makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Triptyque forain (2) : Digressions sur les mouvements de la presque île

Dans le lointain : ne plus voir la foire, l’ex-pulsion de la ville.

Sur les quais de Rouen, on enterre les cadavres du souvenir. Tout se revêt d’une propreté immaculée, impeccable. L’opération est impulsée par la Métropole Rouen Normandie et la Ville de Rouen : « Reconquête des quais de Seine ». Les grands travaux d’aménagement déposent un voile sacré sur la saleté. Une pelouse arboré remplace soudainement les anciens parkings suants l’huile moteur ; les rares hangars restants, rouillés et grinçants, deviennent, sous un fard de street art, l’épaule culturelle de la ville moderne ; la foire n’y est plus la bien-venue, et se retrouve peu à peu, acculée sur la presque-île Waddington, la fin de la rive droite. On déroule un tapis rouge pour le promeneur fort-avisé, de se rendre pour sa promenade, le long des quais. Alors on tasse, on déblai et on rabote derrière les oreilles du souvenir. Et puis la ville veut avancer. Dans un sursaut de salubrité publique, la ville Métropolitaine essaye de re-prendre possession de sa non-ville, et fleurit sur ses déchets. À l’ouest poussent les nouveaux éco-quartiers Flaubert et Lucilline, sur des terres nécrosées par des ères industrielles : l’habitat bio, logique éco-normique. Les derniers grands projets immobiliers y écrasent la crasse : rive gauche, le Hangar 106, scène de la musique Actuelle, le prochain Hangar 107, bureaux, restaurants, crèche et salle d’exposition, le Hangar 108, futur Hotel de Métropole, le ‘parc’ de la presqu’île Rollet ; rive droite, le panorama XXL, les Docks 76, centre Commercial et de Loisirs, le palais des sports Kindarena, les Hangars 9, 10, 11, lieux de consommation de nourriture, de sports et de séminaires, le hangar 23, lieu de musiques et danses du Monde, un appel à projet sur le Chai à Vin, la démolition partielle du Hangar 13 abritant le Musée Maritime, Fluvial et Portuaire, la démolition totale des Hangars 15 et 16…

Alors après les déboires et l’annulation de la précédente édition (2015), on relègue la Fête au bout des quais. La presque-île Waddington devient l’esplanade Saint Gervais, plateforme événementielle du temporaire encadré : concerts, cirques, et nouvellement, le dé-ménagement de la foire St Romain…

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♦ Bagdad Palace

Un havre pour les "Candidats au voyage".

Bagdad Palace from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Crash-test du Nigloblaster

Première sortie du Nigloblaster 2.0 au Pollet le mercredi 29 juillet 2015

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♦ Les naufrageurs ignorent les troisiemes termes.

Dans un café de la capitale moldave, Chisinau (en russe Kichiniov) a l'approche des élections, rien ne semble perturber les conversations, préparatifs de fête, ni la diffusion sur l'un des écrans du Tucano café de la rue Pouchkine, du Cercle des poètes disparus. Les images se bousculent et se mêlent : un recoin de velours, de verre et de bois, deux mains fines qui s’activent sur une pompe à ballons, colorés. La couronne du Roi Lear, la neige nocturne, les lèvres gonflées - comme fendues - de la jeunesse et les pépins d’oranges moldaves presses.

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♦ Makhnovtchina ? Why this title ?

Why this title?

In France it is invariable, unpronounceable by mouths frightened after reading of the Wikipedia's article dedicated to it. Thus think! A revolution other than ours, the only one, the real, in 1789!

In Moscow it is even worse. "Can you explain why the title? "" Forget it! it evokes too much here, it has a bad reputation. "

Explain ! As always the vanquished must justify themselves. Maybe even more as it comes to Makhnovchina movement that was defeated on all sides, crushed between the jaws of the Red and the White armies.

So do we explain. Why this title?

Yes, the combination of Makhnovchina's history and Mobile city's history is truly surrealistic (as the "chance meeting on a dissecting table of a sewing machine and an umbrella"). Following the surrealism example, it is from the merger of a mobile city and of political events based on the mobility, that new realities, surpassing the reality, can emerge. We shall temporarily call them « future. »

Why this title?

