makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ HackingBoat

Hacking signifie tout à la fois le bricolage et la création ou le détournement de code ou dispositifs numériques. Il implique aussi, de manière radicale, une remise en question de l'économie, de la propriété, ainsi que des processus de projets et de création.

José fait du code. Sa maison flottante ressemble à la matérialisation de ces assertions.

HackingBoat " Tu fais quoi là ? Le manouche sur l'eau !?" from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ À Rouen les forces de l'Ordre protègent un bidonville des manifestants.

Murs de tôles et de planches clouées, toits de bâches tendues sur un solivage de branches et maintenues par des pneus usagés, six à huit cabanes se font face et forment une allée. Autour, des barrières Vauban protègent le bidonville. Nous sommes le 14 novembre sur le parvis de l’hôtel de ville de Rouen. Sous la devise républicaine, un important dispositif de forces de l'ordre est mis en place pour préserver le bidonville de l'assaut des manifestants.

À quelques semaines de là pourtant, le 31 octobre, même région, même préfecture, les forces de l'ordre expulsent, saccagent et rasent le bidonville de Caucriauville, près du Havre, pour un coût estimé de 17 000 euros.

À quelques jours et quelques mètres à peine, même région, même préfecture, même ville, Rouen, dans la nuit du 7 novembre, les cabanes de planches et de bâches installées devant le palais de justice en réponse à l'assassinat de Rémi Fraisse étaient détruites par les mêmes forces de l'ordre, sur demande des pouvoirs publics.

Ce 14 novembre, dans les allées du bidonville de l'hôtel de ville, on se félicite. « Quel boulot ! C'est vraiment un beau bidonville ! », « Ah ! Vous avez agrandi la Palestine ? ». Mais, de l'autre côté des barrières, les manifestants sont à l'approche. Les « occupants » du bidonville leur crient être du même côté qu'eux, défendre les mêmes causes et, qu'au lieu de franchir ces grilles, ils devraient plutôt, comme eux, faire une demande d'installation à la mairie.

Une manifestation, des policiers, un bidonville, la pièce déjà maintes fois jouée ne se déroule habituellement pas comme cela. Qu'est-ce qui, soudain ce 14 novembre, remet à Rouen la république à l'endroit et fait du cordon bleu de CRS la ligne de protection du bidonville plutôt que l'instrument de sa destruction ?

La nature, l’esthétique ou même la sécurité des cabanes n'en sont pas la cause. Elles sont tout aussi dangereuses et présentent pour leurs occupants les mêmes risques d’effondrement ou d'incendie qui ont présidé à l'ordre de destruction des autres.

Alors quoi ? Non, pas la cabane, mais ses occupants ou plutôt leur absence. Pas la manifestation, mais sa nature et ses acteurs.

Ce bidonville protégé par la ligne bleue des forces de l'ordre est un faux. Les manifestants qui l'assaillent ne sont pas des enragés venus casser du Rrom mais ceux qui avaient construit peu avant, à quelques mètres et quelques jours de là, la cabane, vraie et habitée, hommage à Rémi Fraisse que le cordon bleu policier avait étranglé et détruit.

Voilà ce qui change l'issue de notre pièce.

Le bidonville, envisagé comme la dernière pièce à la mode, le spectacle qui fait sensation. Le bidonville scénographié pour « faire vrai », et s'imposer comme réel contre la réalité-même. Les barrières délimitent le cadre. La mise en scène est vivante, enlevée. Toute l'équipe, composée des personnels et bénévoles de dix-huit associations, s'affaire, les ouvreuses accueillent le public, les petites mains apportent la touche finale aux costumes. De l'ethnique, de l'exotique, du dépaysant. Ici on ne dit d'ailleurs pas cabanes, ni même baraques, mais « cases ». Les accessoires, de l'authentique factice, fétiches africains, guitare péruvienne, fabriquent les traces d'un faux pauvre comme on peignait du faux vieux. La scène est plantée pour la représentation de La très touchante histoire de l'enfant du bidonville, mélodrame en un acte sur fond de misère sociale, bouleversant « parcours pédagogique » dans la journée-type d’un habitant en bidonville. De la case France à la case Afrique, à la case Amérique latine... « Le tour du monde en un jour » comme le promettait l'exposition coloniale de 1931. Images de la misère des cinq continents.

