makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Repousser les oiseaux de fer - Notre-Dame des Landes / juillet 2016

Il y a à la Zad des gens de passage, des gens qui y vivent depuis l'opération César ou même pour très peu d'entre eux depuis les années 90. Il est difficile de connaître l'histoire de celle-ci et de son développement, ce qui est sûr c'est qu'historiquement il y a sur le terrain, trois exploitants agricoles qui se sont opposés dès les années 60 au projet d'aéroport, le projet est alors tombé dans l'oubli dans les années 70. Dans les années 90, à l'aube d'une résurgence du projet seraient venus se greffer quelques squats autour de ces fermes. C'est à partir de 2009 et 2010 que vont s'installer plus massivement les Zadistes.

En effet, en 2009 s'y est déroulé le premier camp action climat. En 2010 pendant le G8 a été recensé sur la planète beaucoup de manifestations qui furent violentes et extrêmement répréhensives, notamment à Strasbourg. C'est alors que fut prise la décision d'occuper une zone pour dire "non" aux décisions gouvernementales en plus des manifestations. Il y eu ensuite l'opération César en 2012 (délogement des zadistes) qui fut un échec du gouvernement et qui a un peu plus médiatisé le combat présent sur la ZAD. Enfin la mort de Rémi Fraisse en 2014 (opposant au barrage de Sivens) a ramené encore plus de militants sur la ZAD.

Mais l'avenir de la Zad est en suspend, comme l'a été toute son histoire. Le gouvernement veut que la « décision démocratique soit respectée », envoi de CRS ? Non car il y a une volonté de régler tout cela dans la paix selon Ségolène Royal. Manuel Valls veut débuter les travaux en octobre, « les zadistes doivent s'en aller » a-t-il dit. Sans violence ? Ou bien durant les vacances d’août où les médias n'ont que peu de retentissance ? Le gouvernement osera-t-il s'occuper du problème ? Ou le laissera-t-il au prochain gouvernement ? Personne n'a de réponse, la crainte est présente, certains y pensent, « il faut construire la cabane avant qu'il ne soit trop tard », d'autres non.

Ce qui est certains c'est que les Zadistes ont un fort pouvoir de mobilisation durant ces assauts. Que ce soit par l'appui du plus grand nombre, de collectifs : comité Landais, de Bordeaux, de Lot Et Garonne, Haute Loire, Caen.., par leur rapidité de réactions, par les actions menées (occupation massive par la construction de nouvelles cabanes, mise en place de barrages et de systèmes de communication..).

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♦ Makhno et l'économie

Youri Latov, économiste russe, distingue, dans l'économie de l'ombre, trois parties :

- « secondaire » : l’activité qui se fait par des acteurs de l’économie officielle mais qui est en même temps interdite par le pouvoir (la corruption, le non-paiement des impôts, etc.)

- « grise » ou « informelle » : l’activité qui est autorisée mais non enregistrable (la production informelle de l’industrie légère, alimentaire, etc.)

- « noire » ou « criminelle » : l’activité interdite qui se fait par des criminels professionnels (production de stupéfiants, assassinat, prostitution, etc.)

Les « Nouveaux temps » donnent au marché noir l'occasion de se développer. L’économie informelle devient alors égale à l’économie officielle et la surpasse même. Très présent dans tous les pays bélligérants des conflits mondiaux, le secteur informel a, pendant la guerre civile de 1918-1922, non seulement réuni autour de lui tous les autres secteurs de l’économie de l’ombre, mais a aussi formé l’opposition politique et militaire anarchiste : la « Makhnovia ».

La Makhnovtchina avait pour base la région la plus marchande du pays : Goulaï-Polié. La ville avait alors besoin de plus de produits alimentaires que la campagne n'avait besoin de produits de consommation. L'espace rural s'en trouvait avantagé. Et comme les pouvoirs armés rouges (bolcheviks) et blancs (austro-hongrois) pratiquaient des réquisitions systématiques de produits divers, la population rurale leur préféra l’absence de pouvoir, c’est-à-dire, l’anarchie. Makhno tenta alors d’assurer un système d’échange direct des produits, sans structures étatiques. Ce modèle, très attractif pour des paysans, ne fut cependant pas viable à long terme.

