makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Flamanville - Base vie des Pieux

Nous retrouvons Paulo le dimanche après-midi devant l’entrée principale de la base vie des Pieux. Nous parcourons les allées avec lui, entourées des 196 mobil-homes installés par l’AIE sur cet ancien parking communal, pour loger les ouvriers en déplacement sur le chantier de l’EPR. Chaque mobil-home comporte deux chambres ; tous les résidents vivent donc en colocation. Les « bungalows », comme les appelle Paulo, sont tous identiques : « comme ça il n’y a pas de jalousie ! », nous dit-il en riant.

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♦ Soirée de projection de films à la forgette

C’est à la Forgette que nous retrouvons ce soir là les ouvriers du chantier de l’EPR (Réacteur pressurisé européen). La Forgette, bar situé aux Pieux à 5 Km de Flamanville. La Forgette aussi, où nous avions rencontré pour la première fois Cyrille, Gigi, Paulo, Mathieu et Eddy. À la Forgette encore, et grâce à Valérie, tenancière, que nous avons décidé d'organiser une soirée de projection de nos films. L’occasion pour nous de faire connaître notre travail, de rencontrer de nouvelles personnes, de mieux comprendre leurs situations.

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♦ Moscou vu depuis les tentes du parc Droujba

Alors que les campements politiques se multiplient depuis les années 90 et le contre sommet de Seattle jusqu’aujourd’hui à Notre Dame des Landes (+ru), c’est autour des luttes écologiques et de la défense des parcs que s’organisent à Moscou ces assemblées de tentes.

Car les pelleteuses ne sont pas que les grandes faucheuses des kiosques, marchés et garages mais aussi celles des arbres et des parcs, réserves foncières que les « nouveaux » grands acteurs de la métropole s’accaparent. C’est le cas au parc Droujba au nord de la ville où, avant même autorisation, la société de gestion du stade Loujniki entamait le déracinement des arbres en vue d’y construire un nouveau complexe.

C’est le choc pour les voisins de ce parc construit dans les années 50 au milieu de nulle part et autour duquel la ville s’est développée.

Mais ce n’est pas tout, ce quartier comme un concentré de la politique de la ville actuelle a vu, il y a quelques temps, l’érection d’un projet phare : un hub, plateforme multimodale permettant de sauter à l’abri d’un métro à un bus ou un car. Plusieurs étages de parking… Mais le centre s’avère étrangement trop exiguë pour accueillir les véhicules et devient tout naturellement un nouveau centre commercial face à l’historique centre soviétique et à 50 mètres à peine d’un autre érigé dans les années 90.

Face aux pelleteuses ravageant le parc, quelques habitants décident d’installer un campement, quelques tentes, trois ou quatre tout au plus. Elles tiendront deux semaines avant de subir les assauts des mystérieux « hommes en noirs » puis l’éviction par la police.

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♦ Sotchi

Le plus grand aquarium de Russie ressemble davantage à une animalerie qu'à un méga centre aquatique. À la sortie une berline blanche. Adossé à un palmier, coupe à la brosse, pantalon blanc, chemise assortie ouverte sur un ventre rebondi il marmonne « taxi ? - oui ! centre ville - C'est loin ! Plus de soixante kilomètres !». l'agglomération de Sotchi s'étale sur 165 kilomètres.

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♦ Chisinau. Le marché espace nécessaire de la ville transit.

« La plupart commencent sur le trottoir avec quelques cartons puis viennent installer ici un stand. S'ils réussissent ils ouvriront ensuite un magasin dans un des centres commerciaux de la ville.

Alors c'est une école de commerce à ciel ouvert ?

Tu sais beaucoup de gens ici on un diplôme universitaire. Mais après ? Il faut gagner sa vie, faire quelque chose. Alors ils montent un petit business.

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♦ Au bord de la Seine... Se déplacer pour travailler !

Nous retournons aujourd'hui au camping des Groux pour rencontrer les personnes qui y séjournent. Nous nous rendons dans le mobilhome où logent 4 travailleurs. Tous les quatre sont dans le bâtiment, ils travaillent pour Ramerie bâtiment. Le premier y travaille depuis 10 ans, deux autres depuis 8 ou 9 ans et le dernier y travaille depuis 6 ans. Ils font du gros œuvre ; maçonnerie, béton, etc. Cette boite emploie actuellement 3700 salariés. Et ils nous racontent que les conditions de travail ont évolué en quelques années.

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♦ Moscou gare de Bieloruskaya. Tourner, attendre et découvrir la réalité d'une brigade d'ouvriers migrants.

Marché des heures, en plein cagnard, à courir après elle.

Mais elle ne se laisse pas approcher. Elle se dérobe, se camoufle, se déguise ou simplement déserte les endroits où on pensait la trouver, les berges le long desquelles la pêcher. Elle se planque. Ses habitants filent en amis fugitifs. Peut-être s'agit-il d'une des conditions du pacte signé avec la ville Normale...

