makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Inauguration du Nigloblaster 2.0 et conférence de presse

           


La Ville n'est-elle faite que de murs ?

Pour aider à ouvrir les yeux sur les invisibles des villes, Echelle Inconnue a réalisé une visite foraine et géolocalisée du quartier du Pollet à Dieppe (Haute-Normandie) avec ses habitants. Pendant sept mois de résidence, l’équipe d'Echelle Inconnue, en collaboration avec le service Dieppe Ville d'Art et d'Histoire, est allée à la rencontre des polletais pour écouter et filmer les récits d’un quartier vu par sa mobilité. Pour réaliser cette visite, a été créé le « Nigloblaster 2.0 ». Il s'agit aujourd'hui d'une œuvre numérique créée avec la technologie GPS et conçue pour le quartier du Pollet. Elle permet de le visiter à travers la parole de ses habitants et de l’image qu’ils s’en font.

CONFÉRENCE DE PRESSE ET INAUGURATION DU PROJET :

Jeudi 11 février 2016 : conférence de presse à 14h dans les locaux de Dieppe Ville d’Art et d’Histoire (PLACE LOUIS VITET, 76200 DIEPPE).

Samedi 13 février 2016 :

15h à Dieppe Ville d’Art et d’Histoire : conférence de Stany Cambot « Revanche patrimoniale : création de monuments populaires diffus ».

« Quand les spécialistes du patrimoine élisent ce qui est digne d'être notre histoire. Quand ils désignent les pères dont nous devrions hériter histoire et valeurs, le dispositif numérique peut devenir pour nous l'outil de la vengeance patrimoniale ajoutant à la liste officielle des pères touristico-patrimoniaux d'autres pères dont nous pourrions nous réclamer. Les invisibles ou les vaincus de l'histoire officielle. Nous rêvons d'une ville, espace mnémonique, connaissance disponible sous un ciel ouvert, des pores et anfractuosités de laquelle les paroles clandestines pourraient exsuder. Depuis 1998 et avec les invisibles nous dessinons des réels ignorés.»

16h30 : Inauguration festive du Nigloblaster, du patrimoine « mobilier » d’un quartier et de ses habitants.

Lancement des réservations pour effectuer la visite seul ou à plusieurs.

NIGLOBLASTER 2.0, un projet soutenu par La Ville de Dieppe, Dieppe Ville d'Art et d'Histoire, La DRAC Haute-Normandie, Le dispositif pour la création artistique multimédia (DICREAM) du CNC, Le Pôle-Image Haute-Normandie, La Fondation Abbé Pierre et Le Département Seine-Maritime.

♦ Crash-test du Nigloblaster

Première sortie du Nigloblaster 2.0 au Pollet le mercredi 29 juillet 2015

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♦ HackingBoat

Hacking signifie tout à la fois le bricolage et la création ou le détournement de code ou dispositifs numériques. Il implique aussi, de manière radicale, une remise en question de l'économie, de la propriété, ainsi que des processus de projets et de création.

José fait du code. Sa maison flottante ressemble à la matérialisation de ces assertions.

HackingBoat " Tu fais quoi là ? Le manouche sur l'eau !?" from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ LA NIGLOBOX

La Niglobox sera présente au Pollet (un quartier de Dieppe) dans des lieux publics jusqu'à la fin du mois de juin 2015.
Premier lieu d'accueil : le bar "Le Mieux ici qu'en face" pour le mois d'avril 2015.

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♦ Le Pollet au prisme forain : Le Bagdad Palace

Bagdad Palace from Echelle Inconnue on Vimeo.

Nous nourrissons le NigloBlaster d'autant de films qu'il est de mobilités dans ce quartier de Dieppe : camions ou caravanes habitées, voyageurs ou travailleurs forains et offshore. Ici le Bagdad Palace, havre "des candidats au voyage" comme les nomme Luc (peut-être devrions-nous dire Ben Zouf) un des Polletais avec qui nous travaillons. Ce squat se trouve à une limite critique du quartier que les cartes officielles réprouvent mais pourtant... C'est une halte possible d'une nuit ou quelques jours pour les migrants tentant de passer clandestinement en Angleterre cachés dans les camions qui embarquent en Ferry à l'autre bout du quartier. C'est comme en écho à Monsieur Evrard une image du quartier par l'accueil.

♦ Dans les interstices, Ana et Edouard

A Dieppe, dans les interstices entre deux situations reconnues, dans des campings, des hôtels « lowcost », des terrains accueillant des voyageurs, nous rencontrons des situations d'habiter qui dérogent à la règle du « soit nomade, soit sédentaire », du « soit propriétaire, soit locataire », du « avec ou sans abri ». Nous rencontrons ainsi Ana et Edouard, qui nous confient leur parcours, plus que chaotique à travers Dieppe depuis leur arrivée de Roumanie, il y a quelques mois.

