makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ FOURGON DE CURIOSITÉS - ФУРГОН С ДИКОВИНАМИ



« Parfois, des gens s’arrêtent, parce qu’ils pensent qu’on manque de quelque chose en voyant de loin notre camion. Alors je les invite à boire un café et leur montre que non ! Regarde on a de l’eau, du chauffage et de la lumière ! ».

«Иногда люди останавливаются, потому что видят издалека наш грузовик и думают, что нам чего-то не хватает. Тогда я предлагаю им выпить кофе и показываю, что это не так! Посмотри: у нас есть вода, отопление и свет!»

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♦ Après la fête...

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♦ Tryptique forain (3) : L'invisible, usages et relations au monde vivant

Dans le tumulte de la Fête disparait l'île. L'im-plantation foraine met à distance le lieu, et invisibilise les structures et les rapports spatiaux.

Où il est question d'organisation et de logistique,
de sécurité,
et d'économies.
Quels dialogues se mettent en place entre la fête et l'espace, entre la foule et le végétal, entre mobilier et mouvement ?

Plongée dans l'arrière scène de la foire.

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♦ Triptyque forain (2) : Digressions sur les mouvements de la presque île

Dans le lointain : ne plus voir la foire, l’ex-pulsion de la ville.

Sur les quais de Rouen, on enterre les cadavres du souvenir. Tout se revêt d’une propreté immaculée, impeccable. L’opération est impulsée par la Métropole Rouen Normandie et la Ville de Rouen : « Reconquête des quais de Seine ». Les grands travaux d’aménagement déposent un voile sacré sur la saleté. Une pelouse arboré remplace soudainement les anciens parkings suants l’huile moteur ; les rares hangars restants, rouillés et grinçants, deviennent, sous un fard de street art, l’épaule culturelle de la ville moderne ; la foire n’y est plus la bien-venue, et se retrouve peu à peu, acculée sur la presque-île Waddington, la fin de la rive droite. On déroule un tapis rouge pour le promeneur fort-avisé, de se rendre pour sa promenade, le long des quais. Alors on tasse, on déblai et on rabote derrière les oreilles du souvenir. Et puis la ville veut avancer. Dans un sursaut de salubrité publique, la ville Métropolitaine essaye de re-prendre possession de sa non-ville, et fleurit sur ses déchets. À l’ouest poussent les nouveaux éco-quartiers Flaubert et Lucilline, sur des terres nécrosées par des ères industrielles : l’habitat bio, logique éco-normique. Les derniers grands projets immobiliers y écrasent la crasse : rive gauche, le Hangar 106, scène de la musique Actuelle, le prochain Hangar 107, bureaux, restaurants, crèche et salle d’exposition, le Hangar 108, futur Hotel de Métropole, le ‘parc’ de la presqu’île Rollet ; rive droite, le panorama XXL, les Docks 76, centre Commercial et de Loisirs, le palais des sports Kindarena, les Hangars 9, 10, 11, lieux de consommation de nourriture, de sports et de séminaires, le hangar 23, lieu de musiques et danses du Monde, un appel à projet sur le Chai à Vin, la démolition partielle du Hangar 13 abritant le Musée Maritime, Fluvial et Portuaire, la démolition totale des Hangars 15 et 16…

Alors après les déboires et l’annulation de la précédente édition (2015), on relègue la Fête au bout des quais. La presque-île Waddington devient l’esplanade Saint Gervais, plateforme événementielle du temporaire encadré : concerts, cirques, et nouvellement, le dé-ménagement de la foire St Romain…

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♦ Triptyque forain (1) : Pré-histoires botaniques de la presqu'île Waddington

Il n'y a rien alors... Alors on peut y délocaliser la Foire comme on l'avait fait il y a quelques décennies sur cet autre rien qu'étaient les quais avant que l'on découvre qu'ils étaient bordés d'eau, nouvel or de l'aménageur. Il n'y a rien. Ce rien qu'on réserve aux mobiles. Mais de quoi Rien est-il fait ?

