makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Un camion, bientôt un cinéma !

Le camion cinéma MKN-VAN est un des outils mis en place par Echelle inconnue pour poursuivre son travail de recherches et de créations sur le projet Makhnovtchina, la ville mobile. En cours de transformation au lycée professionnel Augustin Boismard, ce camion parcourra ensuite les routes normandes, et au-delà, pour diffuser les films que nous réalisons avec des personnes habitant de manière mobile et légère. La matière récoltée à un endroit sera diffusée dans un autre. Ainsi, dans les rails du train-cinéma de Medvedkine, le camion-cinéma MKN-VAN aura pour objectif de rapprocher des situations de mobilité les unes des autres.

Un camion, bientot un cinema ! from Echelle Inconnue on Vimeo.

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♦ Echelle Inconne à Brionne

Le cinéma, c'est bien une histoire de mobilité. D'abord, parce que c'est dans les foires que le cinéma fait son apparition (lire ici). Ensuite, parce qu'une autre histoire à laquelle on s'accroche, c'est celle du Ciné-Train que Meddvdekine met au point au début des années 30 en URSS. Le Ciné-train est une unité mobile de production de films, qui a pour objectif de filmer la « réalité soviétique », puis de la montrer immédiatement au peuple. Ce train et l'équipe de Meddvedkine sillonnent l'union soviétique pour filmer ouvriers, paysans, mineurs dans une volonté d'aider à la « construction de la Russie nouvelle ».


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♦ carnet de chantier #4 - danser c'est resister ?

Un vernissage ? Pour des toilettes ? La petite ourse au téléphone en rit encore. Nous aussi, nous rions ce soir entre nos murs. La fête se prépare.

Peu avant Ioan et Christy riant aussi devant le premier bloc sanitaire assemblé et coiffé de sa toile. Ils font des gestes, répètent en roumain un mot que nous ne comprenons pas. Tour à tour, ils désignent le bloc et font des signes. On devine des roues, des chevaux... Une roulotte ! Oui ! Les toilettes nomades ressemblent à une roulotte. Nos mots communs sont trop rare pour savoir ce que ce véhicule habitable évoque pour eux.

Notre tente est vidée pour se transformer en salle de projection foraine.

Depuis le milieu de l'après-midi déjà les membres du comité de soutien arrivent peu à peu avec brasero, boissons et nourriture, solidarité, pour eux, usuelle. Il y en eu d'autres, pendant ce chantier, de la voisine qui offre l'électricité et nous laisse tirer une improbable ligne de chez elle à notre enclave coupée de tous réseaux, à cette entreprise et ses salariés offrant et aidant à charger les palettes dans notre camion, en passant par ce menuisier qui fournit à discrétion la sciure de bois nécessaire au fonctionnement des toilettes que Madalin apporte en grands sacs jusqu'ici, ou les nombreux traducteurs qui se sont proposés pour traduire bénévolement le film.

Le bois a à peine fini d'absorber l'huile de lin que les enfants étrennent les sièges.

Le brasero fume, les invités arrivent, nous faisons le tour des installations. Carmen, la voix off roumaine du film que nous présentons, fait l'interprète. Ioan a encore des questions quant au fonctionnement des toilettes. Nous expliquons, discutons.

Christy nous abandonne pour entrer dans la tente. "Moi, je vais regarder la télévision! " Nombreux sont ceux qui entrent aussi et regardent, sous le crayon d'Onofrei, se dessiner la vie et la mort du bidonville de la Soie à Villeurbanne.

Pour couvrir l'encore lointain bourdonnement des pelleteuses, nous dansons jusque tard dans la nuit au son d'un lecteur Mp3 en forme de voiture miniature.

♦ Demandez l'journal ! Mais j'te connais toi !

C'est la tournée. Redistribuer le journal à ceux qui l'ont fait naître.

En voiture, journal à la main, nous relions les points de la carte de la ville mobile que le cadastre oblitère. Mais celle-ci a déjà changé. Les points s'en sont déplacés : chassés ou sur le point de l'être par la ville officielle en cette période préparative de noce électorale. C'est encore sur la carte mouvante des déplacés que nous marchons, carte de la fuite ou de l’échappée vers l'espace qui reste. En reliant ses points, nous la redessinons.

Nous filons sur la déchetterie ; repérons l'entrée du terrain toléré grâce aux poubelles installées en face. Chose neuve, une pancarte peinte à la main annonce :

« rempailleur de chaise 06 .. .. .. .. »

Le terrain n'a pas changé, rectangle de terre boueux qui ne semble pas avoir séché depuis presque un an. La voiture rebondie dans les ornières. Nous cherchons Nito et Timothée. Personne ne sait. On nous oriente vers une caravane voisine : « mais ils sont en bâtiments maintenant ! » On ne reconnaît personne. Plusieurs nouvelles caravanes se sont installées ici, chassées de la place qu'elles occupaient derrière la poste par la municipalité sans doute soucieuse de marquer d'un geste ferme le début de la campagne électorale. Elles sont maintenant ici, quatre, cinq, plus peut-être, les pneus plantés dans la boue du terrain vague exsudant le noir de sa sève de polluée.