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♦ Demandez l'journal ! Mais j'te connais toi !

C'est la tournée. Redistribuer le journal à ceux qui l'ont fait naître.

En voiture, journal à la main, nous relions les points de la carte de la ville mobile que le cadastre oblitère. Mais celle-ci a déjà changé. Les points s'en sont déplacés : chassés ou sur le point de l'être par la ville officielle en cette période préparative de noce électorale. C'est encore sur la carte mouvante des déplacés que nous marchons, carte de la fuite ou de l’échappée vers l'espace qui reste. En reliant ses points, nous la redessinons.

Nous filons sur la déchetterie ; repérons l'entrée du terrain toléré grâce aux poubelles installées en face. Chose neuve, une pancarte peinte à la main annonce :

« rempailleur de chaise 06 .. .. .. .. »

Le terrain n'a pas changé, rectangle de terre boueux qui ne semble pas avoir séché depuis presque un an. La voiture rebondie dans les ornières. Nous cherchons Nito et Timothée. Personne ne sait. On nous oriente vers une caravane voisine : « mais ils sont en bâtiments maintenant ! » On ne reconnaît personne. Plusieurs nouvelles caravanes se sont installées ici, chassées de la place qu'elles occupaient derrière la poste par la municipalité sans doute soucieuse de marquer d'un geste ferme le début de la campagne électorale. Elles sont maintenant ici, quatre, cinq, plus peut-être, les pneus plantés dans la boue du terrain vague exsudant le noir de sa sève de polluée.

« Nito et Timothé ? Tiens voilà sa mère qui arrive ! »

Elle cherche dans le journal le visage de son fils dont elle ne reconnaît d'abord pas le portrait. Elle demande un exemplaire supplémentaire pour elle. Elle est en visite et vit actuellement en HLM « pour l'hiver seulement ! J'ai gardé ma camping chez des amis. C'est juste pour l'hiver. Le HLM c'est vraiment pas mon genre, non ! »

Nous contournons la ville par ses voies rapides pour relier les terrains familiaux qui, avec leur hautes barrières et leur haies, constituent comme un prolongement naturel des parcelles pavillonnaires voisines. Ce n'est que sur la pointe des pieds, la vue au dessus de la barrière, qu'on les repère à leur petit bâtiment de bois ou de maçonnerie posé sur la parcelle de gravillons qui cumulent l'avantage de ne pas voir les caravanes s'enfoncer dans la boue en hiver à celui de dégager moins de chaleur que le bitume en été. Les terrains sont vides, nous postons les journaux dans les boîtes aux lettres.

Au retour, au détour d'un carrefour, émergent des hautes herbes entourant le parking d'une ZAC, une dizaines de caravanes.

« hé toi ! J'te connais ! »

Les mains se tendent. Sous la casquette à carreaux enfoncée : les yeux, la barbe et le sourire de Minette que nous n'avons décidément pas fini de faire rire. Au journal tendu il répond par un autre sourire et un haussement d'épaule qui signe l'impuissance. « vous savez bien que nous autres on sait pas bien lire ! » Ils raconte son école chez les Gadgé : « on nous jetait un crayon à papier et une feuille pas plus grande que ça. Comment voulez-vous qu'on ait appris ? » La petite feuille, le crayon : l'os à ronger que l'école républicaine leur jetait en signe de renoncement à ses devoirs, l'esprit en paix. « c'était l'époque du carnet, le grand, après on a eu le petit » diminution de la pièce d'identité raciste comme un allègement de la peine. Mais rien n'a vraiment changé. Son père, un gaillard qui meurt jeune. « il a fait la guerre pourtant ! Mais ils ne lui ont jamais versé sa pension militaire. » « on était une grande famille avant... enfin on serait une grande famille s'ils ne les avaient pas tous brûlés... les camps, les arrestations par la police et la gendarmerie française... » le père aussi, mais mort plus tard, alors seul avec sa mère, Minette travaille au port. « c'était pas facile » Il redit travailler au port comme un signe clair de son ancrage ici, comme la légitimité de sa place sur ce territoire, ici, à Dieppe. C'est au port, à côté qu'on se rencontrait la première fois. Maintenant, il est ici. « s'ils nous chassent, on ira ailleurs » Pourquoi ici ? Il montre l'évidence du gris du ciel et du sol bitumé. « à cause de l'hiver. Quand il pleut, faut être sur un sol sec, sinon c'est la boue. Mais en été c'est trop chaud il faut se poser sur de l'herbe.

