makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ L'apocalypse a-t-elle déjà eu lieu ? А может, апокалипсис уже случился?

Dans les cités de garages de Nabrejnie Tchelny,Tatarstan.
ГСК в Набережных Челнах, Татарстан.


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La démographie parle d'elle-même : 37 925 habitants en 1970, 522 048 en 2015. C'est l'installation de l'usine de camion KAMAZ qui a marqué le développement de la ville. Comme souvent dans l'histoire de l'urbanisme soviétique l'implantation industrielle préside au devenir ville d'un territoire. Mais voilà, les coups portés à l'économie russe des années 90 on marqué un certain déclin de la production. C'est une autre économie qui s'invente dans la pénombre des garages.

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Демография говорит сама за себя: 37 925 жителей в 1970 году, 522 048 жителя в 2015. Строительство завода КАМАЗ дало толчок для развития города. Как часто происходило в истории советского градостроительства предприятие стало градообразующим. Но в 90-е годы производство идёт на спад. И экономика возрождается в сумеречном мире гаражей.

♦ Soirée projection de films et rencontre avec le routier Claude - entre Gennevilliers et Limay

À mesure de nos recherches et de nos rencontres, le projet a pris une direction particulière : celle de la ferraille. Son trajet est mis en lumière ici, notamment entre deux ports importants d'Ile-de-France, celui de Limay et de Gennevilliers. L'histoire de ceux qui créent et travaillent la ferraille, mais aussi de ceux qui la transportent, routiers et mariniers, est racontée. Une forme de livre se crée, reliée par un fil métallique réunissant différents types de ferrailleurs, retraçant leurs parcours des encombrants jusqu'aux entreprises de recyclages telles que GDE ou Alpa et au fil de l'eau.

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♦ "Россия - это вам не Москва!", - говорят нам. Итак, мы покидаем Шанхай и отправляемся в Гренаду.

Покинув Шанхай, главный «рассадник гаражей» Москвы, мы отправились в Приуралье, где на берегу реки Камы расположился один из крупнейших городов Татарстана – Набережные Челны. Затем мы съездили в столицу Татарстана Казань, потом в Ульяновск и, наконец, в Димитровград.

Мы исследуем местность по картам уже несуществующего государства, в котором когда-то возводились фабрики и заводы, вокруг которых, в свою очередь, строились города или новые жилые кварталы уже существующих населённых пунктов. За четыре года Великой Отечественной войны множество небольших дореволюционных городов превратились в центры нефтеперерабатывающей, атомной, автомобильной промышленности, эвакуированной сюда из Москвы, Ленинграда, Воронежа… И, конечно, каждое предприятие строило гаражи для своих рабочих.

Те жилые кварталы существуют до сих пор. Как, формально, и промышленность, которая, впрочем, больше не работает на полную мощность. Гаражи же выходят из тени, хобби превращается в работу, помогающую выжить. А некоторые гаражи превращаются в самостоятельные центры крупного производства. Изобретательность и находчивость позволяют выжить в условиях нищеты, унаследованной экономическим коллапсом 90-х годов. Формально, конечно, и промышленность продолжает существовать. Вот только автомобильные запчасти теперь производятся не на конвейерной ленте, а в чреве городской сущности, которая питает фантазмы.

Прошли десятилетия с тех пор, как эти гаражи были возведены. А сегодня приходит момент их преображения.

Мы прикоснемся к чешуе дракона, который выходит на свет здесь, в Набережных Челнах, в гаражах Гренады.

♦ « La Russie n’est pas Moscou ! » nous dit-il. Alors, nous quittons Shanghaï pour Grenade.

Du principal « massif de garages » de Moscou, Shanghaï, nous roulons pour NabrejnieTchelny entre la vallée moyenne de la Volga et l'avant-pays ouralien au Tatarstan. De là, nous gagnerons Kazan la capitale, puis Oulianovsk et enfin Dimitrovgrad.

Nous roulons sur les lignes de la carte périmée d’un pays qui n’existe plus. Et qui, en son temps, s’étendait vers l’est en plantant des unités de production autour desquelles il bâtissait des villes et des immeubles (parfois à côté des villes d’une carte plus ancienne encore) autour desquels poussaient à leur tour des massifs de garages. Villes du pétrole, de l’atome, de l’industrie automobile réfugiée ici pendant la grande guerre patriotique pour échapper à l’invasion allemande.