Selon Shoubin A., (Makhno et le mouvement de Mahno, М.: МИК, 1998.) les réunions de paysans ont adopté une résolution de soutien à Makhno : « Ce n’est que Makhno et son armée qui peuvent établir la vraie vie juste et éliminer les ennemis des paysans ; c’est pourquoi tous les paysans honnêtes doivent s’engager dans l’armée de Makhno, y envoyer leurs fils, et fournir alimentation, chevaux et tout ce qui est nécessaire aux insurgés courageux ».

En revanche, Makhno lui-même définissait son attitude envers le pouvoir d’une autre manière : « Nous sommes le commandement militaire, notre cause est de battre des cadets, tandis que c’est à vous de créer le pouvoir civil si vous ne pouvez pas vous en passer ». Il proposait aux travailleurs d'adopter un régime d’autogestion et d’autofinancement complet. En contrepartie, ils devaient servir l’armée pour un salaire modéré.

La situation des travailleurs de la région de Goulaï-Polié était difficile. Les seuls secteurs concurrentiels de la production étaient l’alimentation et les briquets. Pour la plupart, les deux à trois milles travailleurs des quartier vivaient de potagers et de petit commerce. La zone ouvrière se transformait en foyer de criminalité.

Contrairement aux travailleurs de l'industrie lourde qui ne pouvaient maintenir ou augmenter leur production en raison du manque de matières premières et de débouchés (les uns et les autres étant coupés par le front), les cordonniers, les travailleurs du secteur alimentaire, du cuir et d’autres travailleurs de petites productions orientées directement vers le consommateur se sont très vite inscrits dans « le socialisme de marché » proposé par Makhno. Dans ces branches, le chômage diminua jusqu'à disparaître dans le secteur du cuir, car les échelles de socialisation des biens de production augmentaient. De même l’industrie alimentaire passa intégralement aux mains des travailleurs. Cependant, le secteur privé de production continua d'exister. Ainsi, même à Goulaï-Polé, l’ancienne administration de l'usine continuait de fonctionner en négociation avec le syndicat. Le travail était payé par le blé du moulin voisin avec lequel le syndicat avait établi des relations.

La prospérité marchande de l’industrie légère a provoqué la critique de Makhnovtchina par les idéologues « niveleurs ». Ainsi, le journal « Povstanetz » (« L’insurgé ») publiait dans un article anonyme : « A vrai dire, ce sont les cordonniers qui vivent le mieux – ils ne se soucient pas de la cherté de la vie. La moindre augmentation des prix du marché est répercutée sur le client ».

L'ajustement du marché financier devenait nécessaire. Tant que les mécanismes distributifs d’avenir n’étaient pas fixés il fallait vivre dans des conditions de relations argent/produit/marchand.

♦ Les candidats au voyage par leurs voisins-mêmes



Les candidats au voyage par leur voisins-mêmes from Echelle Inconnue on Vimeo.



Dieppe, le Pollet, après Calais, l'autre point de traversée possible pour les "réfugiés" vers l'Angleterre. Loin des caméras et des architectes, ce qui constitue peut-être une chance dans ces falaises qui ont vu au XIXe siècle d'autres réfugiés, Dieppois, eux, expulsés du centre par les projets urbains d'infrastructure.

♦ Pourquoi Makhnovtchina ? Encore. "Le royaume sur roue"

Est-ce aveu que de vous dire pour la troisième fois (1) (2) pourquoi ce titre patronne notre travail documentaire de recherche et création ?

Encore une fois, c'est une intuition que ce travail interroge ou vérifie : comme le rapport secret ou l'histoire clandestine qui uniraient l'épopée de l'armée insurrectionnelle ukrainienne et les formes mobiles et actuelles de la villes et leurs habitants.

A mesure les liens se tissent et se réaffirment car il ne s'agit rien de moins ici que de réécrire l'histoire, reconstruire pierre à pierre le monument détruit et sans doute horizontal à nos paternités souhaitables.

Alors une pierre encore...

… décrochée du passage de « la Révolution Inconnue » que son auteur, Voline, qui fut ministre de l'éducation de la partie Ukrainienne sous contrôle de la Makhnovtchina (hé oui ministre ! L'anarchie s'acharne à ne pas correspondre à l'image qu'on en donne) consacre à la Makhnovtchina.

