makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ RENCONTRES HABITAT LÉGER, ÉPHÉMÈRE ET MOBILE (HALEM) du 24 au 27 AOUT 2014 à HARFLEUR (Normandie)



Vous venez souvent jeter un œil sur ce journal en ligne. Il est temps maintenant de nous rencontrer pour discuter, débattre, échanger... Voici le programme :

Depuis l’été 2008, les rencontres de HALEM sont l’espace et le moment le plus important de l’association. Nous en profitons pour faire le point, analyser l’actualité, réfléchir aux différents besoins des personnes discriminées par leur mode d’habiter, établir les stratégies de l’année, rencontrer de nouvelles personnes, grossir notre équipe, nous organiser...

Tout au long de ces journées nous échangerons des situations diverses, des trucs et astuces, des conflits avec les communes, de la posture de l’État et de leur services, de l’insécurité dans les terrains de camping, de la situation des installations spontanées, de la lutte permanente que doivent subir les itinérants, les habitants de caravanes...

Chaque année nous choisissons un lieu qui illustre notre propos et où une résistance à soutenir est présente.

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. » Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832 Le lieu :

Cette année, les rencontres de HALEM se passeront en Normandie, plus exactement derrière la mairie de Harfleur, près du Havre.

Depuis plusieurs années, quelques membres du Groupe Animation de HALEM nous interpellent sur leurs luttes et leurs recherches sur ce territoire.

Dans leurs visites aux environs du Havre, ceux-ci ont rencontré plusieurs raisons pertinentes de faire réagir HALEM.

Le secteur du Havre, de part sa configuration de ville portuaire est très symptomatique pour parler de la mobilité lié à l’activité (péniches, marins, gros chantier... ). La ville a été totalement reconstruite après la guerre et abrite encore un quartier de cabanes sensé être provisoire et habité par des personnes qui ne sont pas disposées à déménager... Important !!!

   Les repas pourront être pris collectivement (cuisine et réfectoire sous un grand barnum),
   Un chapiteau, un tipi, une grande tente et peut être une yourte pour dormir...
   Pensez à prendre vos couchages (matelas, tentes, camions, caravanes...)
   possibilité d’arriver dès vendredi 22 et donner un coup de main pour la préparation.
   Si vous avez besoin de plus de confort, quelques hébergements sont possibles chez des militants

N’hésitez pas à nous contacter...

Programme :

Avec la participation d’Échelle Inconnue : http://www.echelleinconnue.net/

   Une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie
   Une lecture de texte sur la situation en Russie.
   Diffusion avec le journal d’Échelle Inconnue des travaux des rencontres
   Essaie d’un document vidéo à partir des interventions.



DIMANCHE 24

10h Présentation d'Halem, du contexte local et des associations membres du réseau

14h Atelier 1 : TECHNIQUES DE NOMADES, DE CONSTRUCTIONS LÉGÈRES ET HACKING

Il a semblé intéressant de rentrer cette fois-ci dans le débat par une approche plus technique que d’habitude.

L’habitat mobile, éphémère évolue avec la société et n’est, contrairement aux apparences, pas du tout en marge, bien au contraire, il est même souvent à la pointe de l’innovation. Des techniques, des réseaux d’entraides, des échanges dans le même esprit que le logiciel libre...

Le législateur ne cesse de nous rabattre les oreilles avec ses « liens sociaux » tout en s’acharnant à détruire cette solidarité que nous pourrions presque nommer « solidarité de classe ». Depuis les systèmes D ingénieux jusqu’aux kits du type « la yourte mongole » devenue la tarte à la crème de l’HL, nous pourrions présenter des solutions pour obtenir un confort qui feraient pâlir de jalousie bien des logements plus conventionnels.

Nous espérons que la rencontre avec les hackers de Rouen et du Havre (les bidouilleurs en programmation / électronique / création d’outils libres..), avec les bricoleurs de l’habitat légers ou mobile sera fructifiante. Notre philosophie commune : nous accaparer nous-mêmes tous les outils possibles, en créer d’autres pour notre autonomie et ne pas dépendre du marché et des exploiteurs.


16h Pause

16h30 Atelier 2 : DANSE AVEC LES ÉLUS : la loi ALUR, état des lieux et conséquences...

