Le bar est rempli et nous reconnaissons certaines personnes présentes lors de notre premier passage. Dès la fin de la diffusion du premier film, Un camion navigue-t-il ?, les paroles s’élèvent : « Ne projetez pas ça à la direction, sinon ils vont nous sucrer toutes nos indemnités de déplacement ! », «  C’est interdit de vivre en camion en France ! On n'a pas le droit de se démerder ! ». La Forgette se compose de trois espaces, le bar sur la gauche, la salle et ses tables à droite, séparée du comptoir par des barrières en bois et au fond un prolongement de trois tables en L où nous nous sommes installés. La soirée se divise alors en deux groupes de part et d’autre de la pièce, un homme assis s’exprime : « en même temps il faut bien payer des impôts et en camion tu ne le fais pas ! », « Les impôts... tout le monde paie des impôts ! Tu achètes du gazoil, tu paies des impôts !» lui répond un autre adossé à la barrière. Sandrine et son mode de vie, provoquent des réactions.



Par la suite chaque film diffusé sera suivi d’un moment de discussion. Tout le monde peut le faire fait réagir car certains ici ont déjà vécu en camion, en caravane. C’est le cas de Jean François, maçon : « J’aimerais bien savoir pourquoi je ne peux pas avoir mon terrain et poser ma Yourte à 1 500 euros ! », «  Parce que tu ne fais pas tourner le système ! » lui répond alors un ami. Certains Aficionados nous conseillent même de vivre ici «  La Forgette ! C’est un bon hébergement la Forgette ! ».

Nous avons marché sur Shangai clôture la séance de diffusion. Valérie est ravie : «  Ce sont les soirées que je préfère, tout le monde discute, c’est animé, c’est génial ! ».

Durant la soirée qui suit nous avons pu discuter ou rediscuter avec certains travailleurs de l’EPR ou même des habitués du bar qui les côtoient depuis plusieurs années. La possibilité pour nous d’en apprendre plus sur ce chantier qu’est l’EPR, ses besoins en travailleur mobiles et sa singularité. On nous dira alors que la déstructuration des entreprises de réseaux en France, comme EDF, permet une plus grande mobilité et flexibilité des employés : « Si ça te conviens pas, ils passent à quelqu’un d’autre ! » nous dit Cyrille. Un cadre quant à lui revient sur le système de sous-traitance mis en place en nous expliquant que celui-ci coûte moins cher à EDF que de payer les charges salariales, cela leur permet aussi plus simplement de changer de sous-traitant et donc d’ouvriers.

Nous aurons aussi la possibilité d’avoir un long échange avec Paulo que nous avions déjà rencontré en juillet dernier. Il nous a donné rendez-vous ce week-end à la base vie des Pieux pour rencontrer des travailleurs portugais vivant en mobil-home.