Les immeubles sont encore là. Officiellement l’industrie aussi. mais à bas régime ou tout au moins sous un autre régime. Alors les massifs de garages quittent le quai, prennent leur autonomie et passent peu à peu de lieux de bricolage à l’économie de survie pour devenir lieux de productions indépendants. À la pauvreté héritée de l’apocalypse économique des années 90 répond l’invention. Officiellement l’industrie subsiste oui. Mais les pièces détachées sont produites ici dans le ventre de la bête urbaine mutante qui alimente tous les fantasmes.

Voilà longtemps que ces garages ont poussé; aujourd’hui c’est l’heure de leur mue.

Nous venons toucher les écailles du dragon dont la peau affleure ici à Nabrejnye Tchelny dans la cité de Grenade.

♦ Moscou. Nous marchons sur Shanghaï ! Épisode 1 « Ça fait longtemps que je vous attendais ! »

L’obscurité colle à la peau de la ville foraine. Méconnue, elle est l’espace fantasmé du crime comme du mystère. La ville foraine russe et ses espaces de garages, de wagons ou containers comme de kiosques et de marchés n’échappent pas à la règle.

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♦ Makhno et l'économie

Youri Latov, économiste russe, distingue, dans l'économie de l'ombre, trois parties :

- « secondaire » : l’activité qui se fait par des acteurs de l’économie officielle mais qui est en même temps interdite par le pouvoir (la corruption, le non-paiement des impôts, etc.)

- « grise » ou « informelle » : l’activité qui est autorisée mais non enregistrable (la production informelle de l’industrie légère, alimentaire, etc.)

- « noire » ou « criminelle » : l’activité interdite qui se fait par des criminels professionnels (production de stupéfiants, assassinat, prostitution, etc.)

Les « Nouveaux temps » donnent au marché noir l'occasion de se développer. L’économie informelle devient alors égale à l’économie officielle et la surpasse même. Très présent dans tous les pays bélligérants des conflits mondiaux, le secteur informel a, pendant la guerre civile de 1918-1922, non seulement réuni autour de lui tous les autres secteurs de l’économie de l’ombre, mais a aussi formé l’opposition politique et militaire anarchiste : la « Makhnovia ».

La Makhnovtchina avait pour base la région la plus marchande du pays : Goulaï-Polié. La ville avait alors besoin de plus de produits alimentaires que la campagne n'avait besoin de produits de consommation. L'espace rural s'en trouvait avantagé. Et comme les pouvoirs armés rouges (bolcheviks) et blancs (austro-hongrois) pratiquaient des réquisitions systématiques de produits divers, la population rurale leur préféra l’absence de pouvoir, c’est-à-dire, l’anarchie. Makhno tenta alors d’assurer un système d’échange direct des produits, sans structures étatiques. Ce modèle, très attractif pour des paysans, ne fut cependant pas viable à long terme.

Selon Shoubin A., (Makhno et le mouvement de Mahno, М.: МИК, 1998.) les réunions de paysans ont adopté une résolution de soutien à Makhno : « Ce n’est que Makhno et son armée qui peuvent établir la vraie vie juste et éliminer les ennemis des paysans ; c’est pourquoi tous les paysans honnêtes doivent s’engager dans l’armée de Makhno, y envoyer leurs fils, et fournir alimentation, chevaux et tout ce qui est nécessaire aux insurgés courageux ».

En revanche, Makhno lui-même définissait son attitude envers le pouvoir d’une autre manière : « Nous sommes le commandement militaire, notre cause est de battre des cadets, tandis que c’est à vous de créer le pouvoir civil si vous ne pouvez pas vous en passer ». Il proposait aux travailleurs d'adopter un régime d’autogestion et d’autofinancement complet. En contrepartie, ils devaient servir l’armée pour un salaire modéré.

La situation des travailleurs de la région de Goulaï-Polié était difficile. Les seuls secteurs concurrentiels de la production étaient l’alimentation et les briquets. Pour la plupart, les deux à trois milles travailleurs des quartier vivaient de potagers et de petit commerce. La zone ouvrière se transformait en foyer de criminalité.

