makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ À Rouen les forces de l'Ordre protègent un bidonville des manifestants.

Murs de tôles et de planches clouées, toits de bâches tendues sur un solivage de branches et maintenues par des pneus usagés, six à huit cabanes se font face et forment une allée. Autour, des barrières Vauban protègent le bidonville. Nous sommes le 14 novembre sur le parvis de l’hôtel de ville de Rouen. Sous la devise républicaine, un important dispositif de forces de l'ordre est mis en place pour préserver le bidonville de l'assaut des manifestants.

À quelques semaines de là pourtant, le 31 octobre, même région, même préfecture, les forces de l'ordre expulsent, saccagent et rasent le bidonville de Caucriauville, près du Havre, pour un coût estimé de 17 000 euros.

À quelques jours et quelques mètres à peine, même région, même préfecture, même ville, Rouen, dans la nuit du 7 novembre, les cabanes de planches et de bâches installées devant le palais de justice en réponse à l'assassinat de Rémi Fraisse étaient détruites par les mêmes forces de l'ordre, sur demande des pouvoirs publics.

Ce 14 novembre, dans les allées du bidonville de l'hôtel de ville, on se félicite. « Quel boulot ! C'est vraiment un beau bidonville ! », « Ah ! Vous avez agrandi la Palestine ? ». Mais, de l'autre côté des barrières, les manifestants sont à l'approche. Les « occupants » du bidonville leur crient être du même côté qu'eux, défendre les mêmes causes et, qu'au lieu de franchir ces grilles, ils devraient plutôt, comme eux, faire une demande d'installation à la mairie.

Une manifestation, des policiers, un bidonville, la pièce déjà maintes fois jouée ne se déroule habituellement pas comme cela. Qu'est-ce qui, soudain ce 14 novembre, remet à Rouen la république à l'endroit et fait du cordon bleu de CRS la ligne de protection du bidonville plutôt que l'instrument de sa destruction ?

La nature, l’esthétique ou même la sécurité des cabanes n'en sont pas la cause. Elles sont tout aussi dangereuses et présentent pour leurs occupants les mêmes risques d’effondrement ou d'incendie qui ont présidé à l'ordre de destruction des autres.

Alors quoi ? Non, pas la cabane, mais ses occupants ou plutôt leur absence. Pas la manifestation, mais sa nature et ses acteurs.

Ce bidonville protégé par la ligne bleue des forces de l'ordre est un faux. Les manifestants qui l'assaillent ne sont pas des enragés venus casser du Rrom mais ceux qui avaient construit peu avant, à quelques mètres et quelques jours de là, la cabane, vraie et habitée, hommage à Rémi Fraisse que le cordon bleu policier avait étranglé et détruit.

Voilà ce qui change l'issue de notre pièce.

Le bidonville, envisagé comme la dernière pièce à la mode, le spectacle qui fait sensation. Le bidonville scénographié pour « faire vrai », et s'imposer comme réel contre la réalité-même. Les barrières délimitent le cadre. La mise en scène est vivante, enlevée. Toute l'équipe, composée des personnels et bénévoles de dix-huit associations, s'affaire, les ouvreuses accueillent le public, les petites mains apportent la touche finale aux costumes. De l'ethnique, de l'exotique, du dépaysant. Ici on ne dit d'ailleurs pas cabanes, ni même baraques, mais « cases ». Les accessoires, de l'authentique factice, fétiches africains, guitare péruvienne, fabriquent les traces d'un faux pauvre comme on peignait du faux vieux. La scène est plantée pour la représentation de La très touchante histoire de l'enfant du bidonville, mélodrame en un acte sur fond de misère sociale, bouleversant « parcours pédagogique » dans la journée-type d’un habitant en bidonville. De la case France à la case Afrique, à la case Amérique latine... « Le tour du monde en un jour » comme le promettait l'exposition coloniale de 1931. Images de la misère des cinq continents.

Ici, les bonnes intentions financées par la Région et la Mairie ne pavent pas l'enfer. Elles le reconstituent pour en faire la toile de fond de l’étreinte indignée entre ONG et pouvoirs publics. Un bain de bouche de miséricorde face à cette crasse qui fait délicieusement frémir. Elles ne pavent pas l'enfer. Elles le spectacularisent, le distancient dans sa représentation apprivoisée.

