makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Moscou. Nous marchons sur Shanghaï ! Épisode 1 « Ça fait longtemps que je vous attendais ! »

L’obscurité colle à la peau de la ville foraine. Méconnue, elle est l’espace fantasmé du crime comme du mystère. La ville foraine russe et ses espaces de garages, de wagons ou containers comme de kiosques et de marchés n’échappent pas à la règle.

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♦ Après la fête...

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♦ Acte I scène 2 de cette pièce trop souvent jouée

Retour sur le quartier de Couronne prolongée où l'état de guerre déclaré par la ville est aujourd'hui visible. Le 25 mars dernier, les premiers voyageurs du terrain des graviers, aire d'accueil illicite tolérée par la ville jusqu'à ce que les terrains de la rue de Couronne ne deviennent intéressants en terme d'expansion urbaine, ont intégré leurs logements dans le village de stabilisation conçu pour eux, dans une autre poche de fragilité urbaine, entre voies ferrées et industries. La police municipale qui jusqu'alors ignorait ce quartier y passe désormais trois fois par jour. Le jour de leur départ, les tractopelles se sont activées à massacrer la première moitié de ce terrain, afin que personne ne puisse s'y réinstaller. Acte I scène 2 d'une comédie trop souvent jouée.


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♦ Carnet de bord #6 - Construction d'une cabane





Détruire versus construire

♦ Carnet de bord #4 - Le relogement partiel et partial

L'expulsion du bidonville du Platz au Havre a conduit les pouvoirs publics à faire des propositions de relogement à 3 familles au lieu de 5. Comment ces familles ont-elles été choisies ? Un jeu de roulette russe contemporain sans doute, ayant pour conséquence un retour à la rue pour Sever. Il faisait parti des 5 familles relogées, avant que la préfecture n'en décide autrement. Il a souhaité le dire :



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♦ Carnet de bord #2 - le droit à l'habiter !

L’abri, qu’il soit solide et permanent, en dur ou non, mobile ou non, précaire ou protégé et garanti, semble bien être un invariant anthropologique. Le lieu de l’habitat est culturellement (en particulier quand on en est propriétaire) entendu comme la marque et la forme de l'indépendance. Son caractère clos et souvent enceint, en particulier dans le cas d'une villa et d'un pavillon, isole, protège et fournit cette quasi illusion d'indépendance. Cependant ce lieu est inclus dans une logique complexe de services et de biens communs. Il est raccordé à des réseaux dont il n'est que l'usager pour ne pas dire le locataire (réseau d'eau, d'électricité, de téléphone, etc.) Il est, depuis l'après-guerre, quasi systématiquement « pluggé », c'est à dire branché ou connecté à ses services, ou tend à l'être. La ville, ou du moins son aménagement entendu au sens large, lui est nécessaire. Pour tous, il est alors nécessaire de se raccorder.



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♦ Carnet de l'insensé républicain #4 - Ce qu'il reste du Platz

3 mois après l'expulsion du Platz, le terrain est toujours là, vide. Un projet de caserne devrait voir le jour d'ici 5 à 10 ans. Temps pendant lequel le terrain ne peut être construit. Temps pendant lequel le terrain devrait se dépolluer.





A rabattre l'ensemble des raisons qui pourraient conduire des familles à la rue, il est difficile d'y entrevoir une logique. En revanche celles mises en œuvre pour que le terrain reste sans âme et sans vie est inscrite depuis des décennies dans les manuels d'urbanisme. Haussmann et avant lui Napoléon utilisaient déjà les mêmes logiques. Détruire pour rendre visible. La transparence, comme sécurisation d'un lieu. Ici, des murs d'enceinte tombés, qui entouraient le Platz, ont poussé de grandes grilles vertes, laissant filtrer le regard et empêchant d'y adosser des cabanes. Au risque que d'autres, motorisés cette fois, puissent un jour s'y installer également, de grosses pierres noires ont été déposées tout les mètres, comme précaution supplémentaire.
Ces raisons ont un coût. Expulser et maintenir un lieu vide de toute tentative de vie coutent cher à nos institutions.