La presque-île Waddington -ou l'esplanade St Gervais-, prolonge les quais de la rive droite vers l'ouest de la ville et est avant tout un vaste sol inerte. Un patchwork de différentes textures, matériaux et granulométries, témoin des nombreux ré-aménagements, et de l'évolution des usages de l'espace. On y trouve quelques traces d'agitation, le squelette du hangar 23 reconverti en « Salle des musiques, danses et cultures du monde » et aujourd'hui délocalisé en centre ville, un musée maritime, le Chai à vin, un terminal croisière et un terminal granulats.
Presque une île, de béton, de remblais, acculée au bout des quais. Ancien territoire des dockers et des hangars, lieu d'agitation intense ; vaste parking aux flaques d'huile de vidange ; île habitée au gré de mouvements voyageurs ; scène éphémère, presque une île événementielle ; et aujourd'hui, une presque-île foraine ; demain peut-être, un nouveau fer de lance de la construction métropolitaine et de sa re-conquête du passé industriel des bords de Seine.

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♦ Compte rendu des rencontres de l'habitat léger et mobile 2016 à Rouen / Désinventer la Seine

Désinventer la Seine, note d'intention des rencontres :

Reconquête ! Les mots sont lancés à travers une Europe désindustrialisée, de la Seine à la Moskva.

Depuis 2013 à Rouen, mairie et métropole ont lancé les chantiers de reconquête de la rive gauche des bords de Seine. Ceux-ci constituaient pourtant en plein centre ville une rareté : une place pour la ville mobile et foraine, accueillant retraités en camping car, travellers, voyageurs, habitats et commerces forains, cirques et circassiens etc. Mais le rouge est mit. Pelleteuses et Barrières signent à grand frais la fin de cette exception urbaine. Après un début d’aménagement sans bruit, communication et marketing ont pris le relais et, sur les affiches, camions, tentes, stands et camping-cars sont remplacés par les vélos, pelouses et hypothétiques cerfs-volants de la métropole techno-verte et conviviale.

Il s’agit à présent de mettre des mots et des images sur cet art de faire la ville, contre le voyageur : « Le fleuve devient un lieu de vie, d’activité économique et d’habitat », disent-ils. Comment ? « (…) par l’anéantissement d’un lieu de vie, d’habitats et d'activités économiques qui y étaient présent », voudrions nous rajouter.

À notre tour de poser des mots, de dire ce qu’il en est et de raconter ceux qui vivent, mobiles dans les vides des cartes.

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♦ Julien

Si vous habitez Rouen, vous avez sûrement déjà croisé Julien, souvent sans le savoir. Originaire du Havre, il quitte Tarbes en 2007 après avoir perdu sa maison et ses trois chiens dans un incendie. Depuis 2012, Rouen. Et la manche, place du Vieux Marché, au pied du Micromania d'abord et aujourd'hui près de la gare en semaine et, le dimanche, près du carrefour de la fac de droit.

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♦ « Un pour tous, tous pour un ! »

Rouen, presqu'île Waddington, le 06.11.2015.

En l'espace de deux semaines, la presqu'île s'est vidée de ses habitants temporaires. Les forains ont pris la route pour Lille, Paris ou encore Amiens, vers d'autres foires. Quelques caravanes sont encore présentes.

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♦ Île Lacroix : le garage

En fin d'après-midi, nous passons rendre visite à Boris et Florent sur l'Île-la-Croix. Le lieu a un peu changé, certains camions ce sont déplacés, d'autres sont partis, d'autres ce sont installés... Ce jour-là, Boris donne un coup de main à Florent sur la mécanique de son camion. « Je ne veux pas qu'il y ait de problèmes pendant que je serai au Mali ! ».