The Situationists, Debord the first, devoted to Makhnovism many pages and a song. Is it a coincidence if those who saw in urban transformation the promise of radical changes, were also very much interested in Makhnovchina ? Isaac Babel once wrote that Makhnovchina "disfigured the face of war" when an army of peasant carts equipped with machine guns took the place of traditional cavalry, artillery etc. Speaking of the "Situs " (Debord and others) is quite legitimate but as soon as it comes to the topic they were discussing, that is to Makhnovchina as such, then problems arise.

Why this title?

The Russian economist Vladimir Radaev himself makes a link beetween Makhnovchina and informal economy. He sees in Makhno the father of the « informal » in Russia. For him, between the « Red's » ordered economy and the Whites' » formal market economy, the "Greens", under the leadership of Makhno, embodied the informal market economy. An alternative.

Why this title?

Because the father of one of our member has been working in the same company where Makhno worked and died.

Why this title?

Because desirables futures are still awaiting , burried in mass graves of history. We chose our projects' titles to revive dead histories. So did we with "Nowhere" (literal translation of Thomas More's novel title Utopia, who in his time had so little odds he was beheaded for political reasons), with "Black Bloc", with "Smala" (Abd-El-Kader Algerian city destroyed by the French colonial army), and with"Makhnovchina" . No doubt we will still use such titles to work on forgotten historical moments : insurgent Barcelona during civil war, Montoneros killed under the Argentine dictatorship, and others. Defeated futures that nevertheless shape our present times.

♦ Des caravanes dans l'espace #1 : les pays de la lune

"J'avois bien de la peine, quoique je me mordisse les lèvres, à m'empêcher de rire de ce Monde renversé, et cela fut cause que pour rompre cette burlesque pédagogie qui m'auroit sans doute fait éclater, je le suppliai de me dire ce qu'il entendoit par ce voyage de la Ville, dont tantôt il avoit parlé, et si les maisons et les murailles cheminoient. Il me répondit : « Entre nos Villes, cher étranger, il y en a de mobiles et de sédentaires; les mobiles, comme par exemple celle où nous sommes maintenant, sont faites comme je vais vous dire.

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♦ Kiosques

Héritage de la période soviétique, comme il est d'usage d'analyser tout ce qui se passe ici, ou pas. Moscou comme Chisinau sont les patries des « petits boulots » de service : concierge, vestiaire, ménage etc. Ces emplois ont leurs lieux : sous sol de musée, loge-cabine de concierge, cabanon de gardien à l'entrée des cours d'immeubles et parking, kiosque de marchands logés dans les passages sous-terrains ou les trottoirs. Toute une somme de construction de panneaux préfabriqués, de containers de tôle galvanisée et montants d'acier bleu. Un ensemble de micros espaces, plus ou moins sériés et à l'installation peu probablement planifiées.

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♦ Origines #1

J'en aurais presque oublié l'évidence : c'est ici qu'une partie des références de ce projet, et d’Échelle Inconnue même, se fondent. Du cinéma ambulant de Meddvedkine, au projet de « cars cinéma » de Rodchenko en passant par Maïakowski et les débats des constructivistes sur le « désurbanisme ».

projet de voiture cinéma par Alexandre Rodchenko

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♦ WESTERN ? Go west young men ! But not only.

Go west young men, tel était le titre de l'article du monde du 13 janvier 2014 signé par Sylvie Kauffmann et traitant de la mobilité des Européens. Ce titre, cite l'éditorial de 1865 du journaliste et candidat à la maison blanche Horace Greeley, incitant à l'expansion voire à la conquête de l'ouest entrevue comme une solution au chômage.

Ainsi peut-être, un inconscient candidat américain chuchote-t-il au cerveau des candidats roumains, rroms, moldaves... au départ vers l'Ouest où nous vivons. Le même Américain chuchote-t-il aux oreilles de nos élus pour qu'ils craignent jusqu'à s'en prémunir, la conquête de leur défunte Gaulle par une poignée de candidats à une vie meilleure venus de cette Europe que ces premiers appelaient de leurs vœux?