Cependant qu'à deux pas de ce bidonville-parc d'attraction, sous les yeux des gens qui dorment, on détruit les cabanes réelles et habitées. L'uniforme fait de la gestion de foule comme l’État de la gestion territoriale. Le matraquage, ici, est réel, violent. Et parfois les personnages de ce théâtre-là meurent dans la rue.

Que faire de l'enfer qu'est le bidonville ? Le paver ou le rendre habitable ? L'annuler, le déporter sans cesse, et par là, l'intensifier, comme au Havre ? Le reconstituer sur les pavés de la bonne intention, comme l'on fait à Rouen ceux que nous n'avons pas vus au Havre ? Ou y descendre, le paver de colère créatrice ?

Le faux bidonville est désormais rangé, remisé, prêt à resservir au prochain entre-sort forain de la bonne intention. Voilà ce qui sépare encore le spectacle humanitaire du monde réel dans lequel les personnages meurent et où on ne déménage pas d'un bidonville !

♦ RENCONTRES HABITAT LÉGER, ÉPHÉMÈRE ET MOBILE (HALEM) du 24 au 27 AOUT 2014 à HARFLEUR (Normandie)



Vous venez souvent jeter un œil sur ce journal en ligne. Il est temps maintenant de nous rencontrer pour discuter, débattre, échanger... Voici le programme :

Depuis l’été 2008, les rencontres de HALEM sont l’espace et le moment le plus important de l’association. Nous en profitons pour faire le point, analyser l’actualité, réfléchir aux différents besoins des personnes discriminées par leur mode d’habiter, établir les stratégies de l’année, rencontrer de nouvelles personnes, grossir notre équipe, nous organiser...

Tout au long de ces journées nous échangerons des situations diverses, des trucs et astuces, des conflits avec les communes, de la posture de l’État et de leur services, de l’insécurité dans les terrains de camping, de la situation des installations spontanées, de la lutte permanente que doivent subir les itinérants, les habitants de caravanes...

Chaque année nous choisissons un lieu qui illustre notre propos et où une résistance à soutenir est présente.

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. » Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832 Le lieu :

Cette année, les rencontres de HALEM se passeront en Normandie, plus exactement derrière la mairie de Harfleur, près du Havre.

Depuis plusieurs années, quelques membres du Groupe Animation de HALEM nous interpellent sur leurs luttes et leurs recherches sur ce territoire.

Dans leurs visites aux environs du Havre, ceux-ci ont rencontré plusieurs raisons pertinentes de faire réagir HALEM.

Le secteur du Havre, de part sa configuration de ville portuaire est très symptomatique pour parler de la mobilité lié à l’activité (péniches, marins, gros chantier... ). La ville a été totalement reconstruite après la guerre et abrite encore un quartier de cabanes sensé être provisoire et habité par des personnes qui ne sont pas disposées à déménager... Important !!!

   Les repas pourront être pris collectivement (cuisine et réfectoire sous un grand barnum),
   Un chapiteau, un tipi, une grande tente et peut être une yourte pour dormir...
   Pensez à prendre vos couchages (matelas, tentes, camions, caravanes...)
   possibilité d’arriver dès vendredi 22 et donner un coup de main pour la préparation.
   Si vous avez besoin de plus de confort, quelques hébergements sont possibles chez des militants

N’hésitez pas à nous contacter...

Programme :

Avec la participation d’Échelle Inconnue : http://www.echelleinconnue.net/

   Une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie
   Une lecture de texte sur la situation en Russie.
   Diffusion avec le journal d’Échelle Inconnue des travaux des rencontres
   Essaie d’un document vidéo à partir des interventions.



DIMANCHE 24

10h Présentation d'Halem, du contexte local et des associations membres du réseau

14h Atelier 1 : TECHNIQUES DE NOMADES, DE CONSTRUCTIONS LÉGÈRES ET HACKING

Il a semblé intéressant de rentrer cette fois-ci dans le débat par une approche plus technique que d’habitude.

L’habitat mobile, éphémère évolue avec la société et n’est, contrairement aux apparences, pas du tout en marge, bien au contraire, il est même souvent à la pointe de l’innovation. Des techniques, des réseaux d’entraides, des échanges dans le même esprit que le logiciel libre...

