Go west young men, tel était le titre de l'article du monde du 13 janvier 2014 signé par Sylvie Kauffmann et traitant de la mobilité des Européens. Ce titre, cite l'éditorial de 1865 du journaliste et candidat à la maison blanche Horace Greeley, incitant à l'expansion voire à la conquête de l'ouest entrevue comme une solution au chômage.

Ainsi peut-être, un inconscient candidat américain chuchote-t-il au cerveau des candidats roumains, rroms, moldaves... au départ vers l'Ouest où nous vivons. Le même Américain chuchote-t-il aux oreilles de nos élus pour qu'ils craignent jusqu'à s'en prémunir, la conquête de leur défunte Gaulle par une poignée de candidats à une vie meilleure venus de cette Europe que ces premiers appelaient de leurs vœux?

La dramaturgie politique a tôt fait de nous replonger dans sa forme la plus poussiéreuse et néanmoins désespérément efficace : la tragédie ; et ce, en empruntant à la forme qui dépoussiéra le genre à grand frais : le Western. Tragédie moderne, celui-ci nous accule et nous divise en deux (davantage n'est pas nécessaire, un seul bulletin entre dans l'urne). Il faut choisir et s'identifier, qui sommes-nous ? qui sont-ils dans ce duel binaire ? Voilà la partition imposée sur laquelle la république joue à grand renfort de pelleteuses et de chœur policier. Qui sommes-nous ? Indiens envahis ? Fermiers menacés ? Sherrifs élus ? Milice populaire ? Qui sont-ils ? Migrant de la conquête de l'ouest ? Cow boys salariés de grandes firmes ? Buffalo Bills décimant nos troupeaux ? Chinois du train? Hors la loi ?

Go west ! But not only.

Le mur nous aveugle encore, car c'est bien de ceux de l'autre côté du mur qu'il s'agit. La part maudite, ce bout d'Europe hier tampon de l'affrontement des deux puissances mondiales aujourd'hui candidat au rôle de bouclier anti-migratoire de l'union européenne. Cette petite Europe encore tampon sous la pression de ses deux côtés ; pressurée à en faire fuir ses plus légers, ses plus pauvres... vers l'Ouest ? Yes but not only. Les trajectoires migratoires sont multiples et étoilées. Des Moldaves (2 tiers de la population même) au Portugal en France mais aussi en Russie sur les chantiers aussi dans l'industrie du care tout autant.

Le jeu des chaises musicales n'est pas une tragédie, c'est une danse compliquée. Et c'est de l'autre côté du mur, ici, à Moscou, mais aussi en Moldavie que nous tentons d'en décrypter la partition et peut-être avec notre caravane, y attenter.

De ma fenêtre, je vois Moscou et sa puissance étalée, constitutive même. Mais je sais ici, dans le centre de cet Est, des gens vivants dans des garages. J'en sais aussi d'autres dans des habitats de fortunes le long des lignes de chemin de fer, d'autres encore dormant dans leur voiture, dans les rues de Moscou ;ici, comme de l'autre côté du mur, invisibles, oblitérés par la cécité volontaire.

Western ? Oui, si celui-ci n'est autre qu'une version du mur ne laissant voir que les cimes de grattes ciel et empêchent de voir la ville à ras de terre. Les murs ne séparent pas deux mondes comme on voudrait le croire mais sont au contraire les murs d'enceinte aveugles des villes insulaires que la métropolisation nous vante et appelle de ses vœux.