makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Vingt ans de cités provisoires

Axe Seine : le Port de Gennevilliers

Alain Bourgarel est l’auteur de l’ouvrage « Les cités de transit du Port de Gennevilliers 1965-1987 », Société d’histoire de Gennevilliers n°11 – avril 2016. Il a été instituteur pendant 20 ans dans les écoles installées près des deux cités de transit du Port de Gennevilliers. Il commence notre rencontre par nous interpeller sur le terme de provisoire. « C’est une notion qui a un caractère très pernicieux. Ici, à Gennevilliers, on a collé cette étiquette de « provisoire » aux habitants des cités de transit. Elles ont perduré pendant plus de vingt ans... »

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♦ Moscou. Nous marchons sur Shanghaï ! Épisode 1 « Ça fait longtemps que je vous attendais ! »

L’obscurité colle à la peau de la ville foraine. Méconnue, elle est l’espace fantasmé du crime comme du mystère. La ville foraine russe et ses espaces de garages, de wagons ou containers comme de kiosques et de marchés n’échappent pas à la règle.

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♦ Les candidats au voyage par leurs voisins-mêmes



Les candidats au voyage par leur voisins-mêmes from Echelle Inconnue on Vimeo.



Dieppe, le Pollet, après Calais, l'autre point de traversée possible pour les "réfugiés" vers l'Angleterre. Loin des caméras et des architectes, ce qui constitue peut-être une chance dans ces falaises qui ont vu au XIXe siècle d'autres réfugiés, Dieppois, eux, expulsés du centre par les projets urbains d'infrastructure.

♦ Bagdad Palace

Un havre pour les "Candidats au voyage".

Bagdad Palace from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Crash-test du Nigloblaster

Première sortie du Nigloblaster 2.0 au Pollet le mercredi 29 juillet 2015

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♦ Le Pollet au prisme forain : Le Bagdad Palace

Bagdad Palace from Echelle Inconnue on Vimeo.

Nous nourrissons le NigloBlaster d'autant de films qu'il est de mobilités dans ce quartier de Dieppe : camions ou caravanes habitées, voyageurs ou travailleurs forains et offshore. Ici le Bagdad Palace, havre "des candidats au voyage" comme les nomme Luc (peut-être devrions-nous dire Ben Zouf) un des Polletais avec qui nous travaillons. Ce squat se trouve à une limite critique du quartier que les cartes officielles réprouvent mais pourtant... C'est une halte possible d'une nuit ou quelques jours pour les migrants tentant de passer clandestinement en Angleterre cachés dans les camions qui embarquent en Ferry à l'autre bout du quartier. C'est comme en écho à Monsieur Evrard une image du quartier par l'accueil.

♦ Moscou gare de Bieloruskaya. Tourner, attendre et découvrir la réalité d'une brigade d'ouvriers migrants.

Marché des heures, en plein cagnard, à courir après elle.

Mais elle ne se laisse pas approcher. Elle se dérobe, se camoufle, se déguise ou simplement déserte les endroits où on pensait la trouver, les berges le long desquelles la pêcher. Elle se planque. Ses habitants filent en amis fugitifs. Peut-être s'agit-il d'une des conditions du pacte signé avec la ville Normale...

Trois heures autour des voies partant de la gare de Bieloruskaya vers le sud-est !

Nib ! Les garages quoiques légers et sans doute « informels », ne sont véritablement que des garages.

T'as beau chercher les offres d'emploi au black accrochées aux poteaux, te surprendre à repérer des phénotypes (puisqu'ici la ville informelle est asiatique) rien.

A mesure de la marche tout ça commence à sentir le mauvais carnet de voyage. T'es un Américain des années cinquante, la caméra rebondissant sur le nombril, la sueur qui emporte et dégueule la gomina dans tes yeux. Et l'appareil qui collectionne à vomir, en cahier de tendances, des containers, des bungalows, des baraques de tôles, des chantiers... T'as les pieds qui saignent.

Mauvaise méthode.