Ici, les bonnes intentions financées par la Région et la Mairie ne pavent pas l'enfer. Elles le reconstituent pour en faire la toile de fond de l’étreinte indignée entre ONG et pouvoirs publics. Un bain de bouche de miséricorde face à cette crasse qui fait délicieusement frémir. Elles ne pavent pas l'enfer. Elles le spectacularisent, le distancient dans sa représentation apprivoisée.

Cependant qu'à deux pas de ce bidonville-parc d'attraction, sous les yeux des gens qui dorment, on détruit les cabanes réelles et habitées. L'uniforme fait de la gestion de foule comme l’État de la gestion territoriale. Le matraquage, ici, est réel, violent. Et parfois les personnages de ce théâtre-là meurent dans la rue.

Que faire de l'enfer qu'est le bidonville ? Le paver ou le rendre habitable ? L'annuler, le déporter sans cesse, et par là, l'intensifier, comme au Havre ? Le reconstituer sur les pavés de la bonne intention, comme l'on fait à Rouen ceux que nous n'avons pas vus au Havre ? Ou y descendre, le paver de colère créatrice ?

Le faux bidonville est désormais rangé, remisé, prêt à resservir au prochain entre-sort forain de la bonne intention. Voilà ce qui sépare encore le spectacle humanitaire du monde réel dans lequel les personnages meurent et où on ne déménage pas d'un bidonville !

♦ Dans les interstices, Ana et Edouard

A Dieppe, dans les interstices entre deux situations reconnues, dans des campings, des hôtels « lowcost », des terrains accueillant des voyageurs, nous rencontrons des situations d'habiter qui dérogent à la règle du « soit nomade, soit sédentaire », du « soit propriétaire, soit locataire », du « avec ou sans abri ». Nous rencontrons ainsi Ana et Edouard, qui nous confient leur parcours, plus que chaotique à travers Dieppe depuis leur arrivée de Roumanie, il y a quelques mois.

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♦ Carnet de bord #6 - Construction d'une cabane





Détruire versus construire

♦ On ne déménage pas d'un bidonville alors... Chars mobiliers domestiques

Une contre solution technique à la technique guerrière excavatrice, une tentative pour armer le "Sauve qui peut !" ordonné par les préfectures.
L’Habiter est coutumièrement pensé en terme immobilier or, le harcèlement, le jeu d'expulsion/destruction des bidonvilles par la république impose de ré-envisager l’habiter en terme mobilier pour qu'enfin, a minima, on puisse déménager d'un bidonville et ne pas tout perdre sous la pelle mécanique policière. Un projet, une esquisse, permettant peut-être de se déplacer avec sa maison. Chaque meuble, par nature déplaçable, correspondant à une fonction.



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♦ Carnet de bord #5 - Des terrains

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♦ Carnet de bord #4 - Le relogement partiel et partial

L'expulsion du bidonville du Platz au Havre a conduit les pouvoirs publics à faire des propositions de relogement à 3 familles au lieu de 5. Comment ces familles ont-elles été choisies ? Un jeu de roulette russe contemporain sans doute, ayant pour conséquence un retour à la rue pour Sever. Il faisait parti des 5 familles relogées, avant que la préfecture n'en décide autrement. Il a souhaité le dire :



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♦ Carnet de bord #3 - Installation d'extincteurs

Plusieurs familles Rroms ont trouvé refuge dans les anciens bureaux d'Air liquide. D'autres se sont installés il y a peu de temps sur l'ancien terrain de foot du campus de l'IUT de Caucriauvillle. 5 familles cohabitent dans les vestiaires du terrain de foot abandonné et une cabane.

Nous cherchons a éviter de prochaines expulsions, autant que nous cherchons à les protéger du feu. Mardi dernier, nous avons donc installé dans ces deux lieux deux extincteurs de manière à spectaculariser la pose.

Le bâtiment d'Air liquide est visible depuis la rue. A côté du panneau du permis de démolir, nous avons signalé que cette maison possède désormais toilettes sèches et extincteurs.



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♦ Carnet de bord #2 - le droit à l'habiter !

