols (POS) soit modifié, passant de terrain agricole à terrain commercial sur lequel il pourrait accueillir plus de campeurs..Interdit d'agrandissement, le relais des motards reste limité à 18 emplacements.

Il existe deux établissements de ce type dans la région, les autres sont dans le Sud de la France. Ceux qui fréquentent le relais sont, pour une large part, des étrangers d'un ailleurs plus ou moins lointain. Des Belges, qu'on hésite à compter parmi les étrangers, tant ils représentent une branche de la famille élargie. « Ils descendent la côte ». Et puis, il y a les « étrangers », Hollandais, Anglais, Allemands, qui font une étape sur la route vers le Mont Saint-Michel.
La spécificité du relais ? Il a été pensé pour les voyageurs de l'ultra-légèreté. Dans cet état d'esprit, il propose tables et chaises, restauration rapide, et atelier de réparation moto, aux conducteurs de deux roues. Une idée de motard mécanicien, ayant grandi dans l'univers du camping – le terrain mitoyen en l'occurrence. Dans cette ultra-légèreté, aux prix encadrés, la ville ne semble pas entrevoir son avenir. A Pourville, il y aurait « un projet de développement d'équipements touristiques » classiques. La mairie aimerait faire venir des touristes plus fortunés. Pour le faire savoir, quelques indicateurs sont pertinents.
L'ouverture des campings – dans ce cas précis pour 6 mois – est décidée par la préfecture (à Rouen). L'heure n'est pas favorable à leurs usagers. En témoigne l'expérience du camping d'Hénin-Beaumont, où un établissement a été vidé de ses occupants. Ce sont les habitants, ceux qui usent des campings comme d'un logement durable, même temporaire, qui sont l'objet de cette attention malveillante. De même, l'attribution des étoiles (sésame essentiel), est désormais gérée par des entreprises privées, (de type Securitas, Veritas, etc.). Ces étoiles ne sont en rien indispensables, mais sans elles, la TVA grimpe à 19% ( au lieu de 5, 5%). Cette précieuse note, se paie, en plus de l'équipement requis, 490 euros.
Les dernières années, les usagers des camping, habitants passagers ou au plus long cours, délaissent tentes et caravanes, au profit des mobil-homes. « Les gens demandent du camping 'tout confort' ». Si les campings se heurtent à des résistances croissantes, les chambres d'hôtes ont profité de cette tendance et d'un a priori favorable des autorités pour se multiplier. Entre poussée des loisirs et défiance institutionnelle, l'habitat léger, atypique et hors-catégorie administrative, est coincé entre l'arbre et l'écorce. Absurdité administrative nourrie de méfiance à l'endroit de qui n'est pas aisément contrôlable et localisable. Absurdité qui voudrait voir se substituer la carte au territoire. Pourtant la réalité vient contredire ce rejet. La centrale nucléaire de Penly recherche où loger 3 000 à 4 000 travailleurs d'ici à 2015. Les chantiers de réfection de l'hôpital et ceux de soudure dans le port ont amené leurs lots d'ouvriers cherchant un toit, qu'ils soient Roumains, Turcs, Polonais ou Français bon teint.