Contrairement aux travailleurs de l'industrie lourde qui ne pouvaient maintenir ou augmenter leur production en raison du manque de matières premières et de débouchés (les uns et les autres étant coupés par le front), les cordonniers, les travailleurs du secteur alimentaire, du cuir et d’autres travailleurs de petites productions orientées directement vers le consommateur se sont très vite inscrits dans « le socialisme de marché » proposé par Makhno. Dans ces branches, le chômage diminua jusqu'à disparaître dans le secteur du cuir, car les échelles de socialisation des biens de production augmentaient. De même l’industrie alimentaire passa intégralement aux mains des travailleurs. Cependant, le secteur privé de production continua d'exister. Ainsi, même à Goulaï-Polé, l’ancienne administration de l'usine continuait de fonctionner en négociation avec le syndicat. Le travail était payé par le blé du moulin voisin avec lequel le syndicat avait établi des relations.

La prospérité marchande de l’industrie légère a provoqué la critique de Makhnovtchina par les idéologues « niveleurs ». Ainsi, le journal « Povstanetz » (« L’insurgé ») publiait dans un article anonyme : « A vrai dire, ce sont les cordonniers qui vivent le mieux – ils ne se soucient pas de la cherté de la vie. La moindre augmentation des prix du marché est répercutée sur le client ».

L'ajustement du marché financier devenait nécessaire. Tant que les mécanismes distributifs d’avenir n’étaient pas fixés il fallait vivre dans des conditions de relations argent/produit/marchand.

♦ Moscou, un kiosque et deux corbeaux pour seul politique et urbain baromètre.

Dès que j'arrive ici, j'entends le crack de ma mécanique qui casse. Emmuré dans ma langue, je ne suis plus qu'œil, pointu, roulant fou dans l'orbite du désir de connaître. Alors, tendu comme une fibre lentement arrachée au poulpe séché lymphatique, le nerd optique se déroule puis enroule les réalités proches pour y chercher le sens du tout.

Le dégel en flaques, souvenir des monticules de neige d'hier et de l'année d'avant quand ils entouraient encore le kiosque de mon voisin Prodoukti. Celui-ci, après avoir déménagé trois fois déjà; du trottoir au trottoir, puis du trottoir à l'indéterminé espace entre public et privé de la cour de l'immeuble, « pour échapper aux ennuis »; a lui aussi fondu. Disparue, la structure préfabriquée légère de sa Palatka, reliée aux pylônes par une tresse de cordons électriques... Disparue. C'est désormais derrière la porte vitrée de la sortie de secours de l'immeuble que l'on distingue, entre les boules multicolores de ses fruits empilés comme des bonbons en bocal, son grand sourire.

Aussi certain que la neige fond en eau pour de nouveau se figer en glace sur laquelle tout Moscou se casse la gueule, le nomadisme à pas comptés de mon voisin Prodoukti en dit long sur la ressaisie de l'espace (public?) opérée par les autorités. Pour qu'au printemps, éclosent de nouveau les planches de l'architecture légère et branchée dans les parcs et les allées, il faut semble-t-il que s'accomplisse au cœur noir de l'hiver le sacrifice des tôles spontanées du commerce informel. C'est à ce prix que le soleil de la ville cool réapparaîtra pour faire fondre encore davantage l'hiver mythique et multipolaire des années 90.

De la fenêtre, dix étages plus bas, l'emplacement du kiosque est vide. En face, les travaux de réhabilitation d'un immeuble désaffecté, en résidence jaune, ont chassé du toit, vers un ailleurs indéterminé, le couple de corbeaux qui y nichait.

♦ Sotchi

Le plus grand aquarium de Russie ressemble davantage à une animalerie qu'à un méga centre aquatique. À la sortie une berline blanche. Adossé à un palmier, coupe à la brosse, pantalon blanc, chemise assortie ouverte sur un ventre rebondi il marmonne « taxi ? - oui ! centre ville - C'est loin ! Plus de soixante kilomètres !». l'agglomération de Sotchi s'étale sur 165 kilomètres.

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♦ Echelle dans le territoire Brionnais #03 - Mobilité du travail au camping de Pont-Authou

Nous nous rendons un matin au camping de Pont-Authou. Il fait beau, et nous avons l'objectif de filmer les avenues de ce camping habité en parti à l'année ; caravanes, mobilhomes installés sur de petits terrains tous très bien entretenus, tondus, décorés, scénographiés.



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♦ Rencontres nationales itinérantes de l'Habitat léger et mobile 2015

La caravane HALEM fait cette année une halte à la ferme des Bouillons les 23 et 24 juillet 2015. Des ateliers-débats, projections, diagnostics partagés de situations vécues par des habitants en camion, caravane, vivant en camping à l'année, bidonville, yourte seront organisés.


