makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ #2 Tournée du MKN-VAN avec la Fanzinothèque de Poitiers dans le pays Brionnais

Du 15 au 21 mai, la Fanzinothèque mobile et le MKN-VAN ont été en territoire Brionnais pour créer un Fanzine avec les lycéens (lycée Augustin Boismard), faire une exposition, de la sérigraphie et des diffusions de nos films avec le MKN-VAN.

Lire la suite

♦ Moscou, un kiosque et deux corbeaux pour seul politique et urbain baromètre.

Dès que j'arrive ici, j'entends le crack de ma mécanique qui casse. Emmuré dans ma langue, je ne suis plus qu'œil, pointu, roulant fou dans l'orbite du désir de connaître. Alors, tendu comme une fibre lentement arrachée au poulpe séché lymphatique, le nerd optique se déroule puis enroule les réalités proches pour y chercher le sens du tout.

Le dégel en flaques, souvenir des monticules de neige d'hier et de l'année d'avant quand ils entouraient encore le kiosque de mon voisin Prodoukti. Celui-ci, après avoir déménagé trois fois déjà; du trottoir au trottoir, puis du trottoir à l'indéterminé espace entre public et privé de la cour de l'immeuble, « pour échapper aux ennuis »; a lui aussi fondu. Disparue, la structure préfabriquée légère de sa Palatka, reliée aux pylônes par une tresse de cordons électriques... Disparue. C'est désormais derrière la porte vitrée de la sortie de secours de l'immeuble que l'on distingue, entre les boules multicolores de ses fruits empilés comme des bonbons en bocal, son grand sourire.

Aussi certain que la neige fond en eau pour de nouveau se figer en glace sur laquelle tout Moscou se casse la gueule, le nomadisme à pas comptés de mon voisin Prodoukti en dit long sur la ressaisie de l'espace (public?) opérée par les autorités. Pour qu'au printemps, éclosent de nouveau les planches de l'architecture légère et branchée dans les parcs et les allées, il faut semble-t-il que s'accomplisse au cœur noir de l'hiver le sacrifice des tôles spontanées du commerce informel. C'est à ce prix que le soleil de la ville cool réapparaîtra pour faire fondre encore davantage l'hiver mythique et multipolaire des années 90.

De la fenêtre, dix étages plus bas, l'emplacement du kiosque est vide. En face, les travaux de réhabilitation d'un immeuble désaffecté, en résidence jaune, ont chassé du toit, vers un ailleurs indéterminé, le couple de corbeaux qui y nichait.

♦ Moscou, Hôtel Sébastopol.

"Sébastopol" sonne comme un nom de boulevard parisien ou comme celui d'une histoire qui bégaie : Ukraine / guerre civile et, en 1921 déjà, l'affrontement de la France et l'Angleterre contre la Russie impériale.

C'était avant la révolution de 18 dans cette ville de Crimée qui vit la défaite de l'armée blanche de Wrangel (soutenue par celles du Japon, du Royaume Uni, du canada de la France et des Etats-Unis…) face à l'Armée Rouge, soutenue par les troupes Makhnovistes.

C'était déjà, et avant aujourd'hui...

Mais pour le Moscovite averti, Sébastopol résonne aussi comme un marché, un bazar vertical qui prit ces quartiers dès 1995 dans l’hôtel du même nom. Là, des commerçants turques, à ce que l'on me dit, investirent et transformèrent chaque chambre de cet hôtel de 14 étages, en échoppes. On y trouvait boulangeries, parfumeries, marchands d'épices ou de gadgets mais aussi boucheries dont les labos prenaient place dans les salles de bain.

Autre forme urbaine de l'économie de transition des années 90, ce bazar a, depuis, pris des airs de centre commercial (enseignes, signalisations, publicité dans les escaliers mais surtout réfection des 2 ascenseurs de l’hôtel qui permettent d'échapper à l'ascension des 14 étages par les escaliers). Les boucheries ont disparu, mais la forme du bazar demeure. À chaque étage, les portes des chambres s'ouvrent sur une quinzaines d'échoppes. On y trouve parfums, pierres, papeteries, accessoires électroniques, maroquinerie, ustensiles de cuisine, coutellerie et armurerie, bijouteries, souvenirs orthodoxes… Certains écriteaux sont traduits en indien ou en Farsi. Certains chambranles de portes annoncent, par autocollant, qu'à l'intérieur on accepte la carte bleue. Les prix sont rarement indiqués et s'élaborent à la demande. Entre les étages, les commis s'affairent ployant sous les colis. Dockers de couloir et d'ascenseur, ils scandent des « davaï » et des « izvinitié » pour qu'on leur laisse le passage. L'ascenseur leur sert aussi d'interphone. La bouche collée à la jointure de la porte, ils hurlent à l'adresse des collègues du dessus.