Marcher ne suffit plus pour rencontrer et interagir avec la ville mobile et informelle.

Après l'euphorie, deuxième échec. Le premier, ouvrier, s'appelait Ferouze.

Ferouze ou l'attente from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Moscou. Les ouvriers ouzbeks ne nomadisent pas en yourte.

« Ça fait trois ans que je fais ça. Je compte continuer encore deux ans avant de rentrer chez moi »

Il a vingt ans est Ouzbek mais contrairement à l'image d’Épinal ce n'est pas en yourte qu'il nomadise mais de chantier en chantier, d'appartement en appartement. Trois ans, qu'avec ses deux compagnons, il habite les lieux mêmes des chantiers sur lesquels il travaille.

Rendez-vous est pris sur un parking. Et c'est en voiture que nous nous rendons au pied d'un marché. De là nous marchons jusqu'à un ensemble d'immeubles. Le chemin aurait été plus court en voiture mais il ne sais s'y rendre qu'à pied. Digicode, porte, ascenseur, couloir et une porte capitonnée s'ouvre sur des sacs de plâtre empilés dans le vestibule d'un appartement en réfection. Ses deux collègues, Ouzbeks eux aussi, sont là nettoyant leurs outils dans la cuisine. Il nous emmène jusqu'à deux chambres. Au milieu des outils, des ballots d'isolants, des fenêtres à poser sont jetés trois matelas, les leurs le temps du chantier. Un morceau de papier peint est posé à l'entrée et fait office de paillasson pour limiter l'invasion de la poussière de plâtre.

« En Ouzbékistan tout va bien sauf l'argent ! »

Nous nous installons. Il retape un peu sa paillasse et s’assoie sur un tabouret pour répondre à nos questions. « En Ouzbékistan tout va bien sauf l'argent ! » c'est pour ça qu'il a quitté sont emploi de vendeur de chaussure pour venir travailler ici. Tous les ans, avec son équipe, il construisent 6 maisons à Moscou. Pour nous rejoindre, il a quitté le chantier de l'une d'elle. Après nous, il entamera sa deuxième journée de travail ici dans cet appartement : les travaux bruyants jusqu'à 22h puis les travaux silencieux comme l'enduit, le papier peint ou la peinture.

Il n'a pas connu les containers dans lesquels vivent certains ouvriers et ne veut pas les connaître préférant le confort relatif qu'offre ce camping en appartement.

Nous discutons encore, filmons. Puis vient le moment de se séparer. Nous parlons un peu de la destination de ce film. Internet ? Non. Il ne veut pas.

Nous reviendrons avec un premier montage pour discuter.

À suivre...

♦ Moscou. Danse avec les murs.

Des murs et des barrières, immanquablement dressés entre les containers habités et la ville. Variété incroyable de surfaces contre lesquelles on bute et on peste. Quand la non-maîtrise de la langue condamne au stupide exercice de la série photographique, c'est avec eux que l'on danse, que l'on tourne, en contorsion dans l’entrebâillement, au dessus, en dessous. Murs, barrières, plus infranchissables encore que ceux des bidonvilles français.

Parce que ces barrières sont justement les précis synonymes du découragement, alors tentons au moins de les qualifier. Qualifier ce qui se dresse systématiquement entre ville normale et ville mobile, et au-delà tenter de lire la ville en les logeant.

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♦ Les trains...

Ceux de la Makhnovtchina, entrevus dans le film d'Hélène Chatelain, celui de Ziga Bertov, qui peut-être, un jour croisa les premiers en Ukraine. Celui de Medvedkine. Ceux qui amènent aux trois gares de Moscou les « migrants », candidats à la fabrique de la ville planifiée quitte à devoir dormir dans des containers. Les trains de la gare de treillage de Sotteville-lès-Rouen dans les wagons desquels dorment des employés.