Trois heures autour des voies partant de la gare de Bieloruskaya vers le sud-est !

Nib ! Les garages quoiques légers et sans doute « informels », ne sont véritablement que des garages.

T'as beau chercher les offres d'emploi au black accrochées aux poteaux, te surprendre à repérer des phénotypes (puisqu'ici la ville informelle est asiatique) rien.

A mesure de la marche tout ça commence à sentir le mauvais carnet de voyage. T'es un Américain des années cinquante, la caméra rebondissant sur le nombril, la sueur qui emporte et dégueule la gomina dans tes yeux. Et l'appareil qui collectionne à vomir, en cahier de tendances, des containers, des bungalows, des baraques de tôles, des chantiers... T'as les pieds qui saignent.

Mauvaise méthode.

Marcher ne suffit plus pour rencontrer et interagir avec la ville mobile et informelle.

Après l'euphorie, deuxième échec. Le premier, ouvrier, s'appelait Ferouze.

Ferouze ou l'attente from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Moscou. Les ouvriers ouzbeks ne nomadisent pas en yourte.

« Ça fait trois ans que je fais ça. Je compte continuer encore deux ans avant de rentrer chez moi »

Il a vingt ans est Ouzbek mais contrairement à l'image d’Épinal ce n'est pas en yourte qu'il nomadise mais de chantier en chantier, d'appartement en appartement. Trois ans, qu'avec ses deux compagnons, il habite les lieux mêmes des chantiers sur lesquels il travaille.

Rendez-vous est pris sur un parking. Et c'est en voiture que nous nous rendons au pied d'un marché. De là nous marchons jusqu'à un ensemble d'immeubles. Le chemin aurait été plus court en voiture mais il ne sais s'y rendre qu'à pied. Digicode, porte, ascenseur, couloir et une porte capitonnée s'ouvre sur des sacs de plâtre empilés dans le vestibule d'un appartement en réfection. Ses deux collègues, Ouzbeks eux aussi, sont là nettoyant leurs outils dans la cuisine. Il nous emmène jusqu'à deux chambres. Au milieu des outils, des ballots d'isolants, des fenêtres à poser sont jetés trois matelas, les leurs le temps du chantier. Un morceau de papier peint est posé à l'entrée et fait office de paillasson pour limiter l'invasion de la poussière de plâtre.

« En Ouzbékistan tout va bien sauf l'argent ! »

Nous nous installons. Il retape un peu sa paillasse et s’assoie sur un tabouret pour répondre à nos questions. « En Ouzbékistan tout va bien sauf l'argent ! » c'est pour ça qu'il a quitté sont emploi de vendeur de chaussure pour venir travailler ici. Tous les ans, avec son équipe, il construisent 6 maisons à Moscou. Pour nous rejoindre, il a quitté le chantier de l'une d'elle. Après nous, il entamera sa deuxième journée de travail ici dans cet appartement : les travaux bruyants jusqu'à 22h puis les travaux silencieux comme l'enduit, le papier peint ou la peinture.

Il n'a pas connu les containers dans lesquels vivent certains ouvriers et ne veut pas les connaître préférant le confort relatif qu'offre ce camping en appartement.

Nous discutons encore, filmons. Puis vient le moment de se séparer. Nous parlons un peu de la destination de ce film. Internet ? Non. Il ne veut pas.

Nous reviendrons avec un premier montage pour discuter.

À suivre...

♦ Moscou. Danse avec les murs.

Des murs et des barrières, immanquablement dressés entre les containers habités et la ville. Variété incroyable de surfaces contre lesquelles on bute et on peste. Quand la non-maîtrise de la langue condamne au stupide exercice de la série photographique, c'est avec eux que l'on danse, que l'on tourne, en contorsion dans l’entrebâillement, au dessus, en dessous. Murs, barrières, plus infranchissables encore que ceux des bidonvilles français.

Parce que ces barrières sont justement les précis synonymes du découragement, alors tentons au moins de les qualifier. Qualifier ce qui se dresse systématiquement entre ville normale et ville mobile, et au-delà tenter de lire la ville en les logeant.

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♦ Au bord de la Seine... Quelques réalités du tourisme d'affaire

La twingo a repris sa dérive le long d'une des boucles de la Seine. Au bout d'un petit chemin, nous suivons la direction du camping des Groux. La directrice du lieu abandonne sa tondeuse, nous accueille et raconte.

En 12 ans d'activité dans ce camping, elle a observé un changement de clientèle. Il n'y avait en effet, à l'époque, pas de demande pour des ouvriers en déplacement, qui aujourd'hui en revanche constituent une bonne part de la clientèle. Ce camping accueille également des résidents qui louent pendant 6 mois un emplacement et qui viennent les week-end et les vacances. Quelques parcelles sont réservées aux touristes venus passés quelques jours essentiellement au printemps. Plus rarement, elle accueille des personnes qui ont été mutées, et qui s'installent au camping, le temps de trouver un logement.