Nous sommes nombreux à penser que celle-ci n’a rien fait évoluer voir même comporte des aspects discriminatoires envers les habitantEs de caravane que le législateur nomme sans vergogne « gens du voyage ». Confirme t-elle, dans sa forme, le droit que possèdent les élus à choisir qui a le droit de vivre sur son territoire ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y a pas « d’après la loi Alur » : aucun décret n’est tombé. Les assos sont maintenant définitivement exclues du débat depuis le départ de Cécile Duflot, les collectivités s’empressent de créer leur documents d’urbanisme, comme d’habitude en essayant d’exclure une partie de leur population, en la rendant illégale sur leur territoire, en rivalisant de zèle et en sautant sur toutes les occasions pour organiser sa chasse aux plus modestes... Les arguments écolos deviennent les principaux ennemis des installations spontanées, celles-ci devenant les fautives de la disparition des espaces agricoles, les malpropres qui détériorent le paysage par leur unique présence...

Nous nous appuierons entre autre sur l’exemple de l’agglo du Havre (la codah), sur sa posture, ses décisions en matière d’habitat léger et sur les affreux débats que nous avons entendus sur les bancs des législateurs. Nous essaierons de les rencontrer pour parler de futur/bonnes pratiques...


LUNDI 25 AOÛT 2014

10h00 Atelier 3 : L’HABITAT PARTICIPATIF : avant garde ou concept bobo et gentrifieur ?

Au sujet de l’habitat participatif. Un vaste débat est en cours pour définir un concept flou et qui par ce fait contribue à ne pas poser les vrais questions.

Il n’existe pas de définition officielle de l’habitat participatif. Certains le caractérisent par « la mobilisation des habitants dans la production ou la coproduction de leur cadre de vie et leur implication dans la gestion courante et ordinaire du patrimoine qu’ils occupent ». Il n’existe pas plus de 20 000 personnes concernées par les projets d’habitats qui ont défrayés la chronique pendant toute la période l’élaboration de la loi ALUR. Le grand sujet a surtout été de savoir comment devenir propriétaire d’un morceau collectif et concerne, en très grande majorité, une population au statut social élevé. Par contre, le gouvernement a recensé 16 949 personnes vivant dans des campements illicites en été 2013. C’est un chiffre étonnamment précis lorsqu’on sait l’obligation de se cacher pour les personnes concernées. Quand bien même... disons 20 000 autres personnes qui participent elles aussi à l’élaboration de leur habitat, dont la principale crainte est de se voir expulsée et qui n’a pas la voix au chapitre. Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, la situation ne s’est pas arrangée. Entre 2012 et 2013, le nombre d’expulsions de campements a doublé. Les procès pour les yourtes, cabanes... sont de plus en plus durs à gagner et l’État fait de plus en plus appel lorsqu’il perd en première instance. Les installations spontanées par choix ou nécessité ne sont elles pas pourtant concernées pas cette définition ?

Nous ferons un rappel historique sur la pérennisation de l’habitat provisoire d’après guerre au Havre. Est-il risqué de faire un parallèle entre des bombardements ou des catastrophes naturelles et la spéculation immobilière lorsque les conséquences sont les mêmes ? Pourtant les mesures ne suivent pas...


14h Atelier 4 : COMMERCE AMBULANT, TRAVAILLEURS MOBILES, ÉCONOMIE INFORMELLE.

Le commerce ambulant, la situation des travailleurs mobiles, évolution, état des lieux. Le lien est évidement direct avec l’habitat mobile ou éphémère. Une analyse du contexte sous un regard d’économistes, de sociologues sera sûrement très utile pour nous aider comprendre les mécanismes. Entre le monde que nous souhaiterions voir et les réalités de celui-ci, quelles forces devrions nous déployer ?

Nous ouvrirons également les questions de l’économie informelle fortement criminalisée, en France et plus largement en Europe. Les travaux d’Échelle Inconnue en Russie pourront nous servir d’exemple...


En soirée : Echelle Inconnue présentera une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie et présentera une vidéo réalisée en Russie.

Mardi 26

Il est important que nous sortions de ces journées avec les idées un peu plus claires et de définir quelques objectifs opérationnels pour l’année à venir. - proposition d’organisation - projets à mener


Mercredi 27

Pour celles et ceux qui pourront rester, HALEM est un outil qu’il faut huiler, entretenir, animer, rendre efficace. Il est possible de rejoindre celles et ceux qui s’y attellent en restant un jour de plus et en proposant, par exemple, de faire partie du « groupe animation du réseau », que nous appelons Conseil d’Animation ou de devenir une personne ressource de l’association.