L’abri, qu’il soit solide et permanent, en dur ou non, mobile ou non, précaire ou protégé et garanti, semble bien être un invariant anthropologique. Le lieu de l’habitat est culturellement (en particulier quand on en est propriétaire) entendu comme la marque et la forme de l'indépendance. Son caractère clos et souvent enceint, en particulier dans le cas d'une villa et d'un pavillon, isole, protège et fournit cette quasi illusion d'indépendance. Cependant ce lieu est inclus dans une logique complexe de services et de biens communs. Il est raccordé à des réseaux dont il n'est que l'usager pour ne pas dire le locataire (réseau d'eau, d'électricité, de téléphone, etc.) Il est, depuis l'après-guerre, quasi systématiquement « pluggé », c'est à dire branché ou connecté à ses services, ou tend à l'être. La ville, ou du moins son aménagement entendu au sens large, lui est nécessaire. Pour tous, il est alors nécessaire de se raccorder.



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♦ Carnet de bord #1 - la maison d'Air Liquide

En septembre une grande partie des familles se regroupent à "Air Liquide".




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♦ Carnet de l'insensé républicain #4 - Ce qu'il reste du Platz

3 mois après l'expulsion du Platz, le terrain est toujours là, vide. Un projet de caserne devrait voir le jour d'ici 5 à 10 ans. Temps pendant lequel le terrain ne peut être construit. Temps pendant lequel le terrain devrait se dépolluer.





A rabattre l'ensemble des raisons qui pourraient conduire des familles à la rue, il est difficile d'y entrevoir une logique. En revanche celles mises en œuvre pour que le terrain reste sans âme et sans vie est inscrite depuis des décennies dans les manuels d'urbanisme. Haussmann et avant lui Napoléon utilisaient déjà les mêmes logiques. Détruire pour rendre visible. La transparence, comme sécurisation d'un lieu. Ici, des murs d'enceinte tombés, qui entouraient le Platz, ont poussé de grandes grilles vertes, laissant filtrer le regard et empêchant d'y adosser des cabanes. Au risque que d'autres, motorisés cette fois, puissent un jour s'y installer également, de grosses pierres noires ont été déposées tout les mètres, comme précaution supplémentaire.
Ces raisons ont un coût. Expulser et maintenir un lieu vide de toute tentative de vie coutent cher à nos institutions.

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♦ carnet de l'insensé républicain (et peut-être ecclésiastique) #3

Après une expulsion, il faut chercher de nouveau où pouvoir dormir. Parce que ; oui, l'Homme est ainsi fait qu'il a besoin de fermer les yeux quelques heures dans une journée. Les Rroms que l'on voudraient si différents, ne dérogent pas à cette nécessité.




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♦ carnet de l'insensé républicain #2

Il faut imaginer une scène de guerre, une « ville (ou un morceau de celle-ci) détruite par des hommes en uniforme ». Au milieu, deux frêles édifices de toile, de fils et de bois encore intactes.

On se plairait alors à croire à un miracle, à un filtre protecteur et mystérieux de légende grecs.

Non, juste l'insensé, encore.

Ces uniformes déjà venus compter les corps à évacuer, corps de femmes, corps de vieillards, d'hommes et d'enfants sont revenus au petit matin, comme il se doit, pour procéder. A la porte cependant ils rassurent « Echelle Inconnue, on connaît... On ne touche pas aux toilettes sèches... On ne touche pas à une œuvre d'art, ordre du préfet ! »

Ainsi, habitations, meubles de fortunes, poêles à bois fabriqués à grand renfort d'ingéniosité détruits, réduits en un fracas de planches, de bâches et de tôles que déjà d'autre pauvres viennent piller pour les revendre au ferrailleur d'à côté ; les corps ont été évacués, le reste suivra, mais les toilettes restent debout « ordre du préfet » qui, il est vrai, avait jeté son accord pour leur installation. Merci citoyen !

Le reste s'évacue donc à petites brassées tout comme les corps, pas très loin, jetés là, dans un square, où les familles perdues passerons leur deuxième nuit à la belle étoile. La préfecture joue au peintre de genre : scène pittoresque et toute XIXe du campement de bohémien. Car ici on détruit des quartiers auto-construits pour créer des campements, des vrais, sur un bout de trottoir.

Insensé !

Comme ces délégations ministérielles qui ne peuvent que soumettre ou proposer à des sous-préfets, véritables monarques en leur royaumes, des solutions sensées.

Insensé !

Comme ces propriétaires du terrain dévasté qui viendront demain nous accompagner pour que nous de soyons pas inquiétés par les ouvriers en charge de l'ultime déblaiement.