Le législateur ne cesse de nous rabattre les oreilles avec ses « liens sociaux » tout en s’acharnant à détruire cette solidarité que nous pourrions presque nommer « solidarité de classe ». Depuis les systèmes D ingénieux jusqu’aux kits du type « la yourte mongole » devenue la tarte à la crème de l’HL, nous pourrions présenter des solutions pour obtenir un confort qui feraient pâlir de jalousie bien des logements plus conventionnels.

Nous espérons que la rencontre avec les hackers de Rouen et du Havre (les bidouilleurs en programmation / électronique / création d’outils libres..), avec les bricoleurs de l’habitat légers ou mobile sera fructifiante. Notre philosophie commune : nous accaparer nous-mêmes tous les outils possibles, en créer d’autres pour notre autonomie et ne pas dépendre du marché et des exploiteurs.


16h Pause

16h30 Atelier 2 : DANSE AVEC LES ÉLUS : la loi ALUR, état des lieux et conséquences...

Nous sommes nombreux à penser que celle-ci n’a rien fait évoluer voir même comporte des aspects discriminatoires envers les habitantEs de caravane que le législateur nomme sans vergogne « gens du voyage ». Confirme t-elle, dans sa forme, le droit que possèdent les élus à choisir qui a le droit de vivre sur son territoire ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y a pas « d’après la loi Alur » : aucun décret n’est tombé. Les assos sont maintenant définitivement exclues du débat depuis le départ de Cécile Duflot, les collectivités s’empressent de créer leur documents d’urbanisme, comme d’habitude en essayant d’exclure une partie de leur population, en la rendant illégale sur leur territoire, en rivalisant de zèle et en sautant sur toutes les occasions pour organiser sa chasse aux plus modestes... Les arguments écolos deviennent les principaux ennemis des installations spontanées, celles-ci devenant les fautives de la disparition des espaces agricoles, les malpropres qui détériorent le paysage par leur unique présence...

Nous nous appuierons entre autre sur l’exemple de l’agglo du Havre (la codah), sur sa posture, ses décisions en matière d’habitat léger et sur les affreux débats que nous avons entendus sur les bancs des législateurs. Nous essaierons de les rencontrer pour parler de futur/bonnes pratiques...


LUNDI 25 AOÛT 2014

10h00 Atelier 3 : L’HABITAT PARTICIPATIF : avant garde ou concept bobo et gentrifieur ?

Au sujet de l’habitat participatif. Un vaste débat est en cours pour définir un concept flou et qui par ce fait contribue à ne pas poser les vrais questions.

Il n’existe pas de définition officielle de l’habitat participatif. Certains le caractérisent par « la mobilisation des habitants dans la production ou la coproduction de leur cadre de vie et leur implication dans la gestion courante et ordinaire du patrimoine qu’ils occupent ». Il n’existe pas plus de 20 000 personnes concernées par les projets d’habitats qui ont défrayés la chronique pendant toute la période l’élaboration de la loi ALUR. Le grand sujet a surtout été de savoir comment devenir propriétaire d’un morceau collectif et concerne, en très grande majorité, une population au statut social élevé. Par contre, le gouvernement a recensé 16 949 personnes vivant dans des campements illicites en été 2013. C’est un chiffre étonnamment précis lorsqu’on sait l’obligation de se cacher pour les personnes concernées. Quand bien même... disons 20 000 autres personnes qui participent elles aussi à l’élaboration de leur habitat, dont la principale crainte est de se voir expulsée et qui n’a pas la voix au chapitre. Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, la situation ne s’est pas arrangée. Entre 2012 et 2013, le nombre d’expulsions de campements a doublé. Les procès pour les yourtes, cabanes... sont de plus en plus durs à gagner et l’État fait de plus en plus appel lorsqu’il perd en première instance. Les installations spontanées par choix ou nécessité ne sont elles pas pourtant concernées pas cette définition ?

Nous ferons un rappel historique sur la pérennisation de l’habitat provisoire d’après guerre au Havre. Est-il risqué de faire un parallèle entre des bombardements ou des catastrophes naturelles et la spéculation immobilière lorsque les conséquences sont les mêmes ? Pourtant les mesures ne suivent pas...


14h Atelier 4 : COMMERCE AMBULANT, TRAVAILLEURS MOBILES, ÉCONOMIE INFORMELLE.

