Illicite... Illicite... c'est ce que dit la mairie concernant cette occupation de l'espace. Illicite c'est aussi ce que dit la cour européenne des droits de l'homme concernant le carnet de circulation imposé par l'état français au voyageur. C'est peut-être ce que répètera le conseil constitutionnel français. Illicite c'est ce que depuis le début de ce projet nous entendons : des formes d'habiter illicites. [ Des voisins mécontents|http://haute-normandie.france3.fr/2012/09/30/gens-du-voyage-une-occupation-illegale-rouen-98039.html|fr]...alors ça expulse. On en revient tout juste. Ça commence par un article à la rubrique faits divers : « Des gens du voyage se sont installés dimanche 30 septembre sur l’Île Lacroix, provoquant la colère des riverains. ». ça se poursuit par une marche jusqu'au bout de l'île à recherche des dîtes caravanes. Nous ne sommes pas les seuls. Deux femmes en voiture les cherchent aussi , nous questionnent et poussent plus loin sur le chemin cabossé. Elles nous disent pourtant les avoir vu depuis le pont et s'étonnent que nous les cherchions aussi (nous n'avons toujours pas la tête de l'emploi)

Au retour, nous les trouvons enfin, sur une aire de jeu bitumée placée sous le pont, ou presque. Là, une vingtaine de caravane. Il doit être onze heure. Dehors les femmes s'activent, aèrent les couettes, ouvrent les boites à gaz, préparent le déjeuner.

Nous sommes précédés par deux journaliste qui discute avec un homme dans sa camionnette. Précédés eux-mêmes par beaucoup d'autres, journalistes, sous-préfet, police municipale, nationale. Rien d'étonnant que la femme à qui nous nous adressons lève d’abord les yeux au ciel en synonyme gestuel de « encore ? ». Elle ne peut pas nous renseigner, la caravane là bas, peut-être... non plus.

Les journalistes sont partis. Nous approchons à notre tour de la camionnette. Le conducteur nous explique. « On était installé près du hangar 23. mais le responsable du port à porté plainte et on nous a signifié l'expulsion. Alors on est parti un jour avant le délai, hier, pour ne pas avoir de problème. On s'est installé ici. Ce matin la police, la mairie et le sous préfet sont passés. Ils ont parlé de référé. On attend. Mais on ne sait pas où aller. Nous on demande juste un bout de terrain pour rester quelques jours, payer l'eau, les poubelles. Juste un bout de terrain. Et je peux vous dire qu'il y en a plein qui ne servent à rien ! »

« Vous savez, nous ce qu'on veut... »

Oui ! Comme tout le monde en somme, mais pour beaucoup ce doit être énorme : le droit à la ville ou du moins à la place. L'ensemble des aires d'accueil autour de Rouen sont pleines. L'obtention d'un terrain familial relève du parcours du combattant. C'est bien de place qu'il s'agit ici. Et il semble soudain incongru que cette question se pose au cœur de la ville même sur ce bout de bitume qui peine à se donner des allures d'aire de jeu.

L'île Lacroix, les quais et la zone portuaire sont le théâtre régulier de ce type d'occupation par les populations mobiles. Personnes vivant en camion, en camping car ou en caravane. Venant pour un séjour touristique ou pour travailler. Véritable anomalie pour les tenants de la ville « Normale » il semble bien que dans les pratiques comme dans l'histoire certaines zones de l'espace urbain se trouvent dédiées à un certain nomadisme. De la foire St Romain aux ouvriers restaurant les clochetons de la cathédrale (que l’employeur incite à camper au pied du hangar pour garder le matériel), en passant par les mariniers et même par les installations ludiques éphémères et foraines de la mairie, tout fait de ces morceaux de ville sans programme sédentaire des poches ou des enclaves nomades.

Répondre "Illicite" est un peu court...

Et ne laisser parler que les voisins mécontents, dangereux...

Alors nous attendons à côté du téléphone. Quand la police arrivera alors nous viendrons montrer au moins autre chose que le nouveau visage républicain du RIVERAINMECONTENTMAISVOTANT.