Des trains et des lignes de chemin de fer qui, traçant la route, écartent le paysage et le plan même; générant à leurs abords des blancs de carte sur lesquels on vient vivre et construire quand on ne peut faire autrement... Hors-la-loi, hors la carte, comme hors la France ou la Russie profitant du vide là : caravanes ou espaces auto construits le long de la ligne Rouen/Paris ou Moscou/Domenovo. Les trains révèlent les bidonvilles prétendument disparus. Ils révèlent, la cécité entretenue.

chantier aux abords de la ligne Moscou/Domenovo

Et ces trains, américains ceux-là, qui transportaient les barnums du monsieur du même nom. Et celui, bolchevique, dont Voline tente de rattraper la métaphore politique pour y grimper et l'offrir au peuple.

Trains omniprésents, quoiqu'à respectable distance de ce qui nous occupe, mais trains tout de même dont on discutait avant mon décollage relativement aux collaborations universitaires Francorusse.

Je n'avais pour moi, jusqu'à présent, que la guerre du rail, juste vengeance face aux trains de la mort. Me manquait ces trains, tous les autres qui disent et sculptent notre monde.

♦ Les 3 gares. Dérive en territoire migrant.

Dérive, on pourrait dire marche, ballade ou exploration, mais celle-ci tient bien du hasard et du fait de se laisser porter. « migrant »

On sent qu'on approche à des presque rien : affichettes frangées d'annonces, collées aux murs et aux poteaux, offrant des emplois d'aide à domicile, d'agent d'entretien, de manutentionnaire, de maçon, Patchwork, collages ou lacérations destinés à la lecture de ceux que quelques centaines de mètres plus loin nous verrons, immobiles, seuls ou discutant en petits groupes, sur les parvis des gares de Kazan et de Leningrad -le parvis de la gare de Iaroslav, semblant pour une obscure raison désaffectionnées par ces travailleurs migrants ; ces ouvriers.

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♦ WESTERN ? Go west young men ! But not only.

Go west young men, tel était le titre de l'article du monde du 13 janvier 2014 signé par Sylvie Kauffmann et traitant de la mobilité des Européens. Ce titre, cite l'éditorial de 1865 du journaliste et candidat à la maison blanche Horace Greeley, incitant à l'expansion voire à la conquête de l'ouest entrevue comme une solution au chômage.

Ainsi peut-être, un inconscient candidat américain chuchote-t-il au cerveau des candidats roumains, rroms, moldaves... au départ vers l'Ouest où nous vivons. Le même Américain chuchote-t-il aux oreilles de nos élus pour qu'ils craignent jusqu'à s'en prémunir, la conquête de leur défunte Gaulle par une poignée de candidats à une vie meilleure venus de cette Europe que ces premiers appelaient de leurs vœux?

La dramaturgie politique a tôt fait de nous replonger dans sa forme la plus poussiéreuse et néanmoins désespérément efficace : la tragédie ; et ce, en empruntant à la forme qui dépoussiéra le genre à grand frais : le Western. Tragédie moderne, celui-ci nous accule et nous divise en deux (davantage n'est pas nécessaire, un seul bulletin entre dans l'urne). Il faut choisir et s'identifier, qui sommes-nous ? qui sont-ils dans ce duel binaire ? Voilà la partition imposée sur laquelle la république joue à grand renfort de pelleteuses et de chœur policier. Qui sommes-nous ? Indiens envahis ? Fermiers menacés ? Sherrifs élus ? Milice populaire ? Qui sont-ils ? Migrant de la conquête de l'ouest ? Cow boys salariés de grandes firmes ? Buffalo Bills décimant nos troupeaux ? Chinois du train? Hors la loi ?

Go west ! But not only.

Le mur nous aveugle encore, car c'est bien de ceux de l'autre côté du mur qu'il s'agit. La part maudite, ce bout d'Europe hier tampon de l'affrontement des deux puissances mondiales aujourd'hui candidat au rôle de bouclier anti-migratoire de l'union européenne. Cette petite Europe encore tampon sous la pression de ses deux côtés ; pressurée à en faire fuir ses plus légers, ses plus pauvres... vers l'Ouest ? Yes but not only. Les trajectoires migratoires sont multiples et étoilées. Des Moldaves (2 tiers de la population même) au Portugal en France mais aussi en Russie sur les chantiers aussi dans l'industrie du care tout autant.