La dramaturgie politique a tôt fait de nous replonger dans sa forme la plus poussiéreuse et néanmoins désespérément efficace : la tragédie ; et ce, en empruntant à la forme qui dépoussiéra le genre à grand frais : le Western. Tragédie moderne, celui-ci nous accule et nous divise en deux (davantage n'est pas nécessaire, un seul bulletin entre dans l'urne). Il faut choisir et s'identifier, qui sommes-nous ? qui sont-ils dans ce duel binaire ? Voilà la partition imposée sur laquelle la république joue à grand renfort de pelleteuses et de chœur policier. Qui sommes-nous ? Indiens envahis ? Fermiers menacés ? Sherrifs élus ? Milice populaire ? Qui sont-ils ? Migrant de la conquête de l'ouest ? Cow boys salariés de grandes firmes ? Buffalo Bills décimant nos troupeaux ? Chinois du train? Hors la loi ?

Go west ! But not only.

Le mur nous aveugle encore, car c'est bien de ceux de l'autre côté du mur qu'il s'agit. La part maudite, ce bout d'Europe hier tampon de l'affrontement des deux puissances mondiales aujourd'hui candidat au rôle de bouclier anti-migratoire de l'union européenne. Cette petite Europe encore tampon sous la pression de ses deux côtés ; pressurée à en faire fuir ses plus légers, ses plus pauvres... vers l'Ouest ? Yes but not only. Les trajectoires migratoires sont multiples et étoilées. Des Moldaves (2 tiers de la population même) au Portugal en France mais aussi en Russie sur les chantiers aussi dans l'industrie du care tout autant.

Le jeu des chaises musicales n'est pas une tragédie, c'est une danse compliquée. Et c'est de l'autre côté du mur, ici, à Moscou, mais aussi en Moldavie que nous tentons d'en décrypter la partition et peut-être avec notre caravane, y attenter.

De ma fenêtre, je vois Moscou et sa puissance étalée, constitutive même. Mais je sais ici, dans le centre de cet Est, des gens vivants dans des garages. J'en sais aussi d'autres dans des habitats de fortunes le long des lignes de chemin de fer, d'autres encore dormant dans leur voiture, dans les rues de Moscou ;ici, comme de l'autre côté du mur, invisibles, oblitérés par la cécité volontaire.

Western ? Oui, si celui-ci n'est autre qu'une version du mur ne laissant voir que les cimes de grattes ciel et empêchent de voir la ville à ras de terre. Les murs ne séparent pas deux mondes comme on voudrait le croire mais sont au contraire les murs d'enceinte aveugles des villes insulaires que la métropolisation nous vante et appelle de ses vœux.

♦ Il faut réécrire l'histoire pour libérer le futur.

Cette phrase, que partageaient Kateb Yacine et Armand Gatti, et que nous tentons toujours de faire nôtre, est ressaisie de manière étonnante en haut de cette "colline aux tsiganes" de Moldavie.

La richesse semble ici feinte, en partie du moins. La boue des rues ou les épaves de limousines contredisent le faste visible des « palais ». À moins que la richesse ne soit pas investie dans ce qui nous semble habituel, normal et, qu'ici, une autre idée du luxe prévale. Une autre histoire et fonction de celle-ci semble prévaloir aussi.

Il y a, nous l'avons dit, dans cette salle sombre du palais de Sorocca, le thé, les tapisseries, le cognac et le Baron Cerari, roi des Rroms de Moldavie qui nous surplombe. Il y a nos questions mais surtout ses ou sa réponse, sans doute invariable, le message, l'histoire qu'il veut, à toute force peut-être, faire passer. Mythologie familiale, mythologie d'un peuple qui passerait, sans doute, pour hérétique, aux yeux du tsiganologue.

Le quartier n'est pas à l'image de la majorité des Rroms de Moldavie. Comment expliquez-vous la particularité de Sorroca ?