PROGRAMMATION

JEUDI 23 JUILLET

14h - Les histoires de la Caravane d'Halem, présentation générale de la Caravane, retour sur les étapes passées et lancement des deux journées d'ateliers-débats.

16h - Partage d'expériences de terrain avec des occupants de la ferme des Bouillons, toute personne désireuse d'apporter ces expériences à la discussion et un retour sur les situations rencontrées par les membres d'Echelle Inconnue en haute-Normandie. Le groupe se basera sur le projet et les films réalisés dans l'Eure avec l'école primaire de Ménilles et des habitants de manière légère et mobile des environs (voir les articles sur ce projet "Ménilles, capitale de la mobilité")

19h - Repas à prix libre

21h -"Hacking Ouvrier" : Les enjeux du numérique et du bricolage dans la ville mobile avec la présentation, par des membres du Hackerspace de Rouen "Jeanne d'Hack", de leur imprimante 3D géante et une programmation de films réalisés par Echelle Inconnue avec des personnes utilisant le numérique, le bricolage électronique pour construire son habitat léger-mobile.

Fin de soirée - cinéma avec programmation libre des films d'Echelle Inconnue sur des situations en Haute-Normandie, en Moldavie ou à Moscou.

VENDREDI 24 JUILLET

11h - Économie informelle dans la ville foraine avec Arnaud Lemarchand, chercheur en économie et Hugues Bazin, chercheur indépendant en sciences sociales.
Cette présentation abordera les points suivants :

  • L'habitat mobile au sein de l'économie informelle : comment approcher, indirectement, son évolution via des indicateurs tels l'activité des laveries, la progression des branchements électriques provisoires etc.
  • Les habitants de logements mobiles démontables etc. participent aussi de la vie d'équipements collectifs.
  • Le passage de l'informel au formel, l'exemple des espaces négociés, des marchés transitoires des biffins. Avec la projection d'un film sur l'expérience de recherche action "rues marchandes" : Comment s'inspirer de ces expériences pour obtenir une meilleure place à l'habitat démontable ? Ce point permet aussi de revenir sur les expériences en milieu urbain.
  • La démarche recherche-action. Jusqu'ici Halem a échangé avec des chercheurs, a mené des actions militantes et des négociations avec les pouvoirs publics, il est possible d'avancer en adoptant d'autres stratégies d'expérimentation pour chercher des modèles d'insertion.

12h30 - repas à prix libre

14h30 - Édition d’un guide pour les usagers d'habitats légers et mobiles avec Diway, dessinateur, auteur de "sdf un métier d'avenir" (sous réserve), HALEM et Echelle Inconnue.


N'ATTENDEZ PLUS, VENEZ !

Se rendre sur place : La ferme des Bouillons est accessible en voiture, camion, caravane, avec possibilité de stationnement. Et, le lieu est également accessible depuis la gare de Rouen par la ligne de bus F2 direction "La Vatine MONT-SAINT-AIGNAN" : voir le trajet à pied de L'arrêt "centre commercial La Vatine" jusqu'à la Ferme des Bouillons ICI.

Vie sur place : bar ouvert, repas à prix libre et emplacements camping !

Envie d'être bénévole ?

Rendez-vous le mercredi 22 au soir pour aider au montage et le 24 au soir pour le démontage du terrain ! Et si vous êtes plutôt cuisine n'hésitez pas à vous manifester également. Les copains d'HALEM vous en seront très reconnaissants !
lucie.echelleinconnue.net



LES RENCONTRES ITINÉRANTES D'HALEM 2015 :

"Vous voulez partir en vacances tout en défendant les HABITATS LÉGERS ? Rejoignez la Caravane HALEM 2015 du 7 juillet au 6 août

La loi ALUR, la loi Raimbourg, la réforme des camping... Les lignes bougent et pas toujours très bien. Et nous ? Qu’est-ce que nous faisons ?

HALEM se déplacera sur différents sites sur lesquels se pose la question de faire évoluer la législation pour le bien-être d’occupants de résidences mobiles, démontables ou éphémères. Une initiative qui se projette jusqu’aux rencontres 2016.

Il s’agira de créer ensemble un diagnostic de la situation tout en imaginant ce qu’il serait souhaitable de faire évoluer. L’idée est de faire en sorte que l’analyse et les propositions se fassent avec les personnes concernées. Il s’agit pas d’une commande de l’État, il s’agit de faire en sorte que tout le monde puisse devenir acteurs/trices des réflexions qui concernent sa vie et que chacun/e d’entre nous devienne une force de proposition."