Le commerce ambulant, la situation des travailleurs mobiles, évolution, état des lieux. Le lien est évidement direct avec l’habitat mobile ou éphémère. Une analyse du contexte sous un regard d’économistes, de sociologues sera sûrement très utile pour nous aider comprendre les mécanismes. Entre le monde que nous souhaiterions voir et les réalités de celui-ci, quelles forces devrions nous déployer ?

Nous ouvrirons également les questions de l’économie informelle fortement criminalisée, en France et plus largement en Europe. Les travaux d’Échelle Inconnue en Russie pourront nous servir d’exemple...


En soirée : Echelle Inconnue présentera une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie et présentera une vidéo réalisée en Russie.

Mardi 26

Il est important que nous sortions de ces journées avec les idées un peu plus claires et de définir quelques objectifs opérationnels pour l’année à venir. - proposition d’organisation - projets à mener


Mercredi 27

Pour celles et ceux qui pourront rester, HALEM est un outil qu’il faut huiler, entretenir, animer, rendre efficace. Il est possible de rejoindre celles et ceux qui s’y attellent en restant un jour de plus et en proposant, par exemple, de faire partie du « groupe animation du réseau », que nous appelons Conseil d’Animation ou de devenir une personne ressource de l’association.


Renseignements pratiques :

LIEU : Parc proche de la Mairie d'Harfleur (76) - Possibilité de garer son véhicule habitable (camion, caravane...)

Dates : du 24 au 27 août 2014

Plus d'informations sur HALEM : http://www.halemfrance.org/

Retrouvez Echelle Inconnue sur Twitter : @EchelleInconnue

♦ Dans les interstices, Ana et Edouard

A Dieppe, dans les interstices entre deux situations reconnues, dans des campings, des hôtels « lowcost », des terrains accueillant des voyageurs, nous rencontrons des situations d'habiter qui dérogent à la règle du « soit nomade, soit sédentaire », du « soit propriétaire, soit locataire », du « avec ou sans abri ». Nous rencontrons ainsi Ana et Edouard, qui nous confient leur parcours, plus que chaotique à travers Dieppe depuis leur arrivée de Roumanie, il y a quelques mois.

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♦ Les trains...

Ceux de la Makhnovtchina, entrevus dans le film d'Hélène Chatelain, celui de Ziga Bertov, qui peut-être, un jour croisa les premiers en Ukraine. Celui de Medvedkine. Ceux qui amènent aux trois gares de Moscou les « migrants », candidats à la fabrique de la ville planifiée quitte à devoir dormir dans des containers. Les trains de la gare de treillage de Sotteville-lès-Rouen dans les wagons desquels dorment des employés.

Des trains et des lignes de chemin de fer qui, traçant la route, écartent le paysage et le plan même; générant à leurs abords des blancs de carte sur lesquels on vient vivre et construire quand on ne peut faire autrement... Hors-la-loi, hors la carte, comme hors la France ou la Russie profitant du vide là : caravanes ou espaces auto construits le long de la ligne Rouen/Paris ou Moscou/Domenovo. Les trains révèlent les bidonvilles prétendument disparus. Ils révèlent, la cécité entretenue.

chantier aux abords de la ligne Moscou/Domenovo

Et ces trains, américains ceux-là, qui transportaient les barnums du monsieur du même nom. Et celui, bolchevique, dont Voline tente de rattraper la métaphore politique pour y grimper et l'offrir au peuple.

Trains omniprésents, quoiqu'à respectable distance de ce qui nous occupe, mais trains tout de même dont on discutait avant mon décollage relativement aux collaborations universitaires Francorusse.

Je n'avais pour moi, jusqu'à présent, que la guerre du rail, juste vengeance face aux trains de la mort. Me manquait ces trains, tous les autres qui disent et sculptent notre monde.

♦ La carte manquante.