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♦ Carnet de chantier #6 - Réaliser un bloc sanitaire composé de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure

Les habitants du Platz (bidonville rrom du Havre), après maintes demandes infructueuses aux institutions, ont souhaité réaliser des toilettes. Le terrain occupé par les 87 personnes n'offrant pas d'accès à l'eau et à l'électricité, nous avons ensemble opté pour des toilettes sèches, dont le contenu serait vidé dans une sorte de fosse construite à cet effet (en palette également), sur le terrain jouxtant le quartier.

Au vu des expulsions auxquels sont soumis les habitants de quartiers comme celui du Platz, nous avons conçu ce bloc sanitaire démontable et remontable avec seulement un tournevis, un marteau et du barnier.

Vous trouverez dans les fiches de construction, les différentes étapes de réalisation des blocs sanitaires qui ont vu le jour sur le Platz, composé chacun de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure.

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♦ carnet de chantier #4 - danser c'est resister ?

Un vernissage ? Pour des toilettes ? La petite ourse au téléphone en rit encore. Nous aussi, nous rions ce soir entre nos murs. La fête se prépare.

Peu avant Ioan et Christy riant aussi devant le premier bloc sanitaire assemblé et coiffé de sa toile. Ils font des gestes, répètent en roumain un mot que nous ne comprenons pas. Tour à tour, ils désignent le bloc et font des signes. On devine des roues, des chevaux... Une roulotte ! Oui ! Les toilettes nomades ressemblent à une roulotte. Nos mots communs sont trop rare pour savoir ce que ce véhicule habitable évoque pour eux.

Notre tente est vidée pour se transformer en salle de projection foraine.

Depuis le milieu de l'après-midi déjà les membres du comité de soutien arrivent peu à peu avec brasero, boissons et nourriture, solidarité, pour eux, usuelle. Il y en eu d'autres, pendant ce chantier, de la voisine qui offre l'électricité et nous laisse tirer une improbable ligne de chez elle à notre enclave coupée de tous réseaux, à cette entreprise et ses salariés offrant et aidant à charger les palettes dans notre camion, en passant par ce menuisier qui fournit à discrétion la sciure de bois nécessaire au fonctionnement des toilettes que Madalin apporte en grands sacs jusqu'ici, ou les nombreux traducteurs qui se sont proposés pour traduire bénévolement le film.

Le bois a à peine fini d'absorber l'huile de lin que les enfants étrennent les sièges.

Le brasero fume, les invités arrivent, nous faisons le tour des installations. Carmen, la voix off roumaine du film que nous présentons, fait l'interprète. Ioan a encore des questions quant au fonctionnement des toilettes. Nous expliquons, discutons.

Christy nous abandonne pour entrer dans la tente. "Moi, je vais regarder la télévision! " Nombreux sont ceux qui entrent aussi et regardent, sous le crayon d'Onofrei, se dessiner la vie et la mort du bidonville de la Soie à Villeurbanne.

Pour couvrir l'encore lointain bourdonnement des pelleteuses, nous dansons jusque tard dans la nuit au son d'un lecteur Mp3 en forme de voiture miniature.

♦ Carnet de chantier #3 - « Après la sélection, c'est l'extermination » Armand Gatti

Dernier jour du chantier. Ils arrivent à deux, entrent dans notre tente. Il veulent une table. Pourquoi ? Un recensement, un accompagnement, une mission de la préfecture. La table est sortie, montée, ils demandent une nappe, s'installent. Eux, ce sont un employé de l'association femmes et familles en difficulté (AFFD) et un interprète Roumain.

Ils s'installent.

Et soudain, semble se recomposer sous nos yeux l'image d'un bureau de campagne de l'état civile ou de la conscription installé par l'administration coloniale.

Les habitants du bidonville sont invités à se présenter à cette table muni de leur passeport. Là, sur un cahier d'écolier, il écrit ce que son traducteur traduit. Il pose des questions aussi : « il vient d'où ? Il est arrivé quand ? Qu'est-ce qu'il sait faire comme métier ? ». Il est méfiant (on ne la lui fait pas à lui) « Comment ça t'es arrivé il y a trois mois ? Alors que t'étais à Ris il y un an ?! » Il nous dit qu'il est ici pour mettre en place des parcours d'accompagnement, mais qu'il ne faut pas se voiler la face ; il y a des problèmes ici, des trafics d'enfants... Son petit travail continu.