Alors Artur Cerari nous conte en certitude ce que tout guide touristique cite au conditionnel en parlant de la « colline aux tsiganes » : Cel Mare, manquant d'armes face aux Ottomans, aurait fait appel aux talents de forgeron des Rroms en échange de terres et de privilèges. Ainsi explique-t-il la richesse de sa famille qui traita avec le héros moldave.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, ce pacte, qui fit selon lui naître l'aristocratie rrom de Moldavie, n'est qu'un des moments de ce peuple élu. Le baron veut créer ici, une université de tsiganologie ! Pourquoi ? « Parce que vous savez que les Rroms détiennent de nombreux secrets, en médecine par exemple.

Comment appelez-vous les Rroms chez vous ? Gitans ?Tsiganes ? Manouches ? Ça signifie juste « homme » en romani. Sinti ? Oui c'est une autre branche qui part de l'inde par un autre chemin c'est pourquoi la langue est différente. »

Alors comme des enfants face à un vieux sage nous écoutons le conte.

Cerari, d'une voix profonde et posée, empoigne les savoirs constitués par les Gadgés tsiganologues, ethnologues, linguistes, historiens ; les malmène un peu, les tord, les adapte, les syncope.

Jésus est un Rrom comme les autres.

« Saviez-vous que les maître de Jésus envieux et dégoûtés de ses talents l'envoyèrent au Shamballa ? C'est là où il parfit ses connaissances avant de repartir vers la Palestine. Là le peuple élu se scinda en deux, d'une part, ceux qui s'inventèrent une langue propre pour préserver leur secret : les Juifs et les autres qui continuèrent de parler romani et arrivèrent plus tard en Europe suivant différents chemins : les Sinti. Voilà pourquoi, Roms, Tsiganes, Juifs, Templiers, Maçons, gardent et connaissent de nombreux secrets, venant de leur connaissance du fabuleux trésor des terres palestiniennes.

D'ailleurs, pour vous, la famille c'est le père ou la mère ? La mère ? Alors vous êtes plus proches des juifs, chez nous, c'est le père. »

La voix est toujours posée et enveloppante.

On hésite à considérer l'argument comme une re-fabrication théorique ou un numéro de prestidigitation. Un tour de passe passe qui reprend l'origine indienne des peuples Rroms, élaborée par les linguistes, pour la faire coller avec le christianisme pratiqué ici par le truchement de la cité mythique de Shamballa. Cité recherchée autant par les groupes new age que par l'Allemagne nazi ou Poutine qui relance depuis peu des projets archéologiques. Tout cela finissant par réunir en origine commune les trois groupes dont le camp d'extermination cella le destin commun: Juifs, Tsiganes, Maçons exterminés non pour ce qu'ils font ou pensent mais pour ce qu'ils sont.

Comme la « montagne aux Rroms », cette fable, ce conte, épopée ou mythologie, a valeur de revendication. Elle s'appuie sur les savoirs gadgés pour les dégadgéïfier. Un peu comme la fête foraine s'emparant du cinéma, du jeux vidéo ou de l'ingénierie de pointe, comme un Reinhardt syncopant le jazz ou un accordéoniste dans le métro faisant hoqueter « les feuilles mortes ».

Évidemment on sort blême, voire même inquiet, de la démonstration salmigondique. Mais à la considérer non comme une science mais comme un artefact, un conte, mythe, on en entrevoit la possible portée. Le ressaisissement d'une histoire toujours écrite par l'autre (bienveillant ou pas). Le boniment, remettant au centre de l'histoire européenne les deux peuples pourchassés, comme une vengeance symbolique aux mauvais traitements.

Nous ne sommes pas « autres » dit en somme Cerari. Nous sommes votre centre, votre berceau !

Voilà peut-être alors pourquoi on leur en voudrait tant.

Le mythe donne un sens à l'insensé. Comme la fête foraine il « artificialise » et rend rationnel peurs et émotions en dispositif plus ou moins visibles, cachés ou ouvert. A moins qu'il ne nous tende un miroir déformant.

♦ Sans maison. Maison fragile. Maison mobile. Emission de radio sur france culture

Pas la peine de crier une émission de Marie Richeux 59 minutes Troisième moment de la semaine consacrée à la maison. L'invité, l’architecte Stany Cambot, est l’un des fondateurs du collectif Echelle Inconnue qui, depuis 1998, met en place des travaux et expériences artistiques autour de la ville et du territoire. Ces expériences au long cours interrogent et associent les « exclus du plan ». à écouter (ici)

♦ Contestant le réel, tendue vers le ciel comme une forêt de poings : Soroca ville rrom de Moldavie.

