Nito et Timothée sont nos voisins. Depuis quelques jours, nous les voyons passer derrière le grillage et les grilles de nos fenêtres, avec leurs vélos équipés de remorques, rejoignant les caravanes posées sur ce terrain près de la déchetterie. Ici comme ailleurs, ça se vérifie, pour trouver un terrain de voyageurs, cherchez le pire : souvent entre la voie ferrée et la déchetterie. Ici, c'est entre celle-ci, la rivière et une entreprise de polissage de métaux qu'on les trouvent. Non pas que la proximité leur permette de pratiquer leur activité de récupérateurs de métaux, mais surtout, parce que c'est souvent les derniers lieux où on les laisse en paix.

Ce n'est que plusieurs jours après que nous les rencontrons, à l'autre bout de la ville. Assis en rendez-vous, nous sommes surpris d'entendre, comme à quelques mètres, une musique à plein volume. Un auto radio ? Un concert ? Un barbecue qui s'improvise ? Non, un étrange dispositif : vélo, carriole avec, entre les planches, un branchement complexe de batterie de voiture, transformateur, lecteur cd et une énorme enceinte. À travers la fenêtre nous reconnaissons nos voisins. Ils s'accrochent au rebord. « On est Manouche ! Voyageur, même carrément ». C'est ainsi qu'ils traversent la ville quand ils ne font pas de la ferraille ou n'aident pas un membre de la famille à tailler une haie, volume à fond. « L'autre fois on a même gagné vingt euros ! »

Nito et sa famille viennent d'Amiens. Il construisait déjà ces dispositifs sonores à l'époque sur des vélos, des scooters. Il est sur cette « place » depuis 5 ans. Possède depuis peu sa camping, attend une voiture sans permis et rêve d'accrocher avec sa sœur pour Marseille et y rester quelques mois. Il parle aussi du tatouage qu'il veut se faire sur le bras : un hérisson (le niglo symbole des voyageurs) avec des gants de boxe ou une mitraillette.