Plus d'information et programmation complète de la caravane :ICI

♦ Moscou, Hôtel Sébastopol.

"Sébastopol" sonne comme un nom de boulevard parisien ou comme celui d'une histoire qui bégaie : Ukraine / guerre civile et, en 1921 déjà, l'affrontement de la France et l'Angleterre contre la Russie impériale.

C'était avant la révolution de 18 dans cette ville de Crimée qui vit la défaite de l'armée blanche de Wrangel (soutenue par celles du Japon, du Royaume Uni, du canada de la France et des Etats-Unis…) face à l'Armée Rouge, soutenue par les troupes Makhnovistes.

C'était déjà, et avant aujourd'hui...

Mais pour le Moscovite averti, Sébastopol résonne aussi comme un marché, un bazar vertical qui prit ces quartiers dès 1995 dans l’hôtel du même nom. Là, des commerçants turques, à ce que l'on me dit, investirent et transformèrent chaque chambre de cet hôtel de 14 étages, en échoppes. On y trouvait boulangeries, parfumeries, marchands d'épices ou de gadgets mais aussi boucheries dont les labos prenaient place dans les salles de bain.

Autre forme urbaine de l'économie de transition des années 90, ce bazar a, depuis, pris des airs de centre commercial (enseignes, signalisations, publicité dans les escaliers mais surtout réfection des 2 ascenseurs de l’hôtel qui permettent d'échapper à l'ascension des 14 étages par les escaliers). Les boucheries ont disparu, mais la forme du bazar demeure. À chaque étage, les portes des chambres s'ouvrent sur une quinzaines d'échoppes. On y trouve parfums, pierres, papeteries, accessoires électroniques, maroquinerie, ustensiles de cuisine, coutellerie et armurerie, bijouteries, souvenirs orthodoxes… Certains écriteaux sont traduits en indien ou en Farsi. Certains chambranles de portes annoncent, par autocollant, qu'à l'intérieur on accepte la carte bleue. Les prix sont rarement indiqués et s'élaborent à la demande. Entre les étages, les commis s'affairent ployant sous les colis. Dockers de couloir et d'ascenseur, ils scandent des « davaï » et des « izvinitié » pour qu'on leur laisse le passage. L'ascenseur leur sert aussi d'interphone. La bouche collée à la jointure de la porte, ils hurlent à l'adresse des collègues du dessus.

Impossible de dire pour l'instant, d'où viennent ces produits, s'il s'agit de copies et contrefaçons de marques de luxe (pour la parfumerie et la maroquinerie). On peut, en tout cas, si on le souhaite, emporter ses achats dans un sac plastique à l'enseigne de quelques enseignes prestigieuse de la capitale.

L’hôtel Sébastopol ne désemplit pas et les russes y croisent les marchands de l'Asie qui poussent ici sa corne et redéveloppe les formes commerciales qu'économie planifiée comme économie libérale ont, ailleurs ou dans d'autres temps, éradiqués.

♦ Mon voisin Prodoukti a déménagé.

Palatka. Les progrès de la langue russe dans les intestins de mon cerveau sont lents, trop lents, néanmoins me voilà depuis peu heureux possesseur d'un nouveau mot de vocabulaire : « Palatka » autre terme pour désigner le kiosque.

C'est un sale hiver dixit les Moscovites. Pas assez froid. Ça neige et ça s'arrête. Ça gèle et ça dégèle. Les bactéries qui ne sont pas tuées par le froid vous attaquent. À quelques heures d'intervalle et sur le même trottoir on glisse sur des plaques de glace puis sur des flaques de neige boueuse. Il m'a fallu trois jours avant de pouvoir sortir en relative sécurité, le temps qu'un cordonnier pose sous mes bottes des semelles antidérapantes. Ce n'est qu'alors que j'ai vu que mon voisin «  Prodoukti » avait déménagé.

Prodoukti c'est le nom frappé à l'enseigne des kiosques-épiceries. On y trouve fruits et légumes, alcools, conserves et poissons séchés, parfois même des piles. Ils jalonnent l'espace aussi sûrement que des clous d'arpenteurs. Commerce de voisinage, il rend aussi de menus services, on peut y passer commande pour peu que l'on soit du bloc, de la rue, du quartier ou de la cour.