Impossible de dire pour l'instant, d'où viennent ces produits, s'il s'agit de copies et contrefaçons de marques de luxe (pour la parfumerie et la maroquinerie). On peut, en tout cas, si on le souhaite, emporter ses achats dans un sac plastique à l'enseigne de quelques enseignes prestigieuse de la capitale.

L’hôtel Sébastopol ne désemplit pas et les russes y croisent les marchands de l'Asie qui poussent ici sa corne et redéveloppe les formes commerciales qu'économie planifiée comme économie libérale ont, ailleurs ou dans d'autres temps, éradiqués.

♦ Mon voisin Prodoukti a déménagé.

Palatka. Les progrès de la langue russe dans les intestins de mon cerveau sont lents, trop lents, néanmoins me voilà depuis peu heureux possesseur d'un nouveau mot de vocabulaire : « Palatka » autre terme pour désigner le kiosque.

C'est un sale hiver dixit les Moscovites. Pas assez froid. Ça neige et ça s'arrête. Ça gèle et ça dégèle. Les bactéries qui ne sont pas tuées par le froid vous attaquent. À quelques heures d'intervalle et sur le même trottoir on glisse sur des plaques de glace puis sur des flaques de neige boueuse. Il m'a fallu trois jours avant de pouvoir sortir en relative sécurité, le temps qu'un cordonnier pose sous mes bottes des semelles antidérapantes. Ce n'est qu'alors que j'ai vu que mon voisin «  Prodoukti » avait déménagé.

Prodoukti c'est le nom frappé à l'enseigne des kiosques-épiceries. On y trouve fruits et légumes, alcools, conserves et poissons séchés, parfois même des piles. Ils jalonnent l'espace aussi sûrement que des clous d'arpenteurs. Commerce de voisinage, il rend aussi de menus services, on peut y passer commande pour peu que l'on soit du bloc, de la rue, du quartier ou de la cour.

Notre immeuble ne fait pas exception. En bas, sur le trottoir, un kiosque. Mais voilà que chaussé, me retrouvant sur le trottoir pour la première fois, je ne trouve plus le prodoukti. Disparu. Remplacé par quelques berlines garées à l'arrache. Ce n'est qu'en revenant que je l'ai retrouvé pour ainsi dire au pied de ma porte, niché à l'abri derrière les barrières toujours ouvertes de notre cour.

Il a fuit, me dit-on, les tracasseries administratives dont il faisait l'objet sur la voie publique et s'est réfugié ici, dans cet espace que l'on qualifierait de privé, bien que la recadastralisation de Moscou au moment des privatisations de l'aire Eltsine soit souvent floue.

♦ Moscou. Les Babouchkas britchkas, les marchés formel et informel russes et la théorie de V Radaev en image.


/ Station Touchkinskaya / sortir en tête du train / continuer tout droit par le souterrain le plus loin possible.... Quelques marches et la vue bascule du ciel au sol, arrêtée par les traditionnels kiosques posés là il y a cinq, dix ou vingt ans.

A l'ombre de l'un d'eux, un agent de police jette des cartons dans un benne sous l’œil de ses collègues restés dans la voiture. Exercice de civisme peu habituel pour un agent des forces de l'ordre penserait-on avant de comprendre qu'il s'agit bien là d'une opération de police. Ce qu'il jette là constituait encore, il y a quelques minutes, l'unique étal de la vieille dame qui serre contre elle le sac contenant les marchandises qu'on lui interdit de vendre.

Le long du chemin, une dizaine de Babouchkas font mine de prendre le frais à l'ombre du mur. Elle attendrons le départ de la police pour étaler à nouveau les cartons de babioles, tissus, vêtements et marchandises sur lesquels elles sont pour l'instant assises. En attendant, à voix basse, ce troisième âge de la délinquance conciliabule.

A quelques mètres seulement, sous des tentes neuves et légères estampillées des armoiries du district, s'étend le marché officiel, formel que la police protège des vieilles.

Babouchkas / Brichkas from Echelle Inconnue on Vimeo.

Application de la théorie de l'économiste Radaev à la ville foraine moscovite. Avec les textes de Isaac Babel, Myriam Désert et Svetlana Alexievitch film d'animation.