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♦ Moscou. Bois de coffrage et démocratie.

Le parc de l'auteur d'ta mère et la ville cool.
les formes internationales de la ville légère institutionnelle.


Moscou a poussé pendant la nuit. Le temps d'une éclipse en France et en Moldavie, le soleil vertical écrase la canopée qui recouvre le rez-de-chaussée de la ville. À l'ombre des arbres qui échappent ici à la rituelle et printanière mutilation de l'élagage, la boue du dégel s'est asséchée en terre poussiéreuse.

Il n'y a pas que les arbres qui poussent ici, la ville chantier continue de faire pousser ses étages, les « algeco » de tôle aluminium qui frigorifiaient l'esprit il y a quelque mois l'étouffent aujourd'hui à penser à ceux qui y vivent comme en étuve.

Les parcs se remplissent d'une foule compacte goûtant au vert, le temps d'un week-end, déambulant au milieu des constructions temporaires et légères : kiosques, bars, scènes, tentes géantes, containers aménagés qui, eux aussi, viennent de pousser là. Dans cette très officielle enclave verte, nomade et légère, où se décline la nouvelle grammaire de la ville cool internationale, on oublie presque les conflits en Ukraine, les migrants en containers, les anarchistes tabassés, les destructions de marchés et autres campagnes municipales anti-migratoires. Ici, l'espace est pacifié.

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♦ Le blanc de la carte est-il néanmoins vide ?

Makhnovtchina. Vie et disparition d'une enclave nomade à Rouen from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Acte I scène 2 de cette pièce trop souvent jouée

Retour sur le quartier de Couronne prolongée où l'état de guerre déclaré par la ville est aujourd'hui visible. Le 25 mars dernier, les premiers voyageurs du terrain des graviers, aire d'accueil illicite tolérée par la ville jusqu'à ce que les terrains de la rue de Couronne ne deviennent intéressants en terme d'expansion urbaine, ont intégré leurs logements dans le village de stabilisation conçu pour eux, dans une autre poche de fragilité urbaine, entre voies ferrées et industries. La police municipale qui jusqu'alors ignorait ce quartier y passe désormais trois fois par jour. Le jour de leur départ, les tractopelles se sont activées à massacrer la première moitié de ce terrain, afin que personne ne puisse s'y réinstaller. Acte I scène 2 d'une comédie trop souvent jouée.


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♦ Rouen, quais rive gauche. Disparition de l'enclave nomade ou l'éblouissante mise en oeuvre d'un art de faire une ville contre le Voyageur.



Du rouge,

Rouge bourgeois ennemis
Au rouge, "citoyen tu ne passeras pas"
en passant l'autre, anti-rêve du voyageur
l'éblouissement crasse d'un urbanisme d'empêchement.
Ville,
quel est ton ennemi ?



Nous le disions, Rouen possédait une rareté urbaine, qu'une autre culture du marketing aurait intelligemment reprise à son compte : Une Enclave Nomade en centre ville ! Une place pour l'édification de la ville temporaire et mobile dont l'autre, sédentaire, a besoin.

Nous le disions, deux kilomètres de quai bitumés, que la pensée cadastrale rangeait sans doute au rayon du stationnement, mais qui réellement accueillait retraités en camping-cars, travellers, voyageurs, habitats et commerces forains, cirques et circaciens et même les émergences spectaculaires municipales.

♦ Les trains...

Ceux de la Makhnovtchina, entrevus dans le film d'Hélène Chatelain, celui de Ziga Bertov, qui peut-être, un jour croisa les premiers en Ukraine. Celui de Medvedkine. Ceux qui amènent aux trois gares de Moscou les « migrants », candidats à la fabrique de la ville planifiée quitte à devoir dormir dans des containers. Les trains de la gare de treillage de Sotteville-lès-Rouen dans les wagons desquels dorment des employés.

Des trains et des lignes de chemin de fer qui, traçant la route, écartent le paysage et le plan même; générant à leurs abords des blancs de carte sur lesquels on vient vivre et construire quand on ne peut faire autrement... Hors-la-loi, hors la carte, comme hors la France ou la Russie profitant du vide là : caravanes ou espaces auto construits le long de la ligne Rouen/Paris ou Moscou/Domenovo. Les trains révèlent les bidonvilles prétendument disparus. Ils révèlent, la cécité entretenue.

chantier aux abords de la ligne Moscou/Domenovo

Et ces trains, américains ceux-là, qui transportaient les barnums du monsieur du même nom. Et celui, bolchevique, dont Voline tente de rattraper la métaphore politique pour y grimper et l'offrir au peuple.

Trains omniprésents, quoiqu'à respectable distance de ce qui nous occupe, mais trains tout de même dont on discutait avant mon décollage relativement aux collaborations universitaires Francorusse.

Je n'avais pour moi, jusqu'à présent, que la guerre du rail, juste vengeance face aux trains de la mort. Me manquait ces trains, tous les autres qui disent et sculptent notre monde.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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