On parle du film en première étape de réalisation. A notre première entrevue, Minette ne voulait pas être enregistré « on parle pas bien nous autres ! » là, il montre sa parka imperméable jaune fluorescente haute visibilité nécessairement tâchée puisqu'il travaille avec. « vous avez vu comme on est joli ? » Il ne veut pas être filmé.

« Et puis vous êtes des genres de journalistes ? Non ? Parce qu'on en a vu plein déjà. Mais à chaque fois, s'ils prennent une photo, ils prennent les poubelles. Même si ils savent que ça va partir juste après. » Il montre un tas en attente derrière la caravane : son travail en somme, quelques palettes que quelqu'un viendra chercher et quelques objets chinés pour la ferraille, morceaux de grillage, carcasse de lave linge qui, une fois démontés trouverons preneur chez un ferrailleur. Bientôt, tout partira mais les photo-journalistes semblent habités du génie de la poubelle.

Mais ses fils veulent voir le film et que l'on vienne le projeter ici. Minette parle alors des grands parents qui faisaient des projection de cinéma, la famille de sa femme et une autre femme dont les parents étaient circassiens. Sa femme a conservé des photos de cette époque. Nous repasserons mais Minette n'aime pas laisser son numéro à n'importe qui... alors il suffira de le chercher s'ils se font chasser d'ici. Il nous lance son salut "Latcho deves!"

Nous repartons en direction du relais motard et, arrivant nous manquons de reconnaître le patron affairé à la mécanique d'une voiture devant l'atelier public de l'entrée. « ça va ? Non ! » et il montre le camping désert. « rien ! Pas une réservation ! Même pas pour cet été ! » c'est compliqué. Ces projets d'aménagement ? Oubliés. En perspective ? La clef sous la porte. Le « soleil amer » du camping semble l'engloutir.

Nous contournons de nouveau la ville pour atteindre la ferme Huchet. Arrivés au lotissement de caravane et de chalets, tous les regards se tourne vers la voiture étrangère. Notre connaissance est là, dans son chalet entouré du jardin propret. Le mobile-home posé sur sa pelouse de gravillon. Embusqués entre les rosiers, des nains de jardins le surveillent ou montent la garde devant le potager qu'ils délimitent. Nous convenons d'un soir pour visionner le film chez lui avant son départ en retraite.

♦ FILM DIEPPE


DIEPPE

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♦ Îles, portes, porches et ports.

C'est comme cela, aussi, que Dieppe au prisme du nomadisme, du léger et de la mobilité peut se lire.

Effaçons le plan de cadastre. Ne dessinons que les contours de ces poches et enclaves qui accueillent les « déplacés ». Traçons ensuite sous forme de lignes, par exemple, les liens, humains ou historiques qui existent entre elles. Représentons, de plus les lieux dans lesquels se trouvent les personnes, guides ou passeurs qui nous on permis de rencontrer les habitants de ces enclaves (une association, un café, une maison qui, même distants, constituent, pour nous du moins mais souvent pour d'autres, les ports, portes ou porches de ces enclaves). Apparaît alors, avec la dose de subjectivité propre à la carte qui ne désigne que ce que l'on choisi de montrer, un espace archipélique interconnecté, une ville instable qui n'a de provisoire que sa forme ou ses emplacements puisque, ici, elle existe au moins depuis le XIXe siècle.

Camps de transit, cité provisoire, terrain vague le long du port, gobes, campings, hôtel low cost, voilà les îles entre lesquelles nous sillonnons à la rencontre de leurs habitants, empruntant des chemins de mer déjà parcourus, par eux, d'autres et que nous ne faisons que re-présenter espérant par là, détruire la Frise des Sauvages de l'église Saint Jacques de Dieppe qui malheureusement demeure le moyen de désigner ceux qui vivent le même monde mais sur d'autres côtes.

♦ « La marraine de mon beau fils nous a parlé d'une caravane à vendre dans le camp de transit »

« Vous vous intéressez au camp de transit ? J'ai une tante qui y a vécu ! Si vous voulez je peux vous la présenter ? »

Quelques jours plus tard, Claudine nous attend dans un café sur le port, prête à raconter son histoire. C'est une partie de sa vie qu'elle n'oubliera pas. Elle a subi les préjugés attachés à ce lieu et a même coupé les ponts avec son beau frère, parrain du fils de son mari, qui ne supportait plus de s'y rendre. Pourtant, elle parle de « cette vie là », en termes de liberté, de convivialité, d'entraide. Elle a le rire joyeux et est émue quand elle raconte la naissance de sa fille sa caravane.


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Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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