Par hasard sans doute, une voiture de police se gare à l'entrée du terrain. Trois hommes en uniforme en descendent. A la légère différence d'âge et de tenue, on en déduit qu'un des trois est un gradé. Ils répondent au bonjour mais n'en adressent aucun. A leur approche, le traducteur roumain se lève, leur serre la main tout sourire et se fait un devoir de leur donner tous les détails concernant le nombre de famille et d'enfants (qu'il a du mal à évaluer). Le gradé trouve qu'il y a beaucoup plus de monde qu'il y a quinze jours. Nous pas.

Ils tournent un peu, regardent de loin, comptent, s'approchent de nos constructions, s'interrogent.

A la table, le petit travail de comptage en vue de la sélection se poursuit, glaçant. Le désemparement, la confiance et l'espoir des habitants est tel, qu'ils se présentent tous spontanément, passeport à la main.

Une phrase de Gatti tourne en tête et refuse d'être chassée. Une phrase qui fait pont entre ici, maintenant et l'Europe des années 40.

♦ carnet de chantier #2 aménager l'enfer

Les palettes reposent en piles au milieu du bidonville. Une équipe dépointe celles qui sont hors norme. Le père de Ioan malgré ses blessures à peine cicatrisées à l'abdomen et au bras donne la main, pose sa hache sous le pied de biche pour faire levier, place les palettes pour rendre plus aisé le démontage. Ironie grinçante, par quelques mots et gestes il explique qu'en Roumanie il travaillait dans une usine de palettes. Celles qu'il dépointe ici pour aménager et assainir la précarité sont-elles de celles qu'il a monté là-bas ? à l'autre bout de l'Europe ? Auquel cas le voyage de ces pièces de bois semble bien plus léger que celui des hommes.

Le groupe électrogène posé, les outils sortis, Ioan et Christi s'activent. Nous confirmons ensemble l'emplacement du premier bloc sanitaire. Posons les premières palettes qui servirons de plancher. S'en suit une longue discussion autour du mode d'assemblage. Nous proposons de joindre les palettes à l'aide d'un système de mortaises et d’agrafes en fer à béton afin de rendre plus aisé le démontage en cas d'expulsion. Ils y croient visiblement peu et préfèreraient pointer l'ensemble comme il le font pour leur baraques. Les femmes du platz nous apportent régulièrement du café noir chaud ou froid. Nous tentons avec plus ou moins de douceur et de succès d'éloigner les enfants attirés par le matériel électro-portatif. On nous offre un canapé convertible pour agrémenter l'intérieur de notre logement provisoire et remplacer nos incommodes civières. Nous scions, perçons. Une langue commune nous manque pour échanger avec Ioan, Chriti et Madalin qui construisent avec nous alors nous dessinons. Le chantier c'est parler.

L'assemblage avance vite.

L'administration comme à son habitude a déjà depuis quelque temps amorcé la sélection des "bon Rroms" creusant un fossé entre les habitants du bidonville, les divisant. Même si pour beaucoup notre présence et surtout l'installation de sanitaire est souhaitée, d'autres regardent du coin de l’œil la présence de ces gadgés constructeurs jouant aux campeurs. D'autres encore préfèreraient voir des toilettes municipaux s'installer ; nous aussi.

Après une autre discussion l'emplacement du deuxième bloc est enfin choisi. Chriti et Ioan se consacrent à sa construction délaissant le premier. Le fossé administratif fonctionne et devient palpable. "si les autres veulent des toilettes, qu'ils participent au chantier!"

Des bénévoles nous ont rejoint et prêtent la main à l'installation des affiches sur le mur d'enceinte. Nous désirions les poser à l'extérieur comme une vitrine de la "normalité" d'ici, mais les pressions policières et les menaces font que personne ne veut se voir affiché au grand jour. Nous restons alors pour l'instant de ce côté du mur, frontière intérieure, provisoire et instable de ces Européens non autorisés à circuler librement ; nouvelle enclave dans ce Havre qui a vu le port quitter ses murs pour se réfugier derrière des grilles sensées protéger le commerce maritime de container, de possible infiltrations terroriste, à moins qu'il ne s'agisse d'une nouvelle frontière cantonnant les marins extra européens hors sol.