MosieurJ (fidèle des fidèles du Doctorat Sauvage en Architecture) a réalisé cette carte des populations mobiles, sans-abris et mariniers, par commune en Seine-Maritime en pour-mille de la population de la commune. Cette carte réalisée à partir des données INSEE et openstreetmap est en ligne sur le site de MosieurJ

by @MosieurJ

♦ Carnet de bord #6 - Construction d'une cabane





Détruire versus construire

♦ On ne déménage pas d'un bidonville alors... Chars mobiliers domestiques

Une contre solution technique à la technique guerrière excavatrice, une tentative pour armer le "Sauve qui peut !" ordonné par les préfectures.
L’Habiter est coutumièrement pensé en terme immobilier or, le harcèlement, le jeu d'expulsion/destruction des bidonvilles par la république impose de ré-envisager l’habiter en terme mobilier pour qu'enfin, a minima, on puisse déménager d'un bidonville et ne pas tout perdre sous la pelle mécanique policière. Un projet, une esquisse, permettant peut-être de se déplacer avec sa maison. Chaque meuble, par nature déplaçable, correspondant à une fonction.



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♦ Carnet de bord #4 - Le relogement partiel et partial

L'expulsion du bidonville du Platz au Havre a conduit les pouvoirs publics à faire des propositions de relogement à 3 familles au lieu de 5. Comment ces familles ont-elles été choisies ? Un jeu de roulette russe contemporain sans doute, ayant pour conséquence un retour à la rue pour Sever. Il faisait parti des 5 familles relogées, avant que la préfecture n'en décide autrement. Il a souhaité le dire :



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♦ Carnet de bord #3 - Installation d'extincteurs

Plusieurs familles Rroms ont trouvé refuge dans les anciens bureaux d'Air liquide. D'autres se sont installés il y a peu de temps sur l'ancien terrain de foot du campus de l'IUT de Caucriauvillle. 5 familles cohabitent dans les vestiaires du terrain de foot abandonné et une cabane.

Nous cherchons a éviter de prochaines expulsions, autant que nous cherchons à les protéger du feu. Mardi dernier, nous avons donc installé dans ces deux lieux deux extincteurs de manière à spectaculariser la pose.

Le bâtiment d'Air liquide est visible depuis la rue. A côté du panneau du permis de démolir, nous avons signalé que cette maison possède désormais toilettes sèches et extincteurs.



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♦ Carnet de bord #2 - le droit à l'habiter !

L’abri, qu’il soit solide et permanent, en dur ou non, mobile ou non, précaire ou protégé et garanti, semble bien être un invariant anthropologique. Le lieu de l’habitat est culturellement (en particulier quand on en est propriétaire) entendu comme la marque et la forme de l'indépendance. Son caractère clos et souvent enceint, en particulier dans le cas d'une villa et d'un pavillon, isole, protège et fournit cette quasi illusion d'indépendance. Cependant ce lieu est inclus dans une logique complexe de services et de biens communs. Il est raccordé à des réseaux dont il n'est que l'usager pour ne pas dire le locataire (réseau d'eau, d'électricité, de téléphone, etc.) Il est, depuis l'après-guerre, quasi systématiquement « pluggé », c'est à dire branché ou connecté à ses services, ou tend à l'être. La ville, ou du moins son aménagement entendu au sens large, lui est nécessaire. Pour tous, il est alors nécessaire de se raccorder.



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♦ Carnet de bord #1 - la maison d'Air Liquide

En septembre une grande partie des familles se regroupent à "Air Liquide".




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♦ Carnet de l'insensé républicain #4 - Ce qu'il reste du Platz

3 mois après l'expulsion du Platz, le terrain est toujours là, vide. Un projet de caserne devrait voir le jour d'ici 5 à 10 ans. Temps pendant lequel le terrain ne peut être construit. Temps pendant lequel le terrain devrait se dépolluer.





A rabattre l'ensemble des raisons qui pourraient conduire des familles à la rue, il est difficile d'y entrevoir une logique. En revanche celles mises en œuvre pour que le terrain reste sans âme et sans vie est inscrite depuis des décennies dans les manuels d'urbanisme. Haussmann et avant lui Napoléon utilisaient déjà les mêmes logiques. Détruire pour rendre visible. La transparence, comme sécurisation d'un lieu. Ici, des murs d'enceinte tombés, qui entouraient le Platz, ont poussé de grandes grilles vertes, laissant filtrer le regard et empêchant d'y adosser des cabanes. Au risque que d'autres, motorisés cette fois, puissent un jour s'y installer également, de grosses pierres noires ont été déposées tout les mètres, comme précaution supplémentaire.
Ces raisons ont un coût. Expulser et maintenir un lieu vide de toute tentative de vie coutent cher à nos institutions.

