« Avant je travaillais dans un bureau. Ce n'était que 7h mais je ne pouvais pas rester enfermé. Là je fais plus d'heures, mais je suis tout seul, je suis sur la route. Ça me plaît d'être sur la route ! ». Il évoque aussi le flicage permanent qui leur incombe : au démarrage, il doit insérer une carte qui permet de suivre ses moindres faits et gestes et de pouvoir contrôler à distance le véhicule. Le camion peut, par exemple, être bloqué au bout de 9h. « Les gens pensent que les routiers sont libres, mais on n'est pas libres du tout ! ».



Sur la base de vie de la sucrerie Saint Louis, les odeurs de betteraves nauséabondes se mêlent au bruit de l'usine. Jean-Pierre nous rétorque : « Une base de vie ? Il n'y a personne qui vit ici... ! ». Un grand parking se déploie dans une atmosphère nébuleuse : l'usine enfumée en fond de plan, quelques poids lourds stationnés, une cabane en parpaings qui abrite les toilettes et les douches, « pour les plus courageux ! Sinon, c'est la lingette... ».

Jean-Pierre nous explique que très peu de personnes restent dormir près de l'usine. La base de vie, « c'est pour ceux qui ont le sommeil lourd ! Ou ceux qui sont obligés d'être là plutôt... ». La plupart d'entre eux préfèrent dormir sur un parking en centre ville, près d'un restaurant à couscous, pour éviter le bruit et être plus tranquilles.


Il nous montre sa couchette et nous fait faire un tour du véhicule : « prends en photo l'avant ! Il est beau l'avant ! ». Lorsqu'ils sont en déplacement, les routiers touchent une prime pour le découchage, de 30 à 50 euros, « ce qui n'est pas assez pour se payer l'hôtel et les repas... ». Il achève la visite par une métaphore éloquente : « Un routier, c'est comme un chien : ça dort dans sa niche, ça pisse sur ses roues et ça mange dans sa gamelle ! ».