Ignorant l'expulsion imminente, la conjurant, nous continuons de croire au havre de nos murs et le construisons, collectivement.

♦ Equipement public nomade

Nous le constations à Dieppe, à Villeurbanne, au Havre. Le chantier urbain, depuis le XIXe siècle, expulse, appelle, génère, tour à tour ou simultanément, les mobiles ou la mobilité. Violence folle et désordonnée sous le masque de l'ordre. Difficile de croire qu'il puisse en être autrement.

Nous n'aménageons pas l'enfer. Nous tentons d'équiper la survie de cette urbanité condamnée à la fuite tant que les pouvoirs publics n'auront compris l'évidence de sa nécessité, l'évidence aussi de l'espace disponible qu'ils produise et dont, sur de longues périodes ils ne font rien. Tant qu'ils n'auront compris que l'accompagnement de ces urbanités auto-construites ou la simple bienveillance envers elles font parfois davantage que leur chirurgie au bulldozer.

Depuis plusieurs semaines nous rencontrons les habitants de cette urbanité qui fuit. Ensembles nous essayons de la dire au dessus des murs sourds. Aujourd'hui nous en outillons la fuite. Et puisqu'on ne peut déménager d'un bidonville faisons en sorte qu'il devienne mobile.

(image 3D de toilettes sèches mobiles)

♦ « On est Manouche ! Voyageur même, carrément ! »

Nito et Timothée sont nos voisins. Depuis quelques jours, nous les voyons passer derrière le grillage et les grilles de nos fenêtres, avec leurs vélos équipés de remorques, rejoignant les caravanes posées sur ce terrain près de la déchetterie. Ici comme ailleurs, ça se vérifie, pour trouver un terrain de voyageurs, cherchez le pire : souvent entre la voie ferrée et la déchetterie. Ici, c'est entre celle-ci, la rivière et une entreprise de polissage de métaux qu'on les trouvent. Non pas que la proximité leur permette de pratiquer leur activité de récupérateurs de métaux, mais surtout, parce que c'est souvent les derniers lieux où on les laisse en paix.

Ce n'est que plusieurs jours après que nous les rencontrons, à l'autre bout de la ville. Assis en rendez-vous, nous sommes surpris d'entendre, comme à quelques mètres, une musique à plein volume. Un auto radio ? Un concert ? Un barbecue qui s'improvise ? Non, un étrange dispositif : vélo, carriole avec, entre les planches, un branchement complexe de batterie de voiture, transformateur, lecteur cd et une énorme enceinte. À travers la fenêtre nous reconnaissons nos voisins. Ils s'accrochent au rebord. « On est Manouche ! Voyageur, même carrément ». C'est ainsi qu'ils traversent la ville quand ils ne font pas de la ferraille ou n'aident pas un membre de la famille à tailler une haie, volume à fond. « L'autre fois on a même gagné vingt euros ! »

Nito et sa famille viennent d'Amiens. Il construisait déjà ces dispositifs sonores à l'époque sur des vélos, des scooters. Il est sur cette « place » depuis 5 ans. Possède depuis peu sa camping, attend une voiture sans permis et rêve d'accrocher avec sa sœur pour Marseille et y rester quelques mois. Il parle aussi du tatouage qu'il veut se faire sur le bras : un hérisson (le niglo symbole des voyageurs) avec des gants de boxe ou une mitraillette.

♦ LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE RESTE.

C'est au Café de l'Avenir qu'on nous conseille de rencontrer Minette, l’aîné de la famille installée sur le terrain vague à quelques mètres du bar, face aux entrepôts sans vie du port. Le terrain est bordé de talus faits de remblais, mesure traditionnelle d'empêchement, interdisant l’accès des caravanes. Au milieu cependant, une brèche par laquelle l'automobiliste attentif peut entrevoir une cabane au toit bâché et une dizaine de caravanes.