Renseignements pratiques :

LIEU : Parc proche de la Mairie d'Harfleur (76) - Possibilité de garer son véhicule habitable (camion, caravane...)

Dates : du 24 au 27 août 2014

Plus d'informations sur HALEM : http://www.halemfrance.org/

Retrouvez Echelle Inconnue sur Twitter : @EchelleInconnue

♦ Au bord de la Seine... Être âgé de plus de 70 ans, habiter dans une caravane et ne pas avoir l'eau courante, c'est encore possible en France !

Il y a un mois, nous avions déjà pris cette route et rencontré un plaisancier à la retraite. Les mains dans le cambouis ce jour-là, nous revenons un peu sur nos pas et rencontrons un autre habitant de la rue. Monsieur R. profite du soleil à l'ombre de son parasol. Devant lui de nombreuses fleurs. Derrière, une cabane en bois abrite une caravane. Sur sa droite, derrière une petite haie, son jardin potager.

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♦ Au bord de la Seine... Construire, oui, mais sous le sol s'il vous plait !

Toujours installés dans notre twingo, nous poursuivons notre repérage de la mobilité sur les bords de la Seine. Au bord de la route, au-delà d'une haie fleurie, caravanes et cabane se laissent apercevoir. Monsieur C. nous accueille. Il est élagueur.

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♦ Au bord de la Seine... Rencontre avec un voyageur

Nous poursuivons. L'idée est de trouver le terrain que nous voyons depuis le train. Nous sommes dans une des boucles de la Seine, et avons un peu de mal à nous orienter... Enfin le voici. Monsieur Sabo est devant son camion, il prépare le départ de la famille. Il nous invite à entrer sur son terrain, nous fait visiter son camion, puis sa maison.

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♦ Au bord de la Seine... « Les chevaux ont le droit d'habiter dedans, nous non !»

Nous poursuivons le repérage le long de la Seine, un peu avant et un peu après Vernon. La Twingo, toujours en mode 4x4, roule à travers champs... Sur un terrain, à droite, des camions, des caravanes et un chalet...

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♦ Demandez l'journal ! Mais j'te connais toi !

C'est la tournée. Redistribuer le journal à ceux qui l'ont fait naître.

En voiture, journal à la main, nous relions les points de la carte de la ville mobile que le cadastre oblitère. Mais celle-ci a déjà changé. Les points s'en sont déplacés : chassés ou sur le point de l'être par la ville officielle en cette période préparative de noce électorale. C'est encore sur la carte mouvante des déplacés que nous marchons, carte de la fuite ou de l’échappée vers l'espace qui reste. En reliant ses points, nous la redessinons.

Nous filons sur la déchetterie ; repérons l'entrée du terrain toléré grâce aux poubelles installées en face. Chose neuve, une pancarte peinte à la main annonce :

« rempailleur de chaise 06 .. .. .. .. »

Le terrain n'a pas changé, rectangle de terre boueux qui ne semble pas avoir séché depuis presque un an. La voiture rebondie dans les ornières. Nous cherchons Nito et Timothée. Personne ne sait. On nous oriente vers une caravane voisine : « mais ils sont en bâtiments maintenant ! » On ne reconnaît personne. Plusieurs nouvelles caravanes se sont installées ici, chassées de la place qu'elles occupaient derrière la poste par la municipalité sans doute soucieuse de marquer d'un geste ferme le début de la campagne électorale. Elles sont maintenant ici, quatre, cinq, plus peut-être, les pneus plantés dans la boue du terrain vague exsudant le noir de sa sève de polluée.

« Nito et Timothé ? Tiens voilà sa mère qui arrive ! »

Elle cherche dans le journal le visage de son fils dont elle ne reconnaît d'abord pas le portrait. Elle demande un exemplaire supplémentaire pour elle. Elle est en visite et vit actuellement en HLM « pour l'hiver seulement ! J'ai gardé ma camping chez des amis. C'est juste pour l'hiver. Le HLM c'est vraiment pas mon genre, non ! »

Nous contournons la ville par ses voies rapides pour relier les terrains familiaux qui, avec leur hautes barrières et leur haies, constituent comme un prolongement naturel des parcelles pavillonnaires voisines. Ce n'est que sur la pointe des pieds, la vue au dessus de la barrière, qu'on les repère à leur petit bâtiment de bois ou de maçonnerie posé sur la parcelle de gravillons qui cumulent l'avantage de ne pas voir les caravanes s'enfoncer dans la boue en hiver à celui de dégager moins de chaleur que le bitume en été. Les terrains sont vides, nous postons les journaux dans les boîtes aux lettres.