♦ Au bord de la Seine... Rencontre avec un voyageur

Nous poursuivons. L'idée est de trouver le terrain que nous voyons depuis le train. Nous sommes dans une des boucles de la Seine, et avons un peu de mal à nous orienter... Enfin le voici. Monsieur Sabo est devant son camion, il prépare le départ de la famille. Il nous invite à entrer sur son terrain, nous fait visiter son camion, puis sa maison.

Lire la suite

♦ 1/0 pour le match : Cine-train / Echelle inconnue




La route du café suit celle de Makhno

Le businessman sur roues

Étrange humeur compétitive ces derniers jours, pour vouloir affronter le ciné train de Medvekine qui, ce n'est pas une légende, tournait ses films la veille pour les diffuser le lendemain.Tournage, développement, montage à la manivelle, au cutter et au scotch de mètres et de mètres de pellicule. La veille pour le lendemain, notre ambition aussi pour faire se regarder les habitants des points distants de la carte. 1/0 ! Perdu ! Mal m'en a pris malgré l'appareillage numérique : une carte mémoire qui passe de la caméra à l'ordinateur et un logiciel qui permet de monter et démonter à l'envie. Malgré tout ça, perdu. Tourné le dimanche avec Oleg le film ne sera monté qu'après une journée et demi de travail, autant pour sa mise en ligne problématique dont pâtissez peut-être aujourd'hui (tentez tout de même de zoomer sur la page le lecteur devrait apparaitre). Perdu à presque cent ans de distance... Son train va plus vite que notre caravane. Mais le film est là. Bon visionnage.

♦ Ukraine, Russie, France : La route du café suit celle de Makhno.

De l'Ukraine à Moscou en passant par la Moldavie et, peut-être, bientôt, la France.

Ce n'est pas, dans le désordre, le parcours qui mena le jeune Makhno de Goulai Polié à la prison moscovite de Boutyrka puis de l'Ukraine à la France en passant par la Moldavie pour échapper aux balles russes et françaises.

Mais plus simplement le parcours d'un drôle de véhicule forain croisé avec son propriétaire au bord d'un trottoir de la gare de Bieloruskaya.

Nous l'avions croisé en Moldavie déjà, mais c'est d'Ukraine que vient la voiture/café. C'est Oleg qui nous le dit à l'arrière de son véhicule équipé.

Lire la suite

♦ Le 8 mars 2014, du côté des femmes en Moldavie

Les bruits de bottes résonnent à la frontière orientale, les flots de fonds européens se déversent sans interruption sur la capitale, étouffant (?) les souvenirs du soutien russe à l'indépendance autoproclamée de la Transnistrie. Les troupes de la 14e armée sont stationnées à quelques dizaines de kilomètres seulement de Chisinau. Pourtant.... la Moldavie célèbre le printemps et le 8 mars. Ce jour est l'occasion d'une aubaine commerciale, qui voit sur les trottoirs celles dont elle célèbre les droits. Déambulations affairées dans cette bande de terre aux confins de deux Europe qui ne sauraient admettre que quiconque leur échappe : Bienvenue au bazar européen, on y brade tout, à grands frais.

Lire la suite

♦ Kiosques

Héritage de la période soviétique, comme il est d'usage d'analyser tout ce qui se passe ici, ou pas. Moscou comme Chisinau sont les patries des « petits boulots » de service : concierge, vestiaire, ménage etc. Ces emplois ont leurs lieux : sous sol de musée, loge-cabine de concierge, cabanon de gardien à l'entrée des cours d'immeubles et parking, kiosque de marchands logés dans les passages sous-terrains ou les trottoirs. Toute une somme de construction de panneaux préfabriqués, de containers de tôle galvanisée et montants d'acier bleu. Un ensemble de micros espaces, plus ou moins sériés et à l'installation peu probablement planifiées.

Lire la suite

♦ Marcher ! Marchés ! Marchez !

Qu'entrevoir depuis mes fenêtres, derrières lesquelles le montage de « Rosa luxe et les Manouches » me tient ?

L'écume sans doute, le bruissement d'une réalité proche mais dont je reste encore trop séparé. Écume du réel, dans laquelle cependant je cherche les liens ; comme, en bas, cette enseigne de restaurant géorgien qui joue au drapeau makhnoviste.

Mes fenêtres dis-je ; car outre les quatre baies qui ouvrent sur la ville dix étages plus bas, deux autres ouvrent sur la Russie, ses points cardinaux mais aussi ses caves, casernes et commissariats : l'écran de télévision et celui du web.

Lire la suite

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


propulsé par DotClear