Il apprécie être près de la gare « car ici les gens ont tous une histoire différente, c'est un lieu en lien avec le voyage ». Avec le sourire, Julien nous raconte les histoires des gens qu'ils rencontrent, de ceux qui s'arrêtent. Par exemple celle de cet homme qui lui a aujourd'hui acheté des croquettes pour son chien et un sandwich, "un aussi pour François à côté" et qui ne vit qu'avec 10 euros par jour, à la suite d'un accident de deux roues. "Il s'est arrêté à un stop, un 4x4 lui est rentré dedans, il s'est envolé jusqu'à un carrefour où une autre voiture l'a percuté. Il est resté un an dans le coma et a eu 14 mois de rééducation. Un homme, un livreur qui travaillait là, a été témoin de la scène et est venu le voir tous les jours à l’Hôpital. Depuis il lui donne dix euros par jour pour vivre."

Julien squatte une caravane près du Kindarena, Dans ce secteur "greenwasher" du développement urbain éco-responsable. Caravane au milieu du chantier d'une conquête de l'ouest de la ville sur son port. Elle fait sept mètres de long, il y vit avec ses trois chiens et neuf chats. Il a voulu s'installer sur la ZAD de la Ferme des bouillons mais peu après avoir trouvé cette caravane la ferme s'est faite expulser. Pionnier chez les pionniers. Habitant temporaire d'un quartier que l'aménageur vide.
Il a de très bons rapports avec ses voisins, des personnes âgées pour la plupart, dont il s'occupait à l'époque où comme son père il était animateur. « Je veux refaire ça ». Anecdotes pour le faiseur de ville, trop occupé à faire pousser ce morceau de ville sur les ruines de l'ancien. La caravane de Julien se glisse dans ce moment comme dans cette indifférence, garantie, un temps encore, d'une relative tranquillité.

Il s'appuie sur sa béquille : «  j'ai mal au dos à cause de mon lit, c'est le fait de dormir sur une planche en bois ». Il range sa casquette remplie de pièces rouges dans son sac, puis le pled sur lequel est allongé son chien et enfin ses croquettes neuves. La journée est finie, juste le temps d'aller échanger sa ferraille. « Pour changer tes pièces rouges, tu vas à la machine à café dans la gare, tu y mets tes pièces rouges jusqu’à atteindre un euros et là tu demandes que l'on te rende ta monnaie, la machine te rendra des pièces de un euros que tu pourras ensuite échanger contre des billets ».

Demain, si on habite Rouen, on croisera de nouveau Julien, souvent sans le savoir.