Au retour, au détour d'un carrefour, émergent des hautes herbes entourant le parking d'une ZAC, une dizaines de caravanes.

« hé toi ! J'te connais ! »

Les mains se tendent. Sous la casquette à carreaux enfoncée : les yeux, la barbe et le sourire de Minette que nous n'avons décidément pas fini de faire rire. Au journal tendu il répond par un autre sourire et un haussement d'épaule qui signe l'impuissance. « vous savez bien que nous autres on sait pas bien lire ! » Ils raconte son école chez les Gadgé : « on nous jetait un crayon à papier et une feuille pas plus grande que ça. Comment voulez-vous qu'on ait appris ? » La petite feuille, le crayon : l'os à ronger que l'école républicaine leur jetait en signe de renoncement à ses devoirs, l'esprit en paix. « c'était l'époque du carnet, le grand, après on a eu le petit » diminution de la pièce d'identité raciste comme un allègement de la peine. Mais rien n'a vraiment changé. Son père, un gaillard qui meurt jeune. « il a fait la guerre pourtant ! Mais ils ne lui ont jamais versé sa pension militaire. » « on était une grande famille avant... enfin on serait une grande famille s'ils ne les avaient pas tous brûlés... les camps, les arrestations par la police et la gendarmerie française... » le père aussi, mais mort plus tard, alors seul avec sa mère, Minette travaille au port. « c'était pas facile » Il redit travailler au port comme un signe clair de son ancrage ici, comme la légitimité de sa place sur ce territoire, ici, à Dieppe. C'est au port, à côté qu'on se rencontrait la première fois. Maintenant, il est ici. « s'ils nous chassent, on ira ailleurs » Pourquoi ici ? Il montre l'évidence du gris du ciel et du sol bitumé. « à cause de l'hiver. Quand il pleut, faut être sur un sol sec, sinon c'est la boue. Mais en été c'est trop chaud il faut se poser sur de l'herbe.

On parle du film en première étape de réalisation. A notre première entrevue, Minette ne voulait pas être enregistré « on parle pas bien nous autres ! » là, il montre sa parka imperméable jaune fluorescente haute visibilité nécessairement tâchée puisqu'il travaille avec. « vous avez vu comme on est joli ? » Il ne veut pas être filmé.

« Et puis vous êtes des genres de journalistes ? Non ? Parce qu'on en a vu plein déjà. Mais à chaque fois, s'ils prennent une photo, ils prennent les poubelles. Même si ils savent que ça va partir juste après. » Il montre un tas en attente derrière la caravane : son travail en somme, quelques palettes que quelqu'un viendra chercher et quelques objets chinés pour la ferraille, morceaux de grillage, carcasse de lave linge qui, une fois démontés trouverons preneur chez un ferrailleur. Bientôt, tout partira mais les photo-journalistes semblent habités du génie de la poubelle.

Mais ses fils veulent voir le film et que l'on vienne le projeter ici. Minette parle alors des grands parents qui faisaient des projection de cinéma, la famille de sa femme et une autre femme dont les parents étaient circassiens. Sa femme a conservé des photos de cette époque. Nous repasserons mais Minette n'aime pas laisser son numéro à n'importe qui... alors il suffira de le chercher s'ils se font chasser d'ici. Il nous lance son salut "Latcho deves!"

Nous repartons en direction du relais motard et, arrivant nous manquons de reconnaître le patron affairé à la mécanique d'une voiture devant l'atelier public de l'entrée. « ça va ? Non ! » et il montre le camping désert. « rien ! Pas une réservation ! Même pas pour cet été ! » c'est compliqué. Ces projets d'aménagement ? Oubliés. En perspective ? La clef sous la porte. Le « soleil amer » du camping semble l'engloutir.

Nous contournons de nouveau la ville pour atteindre la ferme Huchet. Arrivés au lotissement de caravane et de chalets, tous les regards se tourne vers la voiture étrangère. Notre connaissance est là, dans son chalet entouré du jardin propret. Le mobile-home posé sur sa pelouse de gravillon. Embusqués entre les rosiers, des nains de jardins le surveillent ou montent la garde devant le potager qu'ils délimitent. Nous convenons d'un soir pour visionner le film chez lui avant son départ en retraite.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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