makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Jeannine et Michel



En maraude, au sud de l'intercom du pays brionnais, s’efforçant de suivre la Risle, nous tombons sur une rue en c coupée par la voie de chemin de fer.
Juste avant cette rue il y a un pont qui surplombe la rivière et un antiquaire. Sur notre droite une maison avec dans son jardin des caravanes défoncées, une casse artisanale.
Tout autour, des maisons et plus loin un chalet sans fondation. Celui-ci fait environ 30 mètres carré au sol, il au centre du terrain entouré d'herbe et à sa gauche se trouve un garage. Au loin, sur la droite on aperçoit cet immense pont avec l'A 28 qui le traverse.

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♦ À Rouen les forces de l'Ordre protègent un bidonville des manifestants.

Murs de tôles et de planches clouées, toits de bâches tendues sur un solivage de branches et maintenues par des pneus usagés, six à huit cabanes se font face et forment une allée. Autour, des barrières Vauban protègent le bidonville. Nous sommes le 14 novembre sur le parvis de l’hôtel de ville de Rouen. Sous la devise républicaine, un important dispositif de forces de l'ordre est mis en place pour préserver le bidonville de l'assaut des manifestants.

À quelques semaines de là pourtant, le 31 octobre, même région, même préfecture, les forces de l'ordre expulsent, saccagent et rasent le bidonville de Caucriauville, près du Havre, pour un coût estimé de 17 000 euros.

À quelques jours et quelques mètres à peine, même région, même préfecture, même ville, Rouen, dans la nuit du 7 novembre, les cabanes de planches et de bâches installées devant le palais de justice en réponse à l'assassinat de Rémi Fraisse étaient détruites par les mêmes forces de l'ordre, sur demande des pouvoirs publics.

Ce 14 novembre, dans les allées du bidonville de l'hôtel de ville, on se félicite. « Quel boulot ! C'est vraiment un beau bidonville ! », « Ah ! Vous avez agrandi la Palestine ? ». Mais, de l'autre côté des barrières, les manifestants sont à l'approche. Les « occupants » du bidonville leur crient être du même côté qu'eux, défendre les mêmes causes et, qu'au lieu de franchir ces grilles, ils devraient plutôt, comme eux, faire une demande d'installation à la mairie.

Une manifestation, des policiers, un bidonville, la pièce déjà maintes fois jouée ne se déroule habituellement pas comme cela. Qu'est-ce qui, soudain ce 14 novembre, remet à Rouen la république à l'endroit et fait du cordon bleu de CRS la ligne de protection du bidonville plutôt que l'instrument de sa destruction ?

La nature, l’esthétique ou même la sécurité des cabanes n'en sont pas la cause. Elles sont tout aussi dangereuses et présentent pour leurs occupants les mêmes risques d’effondrement ou d'incendie qui ont présidé à l'ordre de destruction des autres.

Alors quoi ? Non, pas la cabane, mais ses occupants ou plutôt leur absence. Pas la manifestation, mais sa nature et ses acteurs.

Ce bidonville protégé par la ligne bleue des forces de l'ordre est un faux. Les manifestants qui l'assaillent ne sont pas des enragés venus casser du Rrom mais ceux qui avaient construit peu avant, à quelques mètres et quelques jours de là, la cabane, vraie et habitée, hommage à Rémi Fraisse que le cordon bleu policier avait étranglé et détruit.

Voilà ce qui change l'issue de notre pièce.

Le bidonville, envisagé comme la dernière pièce à la mode, le spectacle qui fait sensation. Le bidonville scénographié pour « faire vrai », et s'imposer comme réel contre la réalité-même. Les barrières délimitent le cadre. La mise en scène est vivante, enlevée. Toute l'équipe, composée des personnels et bénévoles de dix-huit associations, s'affaire, les ouvreuses accueillent le public, les petites mains apportent la touche finale aux costumes. De l'ethnique, de l'exotique, du dépaysant. Ici on ne dit d'ailleurs pas cabanes, ni même baraques, mais « cases ». Les accessoires, de l'authentique factice, fétiches africains, guitare péruvienne, fabriquent les traces d'un faux pauvre comme on peignait du faux vieux. La scène est plantée pour la représentation de La très touchante histoire de l'enfant du bidonville, mélodrame en un acte sur fond de misère sociale, bouleversant « parcours pédagogique » dans la journée-type d’un habitant en bidonville. De la case France à la case Afrique, à la case Amérique latine... « Le tour du monde en un jour » comme le promettait l'exposition coloniale de 1931. Images de la misère des cinq continents.

Ici, les bonnes intentions financées par la Région et la Mairie ne pavent pas l'enfer. Elles le reconstituent pour en faire la toile de fond de l’étreinte indignée entre ONG et pouvoirs publics. Un bain de bouche de miséricorde face à cette crasse qui fait délicieusement frémir. Elles ne pavent pas l'enfer. Elles le spectacularisent, le distancient dans sa représentation apprivoisée.

Cependant qu'à deux pas de ce bidonville-parc d'attraction, sous les yeux des gens qui dorment, on détruit les cabanes réelles et habitées. L'uniforme fait de la gestion de foule comme l’État de la gestion territoriale. Le matraquage, ici, est réel, violent. Et parfois les personnages de ce théâtre-là meurent dans la rue.

Que faire de l'enfer qu'est le bidonville ? Le paver ou le rendre habitable ? L'annuler, le déporter sans cesse, et par là, l'intensifier, comme au Havre ? Le reconstituer sur les pavés de la bonne intention, comme l'on fait à Rouen ceux que nous n'avons pas vus au Havre ? Ou y descendre, le paver de colère créatrice ?

Le faux bidonville est désormais rangé, remisé, prêt à resservir au prochain entre-sort forain de la bonne intention. Voilà ce qui sépare encore le spectacle humanitaire du monde réel dans lequel les personnages meurent et où on ne déménage pas d'un bidonville !

♦ Moscou. Bois de coffrage et démocratie.

Le parc de l'auteur d'ta mère et la ville cool.
les formes internationales de la ville légère institutionnelle.


Moscou a poussé pendant la nuit. Le temps d'une éclipse en France et en Moldavie, le soleil vertical écrase la canopée qui recouvre le rez-de-chaussée de la ville. À l'ombre des arbres qui échappent ici à la rituelle et printanière mutilation de l'élagage, la boue du dégel s'est asséchée en terre poussiéreuse.

Il n'y a pas que les arbres qui poussent ici, la ville chantier continue de faire pousser ses étages, les « algeco » de tôle aluminium qui frigorifiaient l'esprit il y a quelque mois l'étouffent aujourd'hui à penser à ceux qui y vivent comme en étuve.

Les parcs se remplissent d'une foule compacte goûtant au vert, le temps d'un week-end, déambulant au milieu des constructions temporaires et légères : kiosques, bars, scènes, tentes géantes, containers aménagés qui, eux aussi, viennent de pousser là. Dans cette très officielle enclave verte, nomade et légère, où se décline la nouvelle grammaire de la ville cool internationale, on oublie presque les conflits en Ukraine, les migrants en containers, les anarchistes tabassés, les destructions de marchés et autres campagnes municipales anti-migratoires. Ici, l'espace est pacifié.

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Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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