Les mobil-homes sont perchés sur quelques parpaings empilés et sous lesquels des dizaines de chats errants se réfugient à la recherche de bouts de nourriture. Nous entrons au numéro 104, chez Alexandre, un collègue de travail de Paulo lui aussi Portugais, qui vit à la base vie depuis son arrivée en France il y a un an. L’entrée se situe au centre du mobil-home et débouche sur la salle principale : une table, deux chaises, une kitchenette, un réfrigérateur et une télévision. « On en trouve pour 10 euros à Emmaüs maintenant ! » Alexandre précise qu’il ne capte pas très bien internet depuis son mobil-home. Les chambres sont placées à chaque extrémité du mobil-home et il y a également un toilette et une petite salle de bain.

Chaque mobil-home revient à 400 euros à la boîte qui doit loger ses ouvriers, donc 200 euros par tête : « Si tu veux aller vivre autre part, la boîte te reverse 200 euros par mois. Mais les loyers sont chers et tu dois payer les charges… Ici au moins on a chaud en hiver ! ». Ne pas avoir à se préoccuper des charges apparaît comme un luxe, celui de ne pas avoir à économiser sur le chauffage (toujours électrique dans ces logements) ou l’eau. Pour Paulo et Alexandre, ces logements délivrés par l’AIE sont très corrects : « On a vu bien pire ! Là on est seul par chambre au moins… Des fois, tant qu’il y a de la place pour mettre un lit, ils en mettent ! J’ai déjà vu des chambres avec 3, 4, 5 personnes... »

Alexandre évoque tout de même le fait que les mobil-homes ne sont pas très bien isolés, et surtout du bruit. « Tu entends la pluie, le vent, … la table se déplace d’ailleurs quand ça souffle trop ! » Les aspects les plus contraignants semblent néanmoins concerner la réglementation interne de la base vie. Un règlement est affiché dans chaque bungalow et un gardien est présent en permanence sur le site. En plus de cela, une personne est engagée par la boîte d’intérim pour contrôler régulièrement les mobil-homes, en y passant à l’improviste, afin de vérifier leur entretien et ainsi rendre des comptes à l’AIE. Il est, en l’occurrence ici, Portugais et aide ainsi les résidents ne maîtrisant pas encore très bien le français dans leurs démarches. Il joue également l’intermédiaire entre eux et l’AIE.

Les règles les plus contraignantes pour les habitants concernent les visites : interdiction de recevoir de la visite sans en avoir demandé l’autorisation au préalable au gardien et interdiction inconditionnelle de recevoir de la visite entre 22h et 10h. Le bruit est également proscrit entre 22h et 7h. Paulo a vécu 8 mois à la base vie des Pieux. Aujourd’hui il vit au camping de Saint Germain, également dans un mobil-home géré par l’AIE, mais seul. « Je paye 130 euros par mois pour être seul. J'ai transformé une des deux chambres en salon » Comme il vit seul, il a pu recevoir sa femme un week-end.

Beaucoup de portugais vivent sur la base vie de Pieux ; également de nombreux Ukrainiens qui travaillent en France sous contrat portugais. « Ils n’ont souvent pas de famille au Portugal bien qu’ils aient la double nationalité. Ils sont arrivés il y a quelques années au Portugal car ils ne trouvaient pas de travail en Ukraine. Comme aujourd’hui il n’y en a plus non plus au Portugal, ils viennent en France ! » Paulo nous dit qu’il y a une bonne entente entre les Portugais et les Ukrainiens. Par contre, ils ne se mélangent pas trop avec les Français, qui rentrent eux le week-end dans leurs familles.



Alexandre est embauché par la même boîte d’intérim portugaise que Paulo, contractée en sous-traitance par la société SPIE Nucléaire, elle-même sous contrat avec EDF. Ils sont chargés de réaliser les chemins de câbles, les raccordements et les tirages de câbles. « En ce moment on fait les tranchées dans lesquelles passeront les câbles : les principales servent à acheminer l’électricité produite par le réacteur et les secondaires, plus petites, pour le réseau d’alimentation interne de la centrale. »

Alexandre travaille sur le chantier de l’EPR depuis un an sous contrat portugais. Au-delà de deux ans, la loi française interdit les contrats étrangers. C’est pour cette raison que Paulo, présent sur le chantier depuis trois ans, possède à présent un contrat français. Pour cela, l’entreprise a dû ouvrir une succursale en France : « au bout de deux ans, ils ne gardent que les ouvriers qu’ils estiment essentiels ; les autres ils les renvoient ou les rapatrient au Portugal… Les charges sont plus importantes en France », explique Paulo. Il y a toutefois une très grande différence de salaire en fonction du pays d’où est délivré le contrat. Les salaires sont basés sur les SMIC des pays en question : 1200 euros en France versus 500 euros au Portugal, auxquels s’ajoutent les indemnités de déplacement. L’avantage économique pour les entreprises à faire appel à des sous-traitants étrangers est considérable, d’autant plus que cela les dédouane de payer toute charge salariale et leur confère une très grande souplesse concernant les embauches ou les licenciements.