Du principal « massif de garages » de Moscou, Shanghaï, nous roulons pour NabrejnieTchelny entre la vallée moyenne de la Volga et l'avant-pays ouralien au Tatarstan. De là, nous gagnerons Kazan la capitale, puis Oulianovsk et enfin Dimitrovgrad.

Nous roulons sur les lignes de la carte périmée d’un pays qui n’existe plus. Et qui, en son temps, s’étendait vers l’est en plantant des unités de production autour desquelles il bâtissait des villes et des immeubles (parfois à côté des villes d’une carte plus ancienne encore) autour desquels poussaient à leur tour des massifs de garages. Villes du pétrole, de l’atome, de l’industrie automobile réfugiée ici pendant la grande guerre patriotique pour échapper à l’invasion allemande.

Les immeubles sont encore là. Officiellement l’industrie aussi. mais à bas régime ou tout au moins sous un autre régime. Alors les massifs de garages quittent le quai, prennent leur autonomie et passent peu à peu de lieux de bricolage à l’économie de survie pour devenir lieux de productions indépendants. À la pauvreté héritée de l’apocalypse économique des années 90 répond l’invention. Officiellement l’industrie subsiste oui. Mais les pièces détachées sont produites ici dans le ventre de la bête urbaine mutante qui alimente tous les fantasmes.

Voilà longtemps que ces garages ont poussé; aujourd’hui c’est l’heure de leur mue.

Nous venons toucher les écailles du dragon dont la peau affleure ici à Nabrejnye Tchelny dans la cité de Grenade.