La fabrique de la ville planifiée fabrique la ville non planifiée.

Ici comme en France on vérifie les relations réputées contre nature que ville planifiée et ville mobile entretiennent. Là encore le projet urbain ou immobilier amène sa main d’œuvre souvent de loin, peuple de déplacés volontaires qui iront pour certains s'entasser dans les containers visiblement mis à leur disposition par les entreprises. En Moldavie plus d'un tiers de la population vit à l'étranger. Les Moldaves vont grossir les rangs des ouvriers du bâtiment ou de l'aide à la personne en Russie ou, il y a peu encore, au Portugal. La main d’œuvre vient à manquer ; ainsi, les chantiers moldaves font-ils appel à des ouvriers roumains, pakistanais ou chinois. Là encore le logement mobile devient la variable d'ajustement immobilière capable d'abriter à moindre coût et en réputée invisibilité ces Autres. Autant par effet de réel que de synonymie la ville mobile devient pour les faiseurs de ville planifiée la ville de l'Autre. Soit parce qu'elle héberge de fait l'étranger, soit que le devient quiconque l'habite. En cela, peu de différence avec la France.

La planification par la tabula rasa ou le nettoyage du calque.

Est-ce définitivement l'acte sans lequel l'architecture ne saurait se concevoir ? Architecture d'espace, de ville, comme de système politique. Effacer. Faire place nette sur la futile représentation de l'espace et de la société qu'est le plan. C'est en tout cas ce qu'à Moscou en particulier il se passe. Léger, informel, non planifié mobile... effacés ! car il faut bien faire correspondre le monde à la carte ! La virtuelle touche « Suppr » du clavier du faiseur de ville appelant l'expulsion manu militari par les forces de l'ordre. Les troupes de Valls comme celles de Poutine ou du maire de Moscou font place nette sur le calque qui est leur réalité. Ici les uniformes détruisent les bidonvilles en lisière de métropole fantasmée. Là d'autres uniformes déferlent dans des baraquements du chantier métropolitain pour en chasser l'étranger. La ville par le vide trouve d'autre occurrences sous le ciel d'Est. Depuis longtemps déjà (combien exactement reste à définir) les passages sous terrain, que l'urbanisme moderne fit naître sous les routes pour éviter au flux de piéton de croiser le flux automobile, sont occupés par des échoppes de quelques mètres carrés (2 à 8 tout au plus) dans lesquelles une femme le plus souvent vend bijoux, gants, foulards, souvenirs, cigarettes ou chapkas. Mais depuis quelques temps, au prétexte de réfections, ces couloirs retrouvent leur angoissante virginité. Vidés de leur échoppes ils sont rendus à leur unique programme de circulation que celles-ci ne semblaient pourtant pas perturber. Les micros bazars sous terrain de proximité disparaissent à l'instar des plus grands. Et peut-être doit on lire ici tant la chasse aux individus qu'à une économie grise ou non planifiée : l'économie de bazar.

L'hypothèse de l'histoire. Le kiosque et le bazar ou comment, peut-être, l'orient apprit une économie et une ville à l'occident.

C'est à la renaissance que l'empire Ottoman aurait appris au royaumes européens à « faire le marché ». Voyageurs et diplomates important le bazar dans les royaumes de l'ouest. C'est dès la fin du XVIe siècle qu'un autre dispositif voyagea de la Turquie à l'occident : le kiosque. Pavillon ouvert il sera importé dans les jardins des cours européennes avant d'arriver au XIXe siècle dans les parcs et jardins publics puis, colonisera places et rues. Abritant événements, promeneurs, spectacles ou concerts, il devient équipement fournissant abris et parfois services technique comme l'éclairage. C'est l'année des révolutions européennes de 1848 qui voit son emploi en tant que structure économique : petite boutique installée sur le trottoir vendant journaux, fleurs ou tabac. Il perd dès lors et inverse même la dimension panoptique du Kiosque-belvédère ou même du kiosque à musique. Avec les architectes et artistes constructivistes le kiosque devient un véritable exercice de style, monument urbain fonctionnel il affirme le progrès et devient peut-être la figure exemplaire d'une architecture publique ou d'un outillage de l'espace commun ainsi qu'un support textuel. Il est a noter que les projets ne s'embarrassent guère de lourdeur. Les formes restent visiblement libres et légères apparemment démontables ou éphémères. Une autre histoire de la modernité naissante pourrait non seulement nous réconcilier avec celle-ci mais permettrait peut-être de libérer nos espaces de leur fondation et laisser entendre les dynamiques propre et joyeuse d'une ville en devenir perpétuel.

Mais d'évidence cette histoire de l'art de faire la ville moderne c'est trouvé ignorée et semble rester dans les confortables tiroirs utopiques.