Chemin de terre, Les chiens aboient grognent et approchent. Trois femmes sortent de la camping, retiennent les chiens. Celui que je cherche ?

« vous voyez la caravane avec les fenêtres ouvertes là bas ? C'est la sienne »

Deux hommes, venant du fond du terrain, approchent sur le chemin.

« Ah vous voulez savoir comment on vit quoi ! »

« Bah c'est toujours pareil, on ne peut rester nulle part.

Il désigne les entrepôts du port.

« J'ai travaillé là pendant trente ans comme docker. On déchargeait les fruits, les bananes. On était payé tous les vendredi soir. Et puis il n'y a plus eu de travail. Ça fait des années qu'on est là, sur ce terrain sans eau ni électricité. »

« Alors on se débrouille, on achète des pack d'eau au super marché. Pour l'électricité on se branche sur les batteries des camions. On doit bouger tout le temps, on ne nous donne pas d'autorisation. C'était mieux à l'époque des roulottes, des chevaux : Au moins on pouvait laisser les bêtes manger sur les bas côté puisque ça n'appartient à personne. A Dieppe, il y a un projet d'aire d'accueil mais on l'attend toujours. On aimerait bien avoir un terrain pour l'hiver avec eau et électricité. Mais visiblement même si certains en ont eue ce n'est par pour nous...»

Un fourgon Peugeot entre sur le terrain et passe devant nous.

« C'est lui que vous cherchez, c'est Minette »

« Il vient d'acheter ce camion »

« Avec celui-là, il est parti pour vingt ans ! »

« vingt ans ? Faut l'dire vite, moi j'ai dû changer tous les pignons de la boîte de vitesse, tout seul. Vous savez, on le prête aux enfants, ils conduisent nerveusement et la boîte casse »

Minette vient de se garer. Il parle et bien. « On est ici depuis quatre jours. Il y a une mission évangélique en ce moment, à Martin-Église, il y a déjà cent vingt caravanes là bas. Ça coûte quarante euros la semaine. Il y a l'eau et l'électricité. Mais il n'y a plus de place alors on est revenu ici. » Ici, ce n'est pas un terrain communal. C'est un terrain privé. « On est toléré. » « Les rapports avec la police ? » « Aucun mais elle passe tous les soirs pour relever les plaques. » Tolérés mais surveillés en somme. « Vous croyez qu'ils nous laisseraient nous installer en face le long des docks ? Non ! » On ne peut pas s'installer autre part Pas d'eau, pas d'électricité mais des rats, et des beaux ! Au fond, à l'ombre des bosquets, derrière les caravanes, des cages sont alignées. « On a acheté des chats pour les éloigner. Vous voyez les cages là bas, la journée, on les enferme et on les relâche le soir pour éviter que les rats montent dans les campings »

Il y a aujourd'hui neuf familles sur le terrain. Lui aussi insiste. « ça fait 40 ans que je suis là. Je me suis fait embaucher comme docker à 16 ans et demi puis le port a fermé alors on est devenus forains. Mais avec les taxes, on ne s'en sort pas. Mes parents, mes grands parents étaient déjà ici. A l'époque ils faisaient de la vannerie. » Deux, trois ou quatre générations à Dieppe ou dans les environs. Dieppois en somme et pourtant... Dire ça dans un micro ? Ça ne lui dit vraiment rien il est pourtant passé deux fois à la télé. « Les gens nous connaissent ici. » tout ça ne serait donc pas une question d'ignorance ?

« On doit bouger tout le temps, on a des autorisation mais de deux ou quatre jours. Parfois d'autres viennent sur le terrain et on est obligé de partir pour éviter les ennuis. » Il connaît les lieux accueillants ou plutôt refuges : le camp de transit, où il a vécu, le terrain près de la déchetterie aussi. « Il est infesté de rats. Toute la fumée de l'incinérateur retombait sur nous. Il y a eu un enfant mort de méningite et des cas de thyroïde. Y'en a qui sont venus de loin pour faire des prélèvements. Ils portaient des combinaisons. Ils nous ont dit qu'il fallait partir tout de suite. Il y a de tout là dessous ! »

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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