«  irrité par la résurrection et la résistance opiniâtre des Makhnovistes – résistance qui gênait et retardait fâcheusement son avance – Dénikine faisait la guerre non seulement à l’armée de Makhno comme telle, mais à toute la population paysanne : en plus des brimades et des violences habituelles les villages qu’il parvenait à occuper étaient mis à feu et à sang ; la plupart des habitations paysannes étaient pillées, et ensuite détruites. des centaines de paysans furent fusillés. Les femmes furent malmenées, et quant aux femmes juives, assez nombreuses dans les villages ukrainiens, presque toutes – notamment à Goulaï-polé – furent violées.

Ce genre de « guerre » obligeait les habitants des villages menacés par l’approche des dénikiniens à abandonner leurs foyers et à « prendre le large ». Finalement, l’armée makhnoviste fut rejointe et suivie dans sa retraite par des milliers de familles paysannes qui fuyaient leurs villages, emmenant avec eux leur bétail et leurs hardes.

Ce fut une véritable migration des paysans. Une masse énorme d’hommes, de femmes et d’enfants, entourant et suivant l’armée dans sa lente retraite vers l’ouest, s’étendit peu à peu sur des centaines de kilomètres.

Arrivé à l’armée de Makhno au début de sa fabuleuse retraite, je pus voir ce pittoresque « royaume sur roues », comme on le baptisa plus tard. Je le suivis dans son fantastique mouvement. L’été de l’année 1919 fut d’une sécheresse exceptionnelle en Ukraine. par les routes poussiéreuses et par les champs avoisinants, cette mer humaine se mouvait lentement, pêle-mêle avec du bétail (des milliers de bœufs, notamment), avec des voitures de toutes sortes, avec les services de ravitaillement, de l’intendance et de santé. En somme, toute cette masse formait le train des équipages de l’armée.

L’armée proprement dite ne se mêlait pas à ce royaume mouvant. elle tenait strictement la route, sauf les unités qui partaient au combat pour couvrir et protéger le gros des forces ; la cavalerie, notamment, restait presque constamment au loin, à se battre. l’infanterie, quand il n’y avait pas combat, ouvrait la marche de l’armée. Elle se déplaçait sur des « tatchanki ». Chaque « tatchanka », attelée de deux chevaux, portait le cocher, assis sur le siège de devant, et deux combattants à l’arrière. dans certaines sections, une mitrailleuse était installée sur le siège entre ceux-ci. L’artillerie fermait la marche.

Un grand drapeau noir flottait sur la première voiture. « la liberté ou la Mort », « la terre aux paysans, les usines aux ouvriers », lisait-on sur les deux cotés du drapeau. Ces formules étaient brodées en lettres d’argent. En dépit des circonstances, des dangers et des combats presque quotidiens, tout ce peuple était plein d’entrain et de courage. Chacun avait sa part dans les divers services de l’armée. Chacun prenait à cœur le sort de tous, et tous avaient soin de chacun. de temps à autre, des chants populaires ou révolutionnaires retentissaient ça et là, repris aussitôt par des milliers de voix.

Arrivée dans un village, toute cette masse y campait jusqu’au moment où l’ordre venait de reprendre la route. Alors, sans tarder, tout se remettait en marche, toujours vers l’ouest, toujours aux échos des combats qui se livraient autour de ce « royaume roulant ». »

Et vous, peuple mobile, qui fuyez-vous ?

♦ бричка и le Cavalier rouge.

Même le jour a ici des tendances insomniaques. Il refuse de se coucher, les ongles accrochés aux acrotères ouest des immeubles. Complice de nuit blanche, il accompagne mes lectures tardives et prolonge inhumainement le chantier d'en face.

À sa lampe je dévore enfin la Cavalerie Rouge d'Isaac Babel; murmure les lignes qui retraversent l'Ukraine de la Guerre civile, celle de 1920 pas celle d'aujourd'hui...hein... J'y suis, mot à mot, les culottes rouges des cosaques à travers les ruines ; y épie les apparitions de Makhno et « sa clique » entre les pages. Je les pioche, les consigne, voilà.

« je couru alors vers la table où écrivait Sidorov, et feuilletais ses livres Ma trouble ivresse tomba. Je me penchais sur la feuille écrite par un autre. Sidorov, tueur angoissé, réduisait en lambeaux la ouate rose de mon imagination et m'entraînait dans les couloirs de sa folie sensée.