« Nito et Timothé ? Tiens voilà sa mère qui arrive ! »

Elle cherche dans le journal le visage de son fils dont elle ne reconnaît d'abord pas le portrait. Elle demande un exemplaire supplémentaire pour elle. Elle est en visite et vit actuellement en HLM « pour l'hiver seulement ! J'ai gardé ma camping chez des amis. C'est juste pour l'hiver. Le HLM c'est vraiment pas mon genre, non ! »

Nous contournons la ville par ses voies rapides pour relier les terrains familiaux qui, avec leur hautes barrières et leur haies, constituent comme un prolongement naturel des parcelles pavillonnaires voisines. Ce n'est que sur la pointe des pieds, la vue au dessus de la barrière, qu'on les repère à leur petit bâtiment de bois ou de maçonnerie posé sur la parcelle de gravillons qui cumulent l'avantage de ne pas voir les caravanes s'enfoncer dans la boue en hiver à celui de dégager moins de chaleur que le bitume en été. Les terrains sont vides, nous postons les journaux dans les boîtes aux lettres.

Au retour, au détour d'un carrefour, émergent des hautes herbes entourant le parking d'une ZAC, une dizaines de caravanes.

« hé toi ! J'te connais ! »

Les mains se tendent. Sous la casquette à carreaux enfoncée : les yeux, la barbe et le sourire de Minette que nous n'avons décidément pas fini de faire rire. Au journal tendu il répond par un autre sourire et un haussement d'épaule qui signe l'impuissance. « vous savez bien que nous autres on sait pas bien lire ! » Ils raconte son école chez les Gadgé : « on nous jetait un crayon à papier et une feuille pas plus grande que ça. Comment voulez-vous qu'on ait appris ? » La petite feuille, le crayon : l'os à ronger que l'école républicaine leur jetait en signe de renoncement à ses devoirs, l'esprit en paix. « c'était l'époque du carnet, le grand, après on a eu le petit » diminution de la pièce d'identité raciste comme un allègement de la peine. Mais rien n'a vraiment changé. Son père, un gaillard qui meurt jeune. « il a fait la guerre pourtant ! Mais ils ne lui ont jamais versé sa pension militaire. » « on était une grande famille avant... enfin on serait une grande famille s'ils ne les avaient pas tous brûlés... les camps, les arrestations par la police et la gendarmerie française... » le père aussi, mais mort plus tard, alors seul avec sa mère, Minette travaille au port. « c'était pas facile » Il redit travailler au port comme un signe clair de son ancrage ici, comme la légitimité de sa place sur ce territoire, ici, à Dieppe. C'est au port, à côté qu'on se rencontrait la première fois. Maintenant, il est ici. « s'ils nous chassent, on ira ailleurs » Pourquoi ici ? Il montre l'évidence du gris du ciel et du sol bitumé. « à cause de l'hiver. Quand il pleut, faut être sur un sol sec, sinon c'est la boue. Mais en été c'est trop chaud il faut se poser sur de l'herbe.

On parle du film en première étape de réalisation. A notre première entrevue, Minette ne voulait pas être enregistré « on parle pas bien nous autres ! » là, il montre sa parka imperméable jaune fluorescente haute visibilité nécessairement tâchée puisqu'il travaille avec. « vous avez vu comme on est joli ? » Il ne veut pas être filmé.

« Et puis vous êtes des genres de journalistes ? Non ? Parce qu'on en a vu plein déjà. Mais à chaque fois, s'ils prennent une photo, ils prennent les poubelles. Même si ils savent que ça va partir juste après. » Il montre un tas en attente derrière la caravane : son travail en somme, quelques palettes que quelqu'un viendra chercher et quelques objets chinés pour la ferraille, morceaux de grillage, carcasse de lave linge qui, une fois démontés trouverons preneur chez un ferrailleur. Bientôt, tout partira mais les photo-journalistes semblent habités du génie de la poubelle.

Mais ses fils veulent voir le film et que l'on vienne le projeter ici. Minette parle alors des grands parents qui faisaient des projection de cinéma, la famille de sa femme et une autre femme dont les parents étaient circassiens. Sa femme a conservé des photos de cette époque. Nous repasserons mais Minette n'aime pas laisser son numéro à n'importe qui... alors il suffira de le chercher s'ils se font chasser d'ici. Il nous lance son salut "Latcho deves!"

Nous repartons en direction du relais motard et, arrivant nous manquons de reconnaître le patron affairé à la mécanique d'une voiture devant l'atelier public de l'entrée. « ça va ? Non ! » et il montre le camping désert. « rien ! Pas une réservation ! Même pas pour cet été ! » c'est compliqué. Ces projets d'aménagement ? Oubliés. En perspective ? La clef sous la porte. Le « soleil amer » du camping semble l'engloutir.

Nous contournons de nouveau la ville pour atteindre la ferme Huchet. Arrivés au lotissement de caravane et de chalets, tous les regards se tourne vers la voiture étrangère. Notre connaissance est là, dans son chalet entouré du jardin propret. Le mobile-home posé sur sa pelouse de gravillon. Embusqués entre les rosiers, des nains de jardins le surveillent ou montent la garde devant le potager qu'ils délimitent. Nous convenons d'un soir pour visionner le film chez lui avant son départ en retraite.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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