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♦ Île Lacroix : le café

Île-la-Croix. Lieu de refuge actuel des travellers qui habitaient il y a de ça encore quelques mois la ferme des Bouillons. Lieu de vie qui s'installe, face à la rive droite rouennaise. Deux camions et une caravane sont garés le long des berges de la Seine, tandis qu'un peu plus en retrait, cinq camions sont regroupés sur une aire de parking, dessinant une petite place. On y fait la vaisselle, on y discute, on y boit le café et des bières.

Les camions ont fière allure. Des tailles, des styles, des couleurs, des parcours différents. L'un est vert avec un pick-up, un autre blanc et très haut sous plafond, un autre possède une petite terrasse en bois à l'arrière avec une balustrade... De l'électro sort d'un camion. Dans le fond, on y aperçoit Boris qui bricole. Nous nous présentons et il nous offre un café.

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♦ HackingBoat

Hacking signifie tout à la fois le bricolage et la création ou le détournement de code ou dispositifs numériques. Il implique aussi, de manière radicale, une remise en question de l'économie, de la propriété, ainsi que des processus de projets et de création.

José fait du code. Sa maison flottante ressemble à la matérialisation de ces assertions.

HackingBoat " Tu fais quoi là ? Le manouche sur l'eau !?" from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ À Rouen les forces de l'Ordre protègent un bidonville des manifestants.

Murs de tôles et de planches clouées, toits de bâches tendues sur un solivage de branches et maintenues par des pneus usagés, six à huit cabanes se font face et forment une allée. Autour, des barrières Vauban protègent le bidonville. Nous sommes le 14 novembre sur le parvis de l’hôtel de ville de Rouen. Sous la devise républicaine, un important dispositif de forces de l'ordre est mis en place pour préserver le bidonville de l'assaut des manifestants.

À quelques semaines de là pourtant, le 31 octobre, même région, même préfecture, les forces de l'ordre expulsent, saccagent et rasent le bidonville de Caucriauville, près du Havre, pour un coût estimé de 17 000 euros.

À quelques jours et quelques mètres à peine, même région, même préfecture, même ville, Rouen, dans la nuit du 7 novembre, les cabanes de planches et de bâches installées devant le palais de justice en réponse à l'assassinat de Rémi Fraisse étaient détruites par les mêmes forces de l'ordre, sur demande des pouvoirs publics.

Ce 14 novembre, dans les allées du bidonville de l'hôtel de ville, on se félicite. « Quel boulot ! C'est vraiment un beau bidonville ! », « Ah ! Vous avez agrandi la Palestine ? ». Mais, de l'autre côté des barrières, les manifestants sont à l'approche. Les « occupants » du bidonville leur crient être du même côté qu'eux, défendre les mêmes causes et, qu'au lieu de franchir ces grilles, ils devraient plutôt, comme eux, faire une demande d'installation à la mairie.

Une manifestation, des policiers, un bidonville, la pièce déjà maintes fois jouée ne se déroule habituellement pas comme cela. Qu'est-ce qui, soudain ce 14 novembre, remet à Rouen la république à l'endroit et fait du cordon bleu de CRS la ligne de protection du bidonville plutôt que l'instrument de sa destruction ?

La nature, l’esthétique ou même la sécurité des cabanes n'en sont pas la cause. Elles sont tout aussi dangereuses et présentent pour leurs occupants les mêmes risques d’effondrement ou d'incendie qui ont présidé à l'ordre de destruction des autres.

Alors quoi ? Non, pas la cabane, mais ses occupants ou plutôt leur absence. Pas la manifestation, mais sa nature et ses acteurs.

Ce bidonville protégé par la ligne bleue des forces de l'ordre est un faux. Les manifestants qui l'assaillent ne sont pas des enragés venus casser du Rrom mais ceux qui avaient construit peu avant, à quelques mètres et quelques jours de là, la cabane, vraie et habitée, hommage à Rémi Fraisse que le cordon bleu policier avait étranglé et détruit.

Voilà ce qui change l'issue de notre pièce.

