Samedi 3 septembre

Après une journée de montage la veille, nous ouvrons les rencontres itinérantes de HALEM, sous le chapiteau bleu et blanc, comme à l'accoutumée.

11h - INTRODUCTION DE HALEM avec la présentation de la Caravane 2016 suivie du décorticage de l'actualité juridique sur l'habitat léger et mobile.

Francky commence par dresser l'historique de l’association, lorsqu'il y a dix ans, Joe Sacco avec un collectif d’habitants fondent une association en faveur des Habitants de Logements Éphémères ou Mobiles (HALEM), dans un camping municipal d’une commune rurale de l’Essonne.
Paulo continue ensuite avec une introduction sur la caravane 2016, ses étapes et ses objectifs :
Cette année le thème général, fil conducteur des rencontres, est celui des travailleurs saisonniers et plus généralement de l’économie liée à l’habitat léger et mobile : Lire le texte descriptif des rencontres.

14h – ÉCHANGES autour des différentes situations de personnes habitant de manière légère et mobile sur les bords de Seine.



Suite à la projection du film « Vie et disparition d'une enclave nomade : les quais de Rouen » (à visionner ici) réalisé par Echelle Inconnue en 2014, nous laissons la parole à Bud et Marie-Reine vivant actuellement en caravane sur les bords de Seine au niveau du parking entre la piscine Guy-Boissière et le Canöe Club Normand. L'éloignement des quartiers d'habitation et la situation ombragée en bord de Seine leurs offrent un cadre de vie relativement calme et agréable, malgré l'impossible raccordement en eau et en électricité. (Lire 2 articles faits avec des travellers sur l¨'Île Lacroix : ici et ici)
Régulièrement, la police leurs demande de quitter les lieux, comme en avril dernier où il leurs était demandé de partir sans explication, recevant un avis d'expulsion quelques jours plus tard. Lors d’événements sportifs, cette fois-ci pour les 24 Heures Motonautiques de Rouen, l'afflux de supporters monopolise l'ensemble des parkings de l'Île Lacroix. Dans ces moments-là, Bud et Marie-Reine, ainsi que leurs amis travellers, partent s'installer derrière le chantier du 108. À l'heure actuelle, il n’y a plus d’espace destiné aux gens de passage sur les quais de Seine. Et sur les quelques parkings payants réservés aux camping-cars, les camions aménagés n’y sont pas les bienvenus.


Christophe Hubert, géographe et administrateur d’Echelle Inconnue, vient élargir l'horizon des bords de Seine en questionnant un des grands projets urbains métropolitains, la construction de la ligne de TGV Paris-Rouen-Le Havre. Alors que de nombreux habitants en cabane ou en mobil-home vivent sur des terrains situés entre les quais et la Seine, la construction du nouveau réseau ferré devrait provoquer leur départ. Si on parle régulièrement de concertations publiques, ils ne sont pas informés encore moins pris en compte alors même qu'ils sont les premiers visés.
Arnaud Le Marchand, économiste, aborde également la question du danger de lier travail et habitat, légalement interdit. Dans le cas particulier de Flamanville, le chantier de centrale nucléaire EPR commencé il y a dix ans demande une mobilisation de 3000 ouvriers par an. Ces derniers logent dans des bases de vie sur les chantiers, permettant de loger facilement et en grand nombre sur zone constructible. Des mobil-homes à la chaîne, des règlements intérieurs strictes, une vie privée sous contrôle, un isolement des salariés... Peut-on considérer ses bases de vie comme un logement décent pour les ouvriers ?

16h – INTERVENTION JURIDIQUE sur les droits pour l’accès à l’eau dans des situations d’habitat non ordinaire avec Lionel Crusoé, avocat spécialisé sur ces questions.



Avocat travaillant principalement sur les campements illicites, les squats et les bidonvilles en Île-de-France, Lionel Crusoé commence par un état des lieux du droit français d’accès à l’eau potable. Des textes déclaratifs et non invocables en tant que tels devant le juge et qui oblige un certain bricolage, notamment avec la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Si on s'attarde sur la prohibition de traitements inhumains ou dégradants (Art. 3), le respect de la vie privée et familiale (Art. 8) et le droit de propriété (Art. 1), l’État est censé permettre à tous d'accéder à un logement décent et de respecter les différents types d'habitats fixes ou mobiles choisis.

L'atelier portant sur l'exemple du camping de Limetz où l'eau a été coupée l'année dernière, l'association Échelle Inconnue projette deux films réalisés sur place pour expliquer la situation à l'assemblée réunie (lire un article sur cette situation ici et visionner deux films ici et ). De la discussion, il en ressortira de mettre en avant la situation précaire (enfants, personnes âgées, personnes malades) des habitants du camping, de consigner leur loyer chez un huissier pour prouver de leur bonne foi, d'assigner ou pas la propriétaire, d'aller voir le préfet, etc. pour commencer une procédure judiciaire.

SOIREE CINÉMA avec la projection de films dans le MKN-VAN, camion-cinéma d’Échelle Inconnue. (Visionner quelques films ici)

Dimanche 4 septembre

14h - WORKSHOP pour l'édition de fiches techniques destinées aux usagers d'habitat léger et mobile avec la participation de Diway, auteur et illustrateur de « Un métier d'avenir - Petit guide pratique du parfait SDF » aux éditions Les Point sur les I.