Il y a les "clients" de l'administration, de l'état, que l'on nous montre à longueur de colonnes et de JT fondant sur les bidonvilles pour en chasser l'envahisseur. Portrait robot médiatique du citoyen, vite démenti quand on s'y attarde ou que l'on prend la peine d'écouter ces chefs d'entreprise et leur employés sélectionnant le matériel de construction pour le bidonville et aidant à le charger dans le camion, cette voisine qui « prête » son électricité pour que l'on puisse organiser des projections, cette autre, qui le soir de l'expulsion nous invite à une visite guidée du quartier de l'Eure pour nous faire découvrir les lieux où les familles pourraient s'installer au cri riant de "il y a beaucoup d’opportunités ici!"

Mais voilà, l'insensé mariage du bulldozer et de l'uniforme célèbre les noces sur les gravas. Son bruit couvre le bon sens. Dormant à la belle étoile, les familles sortent des problématiques de logements pour entrer dans celles de la circulation et du code de la route. Les polices passent, demandent de bouger, circuler, évacuer, juste un peu loin, sur un espace qui ne soit pas de leur ressort « car vous savez, on ne fait pas ça de gaieté de cœur. Et on sait bien, il n'y a pas solution. Et puis si les autres passent, ce sera une autre histoire ! » Un peu plus loin donc, hors de la ville et ses pouvoirs de police, sur un autre espace institutionnel, « pourquoi pas le port ? Ou alors les marais ? » Le port autonome ou la réserve naturelle sauront bien s'en débrouiller.

Manière insensée de les remettre toujours en mouvement.

♦ Carnet de chantier #6 - Réaliser un bloc sanitaire composé de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure

Les habitants du Platz (bidonville rrom du Havre), après maintes demandes infructueuses aux institutions, ont souhaité réaliser des toilettes. Le terrain occupé par les 87 personnes n'offrant pas d'accès à l'eau et à l'électricité, nous avons ensemble opté pour des toilettes sèches, dont le contenu serait vidé dans une sorte de fosse construite à cet effet (en palette également), sur le terrain jouxtant le quartier.

Au vu des expulsions auxquels sont soumis les habitants de quartiers comme celui du Platz, nous avons conçu ce bloc sanitaire démontable et remontable avec seulement un tournevis, un marteau et du barnier.

Vous trouverez dans les fiches de construction, les différentes étapes de réalisation des blocs sanitaires qui ont vu le jour sur le Platz, composé chacun de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure.

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♦ carnet de chantier #4 - danser c'est resister ?

Un vernissage ? Pour des toilettes ? La petite ourse au téléphone en rit encore. Nous aussi, nous rions ce soir entre nos murs. La fête se prépare.

Peu avant Ioan et Christy riant aussi devant le premier bloc sanitaire assemblé et coiffé de sa toile. Ils font des gestes, répètent en roumain un mot que nous ne comprenons pas. Tour à tour, ils désignent le bloc et font des signes. On devine des roues, des chevaux... Une roulotte ! Oui ! Les toilettes nomades ressemblent à une roulotte. Nos mots communs sont trop rare pour savoir ce que ce véhicule habitable évoque pour eux.

Notre tente est vidée pour se transformer en salle de projection foraine.

Depuis le milieu de l'après-midi déjà les membres du comité de soutien arrivent peu à peu avec brasero, boissons et nourriture, solidarité, pour eux, usuelle. Il y en eu d'autres, pendant ce chantier, de la voisine qui offre l'électricité et nous laisse tirer une improbable ligne de chez elle à notre enclave coupée de tous réseaux, à cette entreprise et ses salariés offrant et aidant à charger les palettes dans notre camion, en passant par ce menuisier qui fournit à discrétion la sciure de bois nécessaire au fonctionnement des toilettes que Madalin apporte en grands sacs jusqu'ici, ou les nombreux traducteurs qui se sont proposés pour traduire bénévolement le film.

Le bois a à peine fini d'absorber l'huile de lin que les enfants étrennent les sièges.

Le brasero fume, les invités arrivent, nous faisons le tour des installations. Carmen, la voix off roumaine du film que nous présentons, fait l'interprète. Ioan a encore des questions quant au fonctionnement des toilettes. Nous expliquons, discutons.

Christy nous abandonne pour entrer dans la tente. "Moi, je vais regarder la télévision! " Nombreux sont ceux qui entrent aussi et regardent, sous le crayon d'Onofrei, se dessiner la vie et la mort du bidonville de la Soie à Villeurbanne.

Pour couvrir l'encore lointain bourdonnement des pelleteuses, nous dansons jusque tard dans la nuit au son d'un lecteur Mp3 en forme de voiture miniature.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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