C'est au nord de la Moldavie à la frontière Ukrainienne, que la Makhnovtchina ne franchit jamais, que nous commençons l'exploration des nomadismes réels, mythiques ou supposés dans cet Est d'où viennent les habitants des bidonvilles de l'Ouest. Par des routes littéralement défoncées malgré les perfusions monétaires européennes, nous franchissons en trois heures les 134 kilomètres qui séparent Chisinau, la capitale, de Soroca.

« Soroca, capitale régionale du nord-est de la Moldavie, là où le fleuve Dniestr dessine une frontière avec l’Ukraine. Perchées sur une colline, des maisons monumentales, rivalisant de luxe et de fantaisie, toisent les demeures faméliques situées dans la ville en contrebas. Ici, les fantasmes (...) »

à quoi bon en écrire un autre ? Les chapeaux d'articles disent tout. Alors reprenons celui ci-dessus extrait de la revue Politis n°1210. Peut-être pourrions nous y ajouter le titre de l'article « Soroca ville romantique » ou encore son sous-titre « D’où viennent ces grands voyageurs stigmatisés partout ? À quoi ressemble leur vie quand ils sont « chez eux » en Moldavie  ? »

De Soroca, tout semble avoir été dit, par les journalistes, par les guides aussi : pastiche, kitsch, Disneyland. Les mots, tous les mots sont lancés sur Soroca. Les mots rassurent et anesthésient la contestation que l'existence même de cette ville constitue. Trafic, drogue, tous les mots lancés, du chauffeur de taxi au loueur pour criminaliser la nature du lieu : La « colline aux tsiganes » quand ses habitants disent « montagne ».

Ce sont des Capitoles, des Théâtres Bolchoï, des palais qui poussent ici, lentement, les pieds dans la boue. La maison de la fille de Nikolaï qu'il tient à nous faire visiter est en construction depuis 1999.

« Et en France, ça existe les tsiganes riches ? »

C'est une œuvre collective ou plutôt polyphonique qui singe, moque peut-être, en tous les cas décale et ringardise les originaux qu'elle copie (capitole, Bolchoï...) c'est la capitale d'une nation encore inexistante. C'est l'Israël rrom. Une ville qui conteste face au racisme, aux préjugés, à l'extermination que subissent ou ont subi les Rroms. C'est un potlach, une série de dépenses somptuaires qui hissent ses habitants et leur représentants comme le Baron Cerari à la hauteur des grands de ce monde et les ridiculise. Comme le Baron singeant de bonne grâce avec moi la photo d'une rencontre protocolaire entre chefs d’État devant la ruine de la limousine d'Andropov parquée les roues en terre dans son jardin. Un cliché conscient, cliché parce que la voiture de l'ancien premier secrétaire du parti communiste de l'Union soviétique, parce que la photographie, parce que le Baron orchestre et permet cela. Tous deux nous nous hissons à la hauteur des chefs du monde ou plutôt les faisons-nous tomber à la nôtre, celle qu'ils ne devraient pas quitter.

« C'est vrai que Sarkozy est gitan ? »

C'est l'idée de la capitale dégadgéïsée par hasard, glissement, lente évolution ou sérendipité (comme il est de mode). Peu importe. Les codes des pouvoirs sont ici détournés. Leur connaissance, leur savoir, rassemblés, recomposés pour inventer l'histoire d'un peuple que l'Histoire oublie. Luxe, valeurs, mysticisme, s'agglomèrent et s'organisent comme les boules d'atome le font pour composer une molécule.

Douce vengeance ? Réponse ? Souveraineté en tout cas !

L'invitation est simple mais prend par la présence et les talents du Baron un tour protocolaire. Nous franchissons un perron sous lequel sa femme épluche des légumes avant d'entrer dans un salon au rez de chaussée qui dévoile la faible profondeur de la maison, son caractère de façade. L'on est invité à s'asseoir dans un canapé profond. Le Baron se cale dans un fauteuil assorti. Il ne nous fait pas face mais nous offre son profil de sage indien à longue barbe blanche. Sa tête se tourne vers nous quand il nous adresse la parole.