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♦ Sans maison. Maison fragile. Maison mobile. Emission de radio sur france culture

Pas la peine de crier une émission de Marie Richeux 59 minutes Troisième moment de la semaine consacrée à la maison. L'invité, l’architecte Stany Cambot, est l’un des fondateurs du collectif Echelle Inconnue qui, depuis 1998, met en place des travaux et expériences artistiques autour de la ville et du territoire. Ces expériences au long cours interrogent et associent les « exclus du plan ». à écouter (ici)

♦ carnet de l'insensé républicain (et peut-être ecclésiastique) #3

Après une expulsion, il faut chercher de nouveau où pouvoir dormir. Parce que ; oui, l'Homme est ainsi fait qu'il a besoin de fermer les yeux quelques heures dans une journée. Les Rroms que l'on voudraient si différents, ne dérogent pas à cette nécessité.




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♦ carnet de l'insensé républicain #2

Il faut imaginer une scène de guerre, une « ville (ou un morceau de celle-ci) détruite par des hommes en uniforme ». Au milieu, deux frêles édifices de toile, de fils et de bois encore intactes.

On se plairait alors à croire à un miracle, à un filtre protecteur et mystérieux de légende grecs.

Non, juste l'insensé, encore.

Ces uniformes déjà venus compter les corps à évacuer, corps de femmes, corps de vieillards, d'hommes et d'enfants sont revenus au petit matin, comme il se doit, pour procéder. A la porte cependant ils rassurent « Echelle Inconnue, on connaît... On ne touche pas aux toilettes sèches... On ne touche pas à une œuvre d'art, ordre du préfet ! »

Ainsi, habitations, meubles de fortunes, poêles à bois fabriqués à grand renfort d'ingéniosité détruits, réduits en un fracas de planches, de bâches et de tôles que déjà d'autre pauvres viennent piller pour les revendre au ferrailleur d'à côté ; les corps ont été évacués, le reste suivra, mais les toilettes restent debout « ordre du préfet » qui, il est vrai, avait jeté son accord pour leur installation. Merci citoyen !

Le reste s'évacue donc à petites brassées tout comme les corps, pas très loin, jetés là, dans un square, où les familles perdues passerons leur deuxième nuit à la belle étoile. La préfecture joue au peintre de genre : scène pittoresque et toute XIXe du campement de bohémien. Car ici on détruit des quartiers auto-construits pour créer des campements, des vrais, sur un bout de trottoir.

Insensé !

Comme ces délégations ministérielles qui ne peuvent que soumettre ou proposer à des sous-préfets, véritables monarques en leur royaumes, des solutions sensées.

Insensé !

Comme ces propriétaires du terrain dévasté qui viendront demain nous accompagner pour que nous de soyons pas inquiétés par les ouvriers en charge de l'ultime déblaiement.

Il y a les "clients" de l'administration, de l'état, que l'on nous montre à longueur de colonnes et de JT fondant sur les bidonvilles pour en chasser l'envahisseur. Portrait robot médiatique du citoyen, vite démenti quand on s'y attarde ou que l'on prend la peine d'écouter ces chefs d'entreprise et leur employés sélectionnant le matériel de construction pour le bidonville et aidant à le charger dans le camion, cette voisine qui « prête » son électricité pour que l'on puisse organiser des projections, cette autre, qui le soir de l'expulsion nous invite à une visite guidée du quartier de l'Eure pour nous faire découvrir les lieux où les familles pourraient s'installer au cri riant de "il y a beaucoup d’opportunités ici!"

Mais voilà, l'insensé mariage du bulldozer et de l'uniforme célèbre les noces sur les gravas. Son bruit couvre le bon sens. Dormant à la belle étoile, les familles sortent des problématiques de logements pour entrer dans celles de la circulation et du code de la route. Les polices passent, demandent de bouger, circuler, évacuer, juste un peu loin, sur un espace qui ne soit pas de leur ressort « car vous savez, on ne fait pas ça de gaieté de cœur. Et on sait bien, il n'y a pas solution. Et puis si les autres passent, ce sera une autre histoire ! » Un peu plus loin donc, hors de la ville et ses pouvoirs de police, sur un autre espace institutionnel, « pourquoi pas le port ? Ou alors les marais ? » Le port autonome ou la réserve naturelle sauront bien s'en débrouiller.

Manière insensée de les remettre toujours en mouvement.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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