Nous nous dirigeons vers un mobilhome dont la lumière est allumée. Un chiot rondouillard vient à notre rencontre et un homme nous salue depuis sa caravane. C'est finalement sa femme qui préfère venir discuter avec nous et qui nous invite à franchir la barrière.

Lucile, une vingtaine d'année, habite dans ce camping depuis deux ans avec son mari et sa fille (on aperçoit un lit à l'intérieur). « Quand je suis arrivée il y avait encore plein de monde. Peu de temps après, les gens ont commencé à partir et puis d'autres sont morts. Aujourd'hui ce n'est plus un camping. La proprio ne s'en occupe plus et elle a même revendu le bas du terrain. Ce qui est bien c'est qu'on vit ici gratis. Et puis j'ai acheté un terrain à Givenchy mais le maire ne veut pas qu'on installe notre caravane ; on risquerait de se faire expulser, alors on reste là... là-bas, ils n'aiment pas beaucoup les voyageurs. »

Au fond du terrain est garée la caravane dans laquelle vit la petite famille. Un mobilhome abrite la cuisine, tandis que les toilettes et une buanderie se situent dans une cabane construite à l'entrée du terrain. « Le problème ici c'est la boue. C'est pour ça qu'on a acheté du gravier pour cette partie du terrain ». La partie boueuse du terrain est occupée par deux camions, un boxer et un iveco grue, qui appartiennent à Lucile. « Avant j'avais une chèvre ici mais j'ai dû la mettre dans un enclos parce qu'elle était montée sur le capot du boxer et avait rayé les vitres des camions des voisins ».

Le camping a été déserté depuis 2013 et il ne reste plus que quelques personnes : la famille de Lucile, le cousin de son mari, une autre famille, et un homme seul (handicapé). « On s'entend bien avec les voisins du quartier mais ils n'osent pas entrer dans le camping. Par contre dès qu'il fait beau c'est rempli de monde ici. C'est le squat ! Il y a toute la famille et les amis qui ne travaillent pas qui viennent nous voir, pour boire des coups et être tranquilles ».