« j'ai fait cette campagne contre Makhno, une filouterie fatigante, rien de plus... Voline seul y est encore. Voline se pare de soutanes apostoliques et, abandonnant l'anarchie, grimpe en douceur vers Lénine. Effroyable ! Et le chef l'écoute, caressant le fil de fer poudreux de ses boucles et lâchant, à travers ses dents cariées, le long serpent de ses railleries de rustre. Et maintenant je me demande s'il n'y a pas dans tout cela une graine parasitaire d'anarchie et si nous saurons vous frotter suffisamment le nez, tchékistes maison sortis de l'atelier maison made in Kharkov, capitale de votre fabrication. Vos braves gaillards n'aiment plus à se souvenir des pêchés de leur jeunesse anarchiste et se moquent de nous, du haut de leur maturité politique ; le diable les emportent !... » »

«  je dis adieu à Ghédali et me rendis à la gare. Là, dans le train de propagande de la 1re Armée de cavalerie, m'attendais des centaines de feux, les magiques fulguration de la radio, le roulement ent^té des linos et mon article inachevé pour le Cavalier rouge. »

Briska / бричка

« la banale briska des popes et des fonctionnaires est devenue, par le caprice de nos dissensions intérieures, l'instrument de circonstance, une arme dangereuse et mobile, qui a créé une stratégie nouvelle et une nouvelle tactique, déformé le visage habituel de la guerre ; et des héros sont nés, des génies de la briska. Tel ce Makhno qui a fait de la briska le support de sa mystérieuse et malicieuse stratégie, lui qui supprima l'infanterie, l'artillerie et même la cavalerie, masses peu maniables, leur substituant une armée de briskas qui promenaient, vissées à bord, quelque trois cents mitrailleuses. Tel Makhno, multiforme comme la nature. Des charrettes de foin, rangées en ordre de bataille, prennent des villes. Un cortège nuptial arrive au Comité Exécutif d'un canton, ouvre une fusillade nourrie, et un pope chétif, déployant sur sa tête le drapeau noir de l'anarchie, exige des autorités qu'elle livrent les bourgeois, les prolétaires, du vin et de la musique.

Une armée de briskas a des aptitudes inouïes pour la manœuvre.

Boudienny l'a montré aussi bien que makhno. Il est difficile de sabrer une armée ainsi faite et insensé de vouloir s'en emparer. La mitrailleuse enfouie sous une meule de foin, la briska rentrée sous le hangar d'un paysan, il n'y a plus de forces armées dans la place. Ces points ensevelis, que l'on soupçonne sans les deviner, froment, additionnés, le village ukrainien tel qu'on l'a vu naguère, farouche, séditieux et rapace. Une armée pareille, avec des munitions fourrées dans tous les coins, un Makhno peut la mettre en une heure sur le pied de guerre ; il lui faut encore moins de temps pour la déémobiliser. »

« la brigade s'allongeait, poussiéreuse et interminable, comme les convois de paysans qui se rendent à la foire. En queue, s'essoufflaient des musiques fatiguées. »

♦ Quand, à deux pas de la guerre, l'Europe se fait Foraine...

Quand l'Europe se fait Foraine from Echelle Inconnue on Vimeo.


A deux pas de la guerre en Ukraine, la Moldavie célèbre un pas supplémentaire vers l'Union Européenne : la suppression des régimes de visa pour l'espace Schengen.

Au centre de la capitale, Chisinau, les institutions diplomatiques dressent une fête foraine peu convaincante à gloire de l'Union,

Approchez ! Approchez !

Et entendez tout de même sous les toiles les rumeurs sourdes de la guerre dans divers et insouciants entre-sorts forains, policiers et militaires....

♦ Crimée ou le conditionnel de variétés

« Je ne suis qu'un artiste de Variétés et ne peux rien dire qui ne puisse être dit "de variétés" car on pourrait me reprocher de parler de choses qui ne me regardent pas

Comme si je vous disais qu'un autre choix, une autre analyse que celle que les belligérants, des deux côtés de l'Ukraine, veulent nous vendre sont possibles.

Comme si je vous disais que l'histoire hoquette et que, déjà en 1919, la Makhnovtchina faisait cet autre choix.

Riposte française à l'annexion de la Crimée : un nouveau Zouave(1) au pont de l'Alma.

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Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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