« Thé ? Café ? » Sa femme, sa fille et lui se lèvent et apportent une longue et haute table dont nos têtes émergent à peine. Il apporte une chaise et s'attable. Désormais il nous surplombe nous servant à l'envie thé, cognac et pâtisseries. Il nous invite à poser des questions mais il a surtout une histoire à raconter, celle de sa famille à qui Stefan Cel Mare, monarque et héros moldave du XVe siècle fait appel dans sa résistance à l'empire ottoman pour forger ses armes et celle de son peuple. Une mythologie qui, encore une fois, empreinte et détourne les savoirs et connaissances des tsiganologues gadgés pour se recomposer en épopée fondatrice alliant peuple juif, templiers, maçons, élus d'une histoire secrète de l'humanité qui conteste et dépasse les tentatives d'extermination.

Drogue ? Trafics ? Autant d'accusations lancées par le petit peuple moldave, victime de la corruption et du cannibalisme d'un capitalisme sauvage explorant le territoire comme un nouveau Far West et plongeant 2 700 000 d'individus dans l'économie de survie, en poussant 1 000 000 à s'expatrier en nomadisme transfrontalier et profitant à une poignée qui étale cette richesse de manière non moins ostensible que les palais Rroms de Soroca. Cependant, aujourd'hui le Baron ne semble pas avoir détourné de fonds européens. Le ferait-il, sans doute, ne se hisserait-il avec le panache forain qu'à la hauteur de n'importe quel technocrate, homme d'affaire ou politique moldave qui semblent, aux dires de notre chauffeur, avoir englouti, en voitures allemandes encore inédites sur le marché germanique, les 3 000 euros de subvention européenne, qui auraient pu revenir à chaque moldave.

On le comprend alors, tout n'est ici qu'ambivalence. Ville, personnages, mythes qui se doivent lire sous différents angles et vérités. Le terme de Kitsch, si souvent utilisé pour les dire, cache et préserve le gadgé visiteur, lecteur ou intervieweur de la gravité foraine de la contestation face à l'Europe et l'Histoire que ces constructions constituent ; et qu'architecte, philosophe ou artiste en mal de « forainité » feraient bien d'entrevoir. Nous y reviendrons.

♦ Mode de vie ou mode de ville ? Re-co-naitre en tout cas.

Il existe une autre ville, difficilement soluble dans la ville contemporaine fondant ses codes au milieu du XIXe dans les politiques de grands travaux et de production cadastrale. C'est pourtant ces mêmes politiques qui produiront en partie et marginaliseront davantage cet autre mode de vie ou mode de ville qu'est l'habiter mobile ou léger ou par extension, hors norme. Les grands travaux de Paris et de fortification verront la naissance de la Zone édifiée sur l'espace non-aedificadi bordant les fortifs et peuplée des délogés du centre urbain. À Dieppe (ville portuaire de Normandie) se seront les travaux de percement du chenal qui déplaceront les populations pauvres dans les grottes des falaises calcaires puis dans des caravanes à la seconde guerre mondiale. C'est une autre fabrique de la ville, souvent oblitérée qui pourtant fait histoire et verra en son ceint se croiser population pauvre et tzigane.

L’intérêt de replacer ce mode d'habiter dans une perspective historique permet d'éviter l'écueil d'une folklorisation d'un mode de vie, nouvel avatar de la discrimination, essentialisant un mode d'habiter ou d'être à la ville. L'habiter léger ou mobile ne serait que « l'habitat naturel des tziganes ». ce qui permet de justifier à posteriori le fait qu'aucune campagne de logement social n'ai réussi à éradiquer ce mode de vie considéré comme étranger, fut-il de l'intérieur. De même, l'ethnicisation de la question de l'habiter mobile ne permet pas d'en appréhender les formes neuves et contemporaines (travellers, retraités en camping ou camping-car et nouveaux travailleurs mobiles vivant plus de la moitié de l'année sur les routes)

Même s'il convient d'élaborer un statut à la caravane comme habitation il convient bien d'envisager un statut global à cette autre ville qu'est la ville mobile légère ou hors norme. Celle-ci n'est sans doute pas plus choisie que la ville fixe et sédentaire mais en est depuis longtemps déjà le pendant nécessaire que la crise économique, la métropolisation et la mobilité de la main d’œuvre (elle même pendant de la mobilité des cadres métropolitains à une autre échelle) ne peut que voir se développer.