Suite à la présentation de la situation des habitants du camping de Limetz la veille, le dessinateur rouennais Diway se joint parmi nous pour un atelier de réflexion autour de la création de fiches de vulgarisation juridique sur le droit au logement pour les nomades. Son livre est un résumé digeste du compte-rendu de la Fondation Abbé Pierre. À travers une mise en bande dessinée, un ton satirique, accompagné des chiffres de la FAP, il interpelle l'opinion publique sur la question du mal logement. « J'ai acheté un mobil-home et je voudrais le mettre sur un bout de terrain. Quels sont mes droits ? ». C'est à partir de ce genre de questions, que Clément David, membre de HALEM, présente l'idée de créer des « fiches techniques » donnant aux gens les moyens de se défendre. En créant des outils de communication pour les habitants, l'idée n'est pas seulement de répondre aux besoins immédiats mais aussi de proposer un nouvel horizon juridique sur les thématiques telles que le DALO, le droit de stationner, la réglementation des terrains de camping, les occupants sans titre, etc.





L'atelier s'articule autour de groupes de travail pour l'élaboration d'une fiche type en partant de l'exemple du camping de Limetz. Il en est ressorti trois étapes clefs à commencer par la réalisation d'un état des lieux en évaluant l'urgence et les situations de précarité ; définir un espace de médiation en identifiant les différents acteurs, les contacts ressources afin d'amorcer les démarches administratives ; pour ensuite lancer un recours juridique en faisant appel à l'aide juridictionnelle. Cette discussion est venue souligner l'importance d'une cohésion entre les habitants du camping pour mener ce combat. « C'est une action collective et non pas individuelle. Il faut fédérer un groupe. »

16h30 – CONFÉRENCE Smart "Mobile" City sur les travailleurs nomades d'ici et d'ailleurs par Arnaud Le Marchand et Stany Cambot

Arnaud et Stany concluent ces rencontres avec des présentations de leurs sujets de recherches passés et actuels qui interrogent la Smart City.



- "Fiche 16" par Stany Cambot, architecte et réalisateur, Echelle Inconnue

"Fiche 16" fut un projet d'interrogation du nouveau calque qui plane sur la ville : le numérique, qui questionne notre rapport quotidien à la ville. Ce projet est parti d'un repérage de caméras filmant l'espace public dans le centre-ville de Rouen. Ceci-ci a démontré qu'il est impossible de traverser la ville sans être filmé. (Voir la carte des caméras ici). Contrairement à un big brother supposé, c'est la pluralité des dispositifs de surveillance et par extension les règlements intérieurs associés des institutions publiques ou privées (supermarché, du métro, de la banque, etc.) qui façonnent nos usages de la ville.

- « Derrière la Smart city, the Workcampers and the Amazon gypsies ». Par Arnaud Le Marchand, maitre de conférence en économie à l’Université du Havre.

Arnaud Le Marchand commence par rappeler que l’ambition des Smart Cities est d’améliorer la logistique urbaine de la ville par l’usage du numérique. Il explique avec l’exemple de l’entreprise Amazon aux États-Unis l’importance des travailleurs mobiles dans l’économie qui se met alors en place. Celle-ci ne se préoccupe plus du logement de ses employés pendant les pics d’activité des 3 mois d’hiver, grâce aux travailleurs saisonniers qui se déplacent et habitent dans leurs propres camping-cars autour des entrepôts d’Amazon. L’entreprise va même plus loin et met en place une véritable campagne de communication en 2010, « CamperForce », qui promeut le travail saisonnier des retraités. Ces ouvriers mobiles ne sont plus cachés mais utilisés dans l’image de marque des grosses entreprises. À l'instar des États-Unis, la part des travailleurs mobiles a augmenté en France mais aucune statistique officielle ne vient à le prouver.

- Projet Makhnovtchina et les nouveaux nomadismes en Russie par Stany Cambot, architecte et réalisateur, Echelle Inconnue

États des lieux des projets en cours à Moscou.

Le projet Makhnovtchina Eastern (voir des articles et des films ici) se présente comme une interrogation autour du fleurissement des formes urbaines, mobiles ou légères, dans la ville de Moscou à partir de 1990, époque de l’effondrement de l’Union Soviétique. À cette époque, de nombreuses personnes vont descendre dans la rue et revenir à des formes d’économie simples, comme le commerce, en installant des étales, des marchés informels etc. Stany Cambot explique ce phénomène par le Consensus de Washington, sorte de vade-mecum pour pays en crise que les économistes américains imaginent dans les années 80, principalement pour les pays d’Amérique Latine à l’époque : « quand un pays se retrouve surendetté, il doit regarder les services les plus rentables et supprimer tous les autres, casser les monopoles d’État, déstructurer l’industrie de réseau etc. ». Dans les années 1990, ce consensus va donc être appliqué à l’espace post-soviétique et c’est ainsi que les habitants vont se retrouver à lutter et survivre dans ce nouvel espace : « quelles nouvelles formes imaginer dans une ville soviétique, planifiée mais avec une économie complètement déréglementée ? Des installations informelles et mobiles dans la ville… ».

Après ce rappel historique, Stany Cambot nous parle quelque peu de ce qu’il en est aujourd’hui et de ce qu’il a pu observer ces dernières années. Il nous raconte, entre autres, la situation des ouvriers étrangers (ouzbeks, kirghizes, etc.) qui sont enfermés dans des "camps de travail", des bases de chantier où des séries de containers font office de logements, grillagés tout autour avec interdiction formelle de sortir du camp. La Métropole Moscovite est aujourd’hui une ville en grand chantier avec des centaines de kilomètres de tranchées dans les rues de la ville. Ce chantier urbain ne se fait pas quartier par quartier comme nous sommes plus habitués à le voir en France.