Notre immeuble ne fait pas exception. En bas, sur le trottoir, un kiosque. Mais voilà que chaussé, me retrouvant sur le trottoir pour la première fois, je ne trouve plus le prodoukti. Disparu. Remplacé par quelques berlines garées à l'arrache. Ce n'est qu'en revenant que je l'ai retrouvé pour ainsi dire au pied de ma porte, niché à l'abri derrière les barrières toujours ouvertes de notre cour.

Il a fuit, me dit-on, les tracasseries administratives dont il faisait l'objet sur la voie publique et s'est réfugié ici, dans cet espace que l'on qualifierait de privé, bien que la recadastralisation de Moscou au moment des privatisations de l'aire Eltsine soit souvent floue.

♦ Un camion navigue-t-il?

Sandrine, polletaise travaillant au chantier naval et vivant en yourte et en camion.

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♦ Moscou. La guerre au kiosque.

Ça a beau être stupide, il en sortira bien quelque chose. Alors tu continues et photographies tout ce que la ville compte de léger et mobile, enfermé que tu es dans ta langue d'étranger.

Un kiosque de livre, pour ainsi dire une armoire métallique vissée sur le trottoir, tu vises. Tu mets au point. Déclenches une fois, deux fois... S'en est déjà trop pour elle qui s'approche visiblement stressée. « Mais je suis en règle ! Dit-elle en montrant le badge épinglé sur sa poitrine. Ils m'ont déjà contrôlé. »

Contrôles ! Tel est l'autre nom de la campagne d'intranquillisation des « kiosquistes » lancée par la mairie. Normalisation du commerce de rue qui fut dans les années 90 l'outil autant que le fruit de la mutation économique.

C'est en 2010 que la mairie de Moscou entame cette chasse aux kiosques, incarnations de la troisième voie économique qui servie la transition mais qu'elle ne veut plus voir battre aujourd'hui le pavé.

Après la campagne de destruction massive d'il y a quelques années, chaque jour, un nouveau pas vers la « formalisation » est franchi. Au prétexte de la rénovation des passages souterrains, les kiosques « home made » qui y logeaient sont remplacés par une enfilade de vitrines derrières lesquelles les lots de deux mètres carrés sont en attente d'attribution. Les paires ou triplettes de toilettes chimiques publics gardées et entretenues par des femmes asiatiques font places aux automates Decaux. La dernière nouveauté municipale : un projet d'installation de nouveaux kiosques entièrement automatisés semblent vouloir marquer définitivement le passage du commerce à l'équipement public. Outre le lissage esthétique invoqué, c'est évidemment la disparition d'un certain type d'économie et de petits commerces (évoquant l'époque de transition et d'économie informelle) au profit de monopoles qui est visé.

Les solutions des Babouchka-britchka et de Oleg semblent, par leur plus grande légèreté encore, les seuls solutions possibles pour exercer.

♦ Moscou. Les Babouchkas britchkas, les marchés formel et informel russes et la théorie de V Radaev en image.


/ Station Touchkinskaya / sortir en tête du train / continuer tout droit par le souterrain le plus loin possible.... Quelques marches et la vue bascule du ciel au sol, arrêtée par les traditionnels kiosques posés là il y a cinq, dix ou vingt ans.

A l'ombre de l'un d'eux, un agent de police jette des cartons dans un benne sous l’œil de ses collègues restés dans la voiture. Exercice de civisme peu habituel pour un agent des forces de l'ordre penserait-on avant de comprendre qu'il s'agit bien là d'une opération de police. Ce qu'il jette là constituait encore, il y a quelques minutes, l'unique étal de la vieille dame qui serre contre elle le sac contenant les marchandises qu'on lui interdit de vendre.

Le long du chemin, une dizaine de Babouchkas font mine de prendre le frais à l'ombre du mur. Elle attendrons le départ de la police pour étaler à nouveau les cartons de babioles, tissus, vêtements et marchandises sur lesquels elles sont pour l'instant assises. En attendant, à voix basse, ce troisième âge de la délinquance conciliabule.

A quelques mètres seulement, sous des tentes neuves et légères estampillées des armoiries du district, s'étend le marché officiel, formel que la police protège des vieilles.

Babouchkas / Brichkas from Echelle Inconnue on Vimeo.

Application de la théorie de l'économiste Radaev à la ville foraine moscovite. Avec les textes de Isaac Babel, Myriam Désert et Svetlana Alexievitch film d'animation.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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