Le jeu des chaises musicales n'est pas une tragédie, c'est une danse compliquée. Et c'est de l'autre côté du mur, ici, à Moscou, mais aussi en Moldavie que nous tentons d'en décrypter la partition et peut-être avec notre caravane, y attenter.

De ma fenêtre, je vois Moscou et sa puissance étalée, constitutive même. Mais je sais ici, dans le centre de cet Est, des gens vivants dans des garages. J'en sais aussi d'autres dans des habitats de fortunes le long des lignes de chemin de fer, d'autres encore dormant dans leur voiture, dans les rues de Moscou ;ici, comme de l'autre côté du mur, invisibles, oblitérés par la cécité volontaire.

Western ? Oui, si celui-ci n'est autre qu'une version du mur ne laissant voir que les cimes de grattes ciel et empêchent de voir la ville à ras de terre. Les murs ne séparent pas deux mondes comme on voudrait le croire mais sont au contraire les murs d'enceinte aveugles des villes insulaires que la métropolisation nous vante et appelle de ses vœux.

♦ carnet de chantier #1 "pour nous, c'est du camping !"

Nous la prenons au mot !

La préfecture annonçait récemment au collectif de défense du bidonville du quartier de l'Eure qu'elle n'accorderai à celui-ci qu'un mois de survie. Elle autorisait cependant, sur ce même site, l'installation de toilettes sèches. En somme, un mois de sanitaire comme un verre d'eau pour faire avaler la pilule "expulsive". A moins qu'il ne s'agisse d'un os à ronger lancé aux chiens pour qu'ils s'y épuisent. Nous la prenons au mot. Et comme nous avons des dents à revendre attaquons l'os.

Le chantier commence avec plus de bras qu'il n'en faut pour décharger les camions et charger le matériel donné par quelques entreprises : palettes, sciure, etc.

Premier geste du chantier, nous installons notre tente Atelier Cartographique de Campagne tôt transformée en cabane de chantier pour le stockage des outils. Elle servira aussi de salle de projection. Mais pour l'heure, surtout, nous y dormons. Nous campons dans ce bout de Roumanie pauvre. Ce n'est évidemment pour nous que du camping. Bientôt nous repartirons, retrouverons nos lits, nos murs en dur, l'eau courante, l’électricité, les chauffe-eau, l'isolation, les toilettes et les douches.

Mais pour l'heure nous campons chez l'habitant, accueillis. On nous offre le café, on discute. On lit des papiers administratifs incompréhensibles pour les habitants des lieux. On tente d'aider, ce qui retarde un peu le chantier.

Ici tout manque mais surtout une interface, une traduction, un décodeur du monde de l'autre côté du mur : la France.

♦ CONFERENCE - CYCLE VILLE / MOBILE :

Le parcours du migrant de son pays d'origine à l’État français : de la recherche d'une stabilité à une mobilité imposée.

Jeudi 27 septembre 2012 / 18h30 Par Emmanuel Revuz, juriste au centre de rétention de Oissel

" Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays". L'article 13.2 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, pourtant adoptée par la France, est constamment remis en cause par nos gouvernements successifs.

Un étranger qui souhaite s'établir en France est confronté à une multitude de conditions à remplir et de règles à respecter. S'il ne réussit pas à obtenir le précieux sésame lui permettant de rester en France, sa vie continuera d'être l'histoire d'une mobilité, imposée cette fois par l'Etat français.

A travers l'étude des conditions requises pour vivre régulièrement en France et de leur application concrète, il sera question d'apprécier les enjeux et paradoxes que peuvent présenter nos politiques migratoires..

PROCHAIN RENDEZ-VOUS

Vendredi 05 octobre 2012

Les profondeurs de la surface. La ville : force des liens faibles. Par Jacques LEVY Professeur ordinaire de géographie et d'aménagement de l'espace à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et directeur du laboratoire Chôros.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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