C'est ici que nous avons nos habitudes, un bar tabac sur une des places les plus touristiques de Rouen renommé le Stardust (poussière d'étoile) par sa propriétaire. Une anomalie dans le paysage de restaurants chics appartenant, pour plus de la moitié, à un seul propriétaire et son rejeton. Ici c'est un autre peuple de Rouen qui passe gratter des tickets perdants, boire un café ou un verre. Les dread locks et les langues étrangères n'y sont pas rares, les fils de voyageurs non plus. La porte coulissante automatique vous y agace le dos en courants d'air intempestifs qui vous font parfois douter d'être à l'intérieur. Les regards en coin des bourgeois sont nombreux quand ils passent à proximité de la terrasse. Si nous vivons bien leur dés-astre, c'est sur les poussières d'étoiles que celui-ci a posé là qu'ils semblent vomir.

J'entre comme à l'habitude. Embrasse la serveuse qui lâche quelques secondes son éponge pour me saluer, regarde distraitement le journal posé à sa place à l'angle du bar, jette un œil aux derniers collages d'affiches ou aux cut up réalisés par les employés du lieu à partir de titres de journaux pendant que, sur Youtube, un client vient de mettre la main et fait résonner "mort aux vaches". Je commande, on échange quelques mots. Je l'interroge : "alors ton camion ? Bah ça avance pas parce qu'on a plus de thune. Mais il en est où exactement ? L'isolation est faite le doublage en panneau aussi. On a fait une table et les banquettes qui se transforment en lit, mais on attend d'avoir les moyens d'acheter les batteries et accumulateurs. Alors pour l'instant..."

Un peu plus tard un ami entrera et me parlera de ses cousins manouches. Plus tard encore c'est Davy qui me redemandera si je compte finalement aller voir son père dans son mobil home relooké en architecture durable. Davy part bientôt tenter sa chance à Miami. Les poussières d'étoiles filles de voyageur ne voyagent pas qu'en caravane.