Le bidonville, envisagé comme la dernière pièce à la mode, le spectacle qui fait sensation. Le bidonville scénographié pour « faire vrai », et s'imposer comme réel contre la réalité-même. Les barrières délimitent le cadre. La mise en scène est vivante, enlevée. Toute l'équipe, composée des personnels et bénévoles de dix-huit associations, s'affaire, les ouvreuses accueillent le public, les petites mains apportent la touche finale aux costumes. De l'ethnique, de l'exotique, du dépaysant. Ici on ne dit d'ailleurs pas cabanes, ni même baraques, mais « cases ». Les accessoires, de l'authentique factice, fétiches africains, guitare péruvienne, fabriquent les traces d'un faux pauvre comme on peignait du faux vieux. La scène est plantée pour la représentation de La très touchante histoire de l'enfant du bidonville, mélodrame en un acte sur fond de misère sociale, bouleversant « parcours pédagogique » dans la journée-type d’un habitant en bidonville. De la case France à la case Afrique, à la case Amérique latine... « Le tour du monde en un jour » comme le promettait l'exposition coloniale de 1931. Images de la misère des cinq continents.

Ici, les bonnes intentions financées par la Région et la Mairie ne pavent pas l'enfer. Elles le reconstituent pour en faire la toile de fond de l’étreinte indignée entre ONG et pouvoirs publics. Un bain de bouche de miséricorde face à cette crasse qui fait délicieusement frémir. Elles ne pavent pas l'enfer. Elles le spectacularisent, le distancient dans sa représentation apprivoisée.

Cependant qu'à deux pas de ce bidonville-parc d'attraction, sous les yeux des gens qui dorment, on détruit les cabanes réelles et habitées. L'uniforme fait de la gestion de foule comme l’État de la gestion territoriale. Le matraquage, ici, est réel, violent. Et parfois les personnages de ce théâtre-là meurent dans la rue.

Que faire de l'enfer qu'est le bidonville ? Le paver ou le rendre habitable ? L'annuler, le déporter sans cesse, et par là, l'intensifier, comme au Havre ? Le reconstituer sur les pavés de la bonne intention, comme l'on fait à Rouen ceux que nous n'avons pas vus au Havre ? Ou y descendre, le paver de colère créatrice ?

Le faux bidonville est désormais rangé, remisé, prêt à resservir au prochain entre-sort forain de la bonne intention. Voilà ce qui sépare encore le spectacle humanitaire du monde réel dans lequel les personnages meurent et où on ne déménage pas d'un bidonville !

♦ Le blanc de la carte est-il néanmoins vide ?

Makhnovtchina. Vie et disparition d'une enclave nomade à Rouen from Echelle Inconnue on Vimeo.

♦ Rouen, quais rive gauche. Disparition de l'enclave nomade ou l'éblouissante mise en oeuvre d'un art de faire une ville contre le Voyageur.



Du rouge,

Rouge bourgeois ennemis
Au rouge, "citoyen tu ne passeras pas"
en passant l'autre, anti-rêve du voyageur
l'éblouissement crasse d'un urbanisme d'empêchement.
Ville,
quel est ton ennemi ?



Nous le disions, Rouen possédait une rareté urbaine, qu'une autre culture du marketing aurait intelligemment reprise à son compte : Une Enclave Nomade en centre ville ! Une place pour l'édification de la ville temporaire et mobile dont l'autre, sédentaire, a besoin.

Nous le disions, deux kilomètres de quai bitumés, que la pensée cadastrale rangeait sans doute au rayon du stationnement, mais qui réellement accueillait retraités en camping-cars, travellers, voyageurs, habitats et commerces forains, cirques et circaciens et même les émergences spectaculaires municipales.

♦ Rouen - Enclave nomade. Quai rive gauche #1

2 km de bitume partagé entre autorité portuaire, fluviale et municipale. Ici se croise ou cohabite un peuple mobile. Dans cette enclave nomade ou foraine, nous rencontrons en décembre 2013, un des membres du cirque Medrano, installé depuis quelques jours ici et à côté du cirque Zavatta



Enregistrement sonore d'une durée de 15 m 45 s

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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