« J'habitais dans un appartement sur les hauteurs... Et puis un jour, il y a 11 ans, j'ai reçu en héritage d'un ami une maison, qui allait avec ce terrain ! Pour payer les droits de succession, j'ai vendu la maison et me suis installé sur le terrain. J'y ai posé une caravane. Je n'aurais jamais, un jour, imaginé vivre ainsi. Je m'imaginais, plus jeune, acheter un camping-car et partir, mais vivre dans une caravane, dans ces conditions, jamais ! Mais ma retraite étant ridicule, il me fallait bien un complément de salaire. Du coup, j'ai fait ce jardin et je vends mes quelques légumes et mes quelques poulets à des copains ! Mais je crois que c'est la dernière année que je fais ce jardin, parce que c'est quand même un peu dur !

Des terrains comme le mien, il y en a régulièrement à vendre. De ce côté-ci, il y a des Russes qui ont acheté. Lui est professeur de math et de musique dans un lycée à Évreux. De temps en temps, des Parisiens viennent pour me demander si mon terrain n'est pas à vendre ! Même si on m'en propose 70 000 euros, j'irai où après ? À l'époque, c'est moi qui avais montré le terrain à René quand il a voulu acheter un point d'accroche pour son bateau. Son terrain est bien mieux que le mien, parce qu'il a de l'eau et de l'électricité, mais il était déjà trop cher pour moi ! »

Au fond du jardin, nous décelons des cuves de récupération d'eau de pluie, utilisée certainement pour son jardin. Nous sommes à quelques mètres seulement d'une route nationale et de la Seine et René nous explique qu'il n'a ni eau, ni électricité et que ses demandes à la mairie sont restées veines. « Je n'ai pas le droit d'avoir un accès à l'eau et à l'électricité et des gens viennent piétiner et arracher mon jardin ! C'est parfois un peu dur ! »