Reconnaissance d'enclaves nomades de fait :

Il convient de considérer cette question de l'habiter mobile ou léger de manière large afin de ne pas recréer une série de catégorisation supplémentaire et contre-productive, séparant, en régimes distincts, ces différents modes de vie en fonction de l’habitation (caravane, camion, tente, camping-car, etc) C'est donc bien un mode de ville qu'il s'agit de reconnaître dans lequel s'inscrit certain nombre de mode d'habiter.

Certains espaces urbains peuvent s'avérer exemplaires de ce point de vue. Par nécessité ou usage, ils accueillent de manière périodique et pérenne différents modes de ville mobile. Véritables enclaves nomades utilisées comme telle par les pouvoirs public, elles accueillent événements forains ou temporaires autant que des habitations. Pour exemple, au centre ville de Rouen (Haute Normandie) les quais de Seine rive gauche aménagés en parking depuis les années cinquante accueillent une des plus grandes fêtes foraine de France d'octobre à novembre et de manière ponctuelle les cirques et autres activités foraines qui sont autant de sources d'emplois saisonniers pour les citadins. A l'année on y trouve de manière plus ou moins durable camping-car mais aussi personnes vivant en camion. C'est aussi, encore un lieu d'accostage des péniches marchandes. La municipalité elle même utilise cet espace de manière temporaire et foraine y installant tentes et structures légères pour des activités de loisir et des concerts.

Ni champ de foire, ni aire d’accueil, ni parking pour camping car, cet espace accueil est ce que l'on pourrait considérer comme une partie de ce mode de ville léger et mobile, complètement inscrit dans les économies commerciales, touristiques ou de loisir et dans les rapports de l'urbain au travail saisonnier. Or la sectorisation de ces différents modes d'occupation (habitation, commerce forain, événements et services publics) aboutit de fait à une impossible reconnaissance de ce mode de ville et par là, à un impossible partage des services (aux) publics (L'ensemble des conteurs forains, financés par les forains eux mêmes sont utilisés par la mairie. On doit ici parler de services publics privés)

Seule la présence et la compétition sur un même territoire de différentes institutions (municipalité, VNF, port autonome) a été jusqu'alors garante de l'existence et de la cohabitation de ces différents types d'occupation. Comme c'est le cas ailleurs dans beaucoup d'autres exemples. C'est bien de l'impensé de la ville dont il s'agit ici et qui garanti de manière malheureusement non durable et à la périphérie du droit commun la non discrimination et si l'on peut dire l'inclusion de ces modes d'habiter à la ville.

La reconnaissance de ses enclaves serait un pas décisif dans la reconnaissance des personnes tout comme dans la reconnaissance d'un autre mode de ville dont le cadastre ne serait pas l'unique « LA ».

♦ Une petite histoire d’abord

A partir de 1897, le cinématographe a été présenté au public parisien à la foire au pain d’épices. Il est nécessaire de rappeler qu’avant de devenir des lieux de projection sédentaire, ce sont les forains qui ont diffusé le cinéma et ont été les premiers à propager le 7ème art. Un âge d’or qui durera jusqu’en 1907. Date à laquelle Charles Pathé, qui contribua à la propagation du cinéma sur les foires et fournit plus des trois quart des forains en films devint leur concurrent le plus acharné en proposant d’arrêter la vente de films au profit d’un système de location via des sociétés de distribution. Résultat : les forains n’avaient plus assez de temps pour amortir les films qu’ils louaient. C’est ainsi qu’une production foraine débuta (1ère moitié du XXème siècle). Les forains, se déplaçant de village en village, filment et rediffusent aussitôt les courts-métrages réalisés avec les habitants.

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Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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