makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Carnet de bord #2 - le droit à l'habiter !

L’abri, qu’il soit solide et permanent, en dur ou non, mobile ou non, précaire ou protégé et garanti, semble bien être un invariant anthropologique. Le lieu de l’habitat est culturellement (en particulier quand on en est propriétaire) entendu comme la marque et la forme de l'indépendance. Son caractère clos et souvent enceint, en particulier dans le cas d'une villa et d'un pavillon, isole, protège et fournit cette quasi illusion d'indépendance. Cependant ce lieu est inclus dans une logique complexe de services et de biens communs. Il est raccordé à des réseaux dont il n'est que l'usager pour ne pas dire le locataire (réseau d'eau, d'électricité, de téléphone, etc.) Il est, depuis l'après-guerre, quasi systématiquement « pluggé », c'est à dire branché ou connecté à ses services, ou tend à l'être. La ville, ou du moins son aménagement entendu au sens large, lui est nécessaire. Pour tous, il est alors nécessaire de se raccorder.



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♦ Carnet de bord #1 - la maison d'Air Liquide

En septembre une grande partie des familles se regroupent à "Air Liquide".




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♦ carnet de l'insensé républicain #2

Il faut imaginer une scène de guerre, une « ville (ou un morceau de celle-ci) détruite par des hommes en uniforme ». Au milieu, deux frêles édifices de toile, de fils et de bois encore intactes.

On se plairait alors à croire à un miracle, à un filtre protecteur et mystérieux de légende grecs.

Non, juste l'insensé, encore.

Ces uniformes déjà venus compter les corps à évacuer, corps de femmes, corps de vieillards, d'hommes et d'enfants sont revenus au petit matin, comme il se doit, pour procéder. A la porte cependant ils rassurent « Echelle Inconnue, on connaît... On ne touche pas aux toilettes sèches... On ne touche pas à une œuvre d'art, ordre du préfet ! »

Ainsi, habitations, meubles de fortunes, poêles à bois fabriqués à grand renfort d'ingéniosité détruits, réduits en un fracas de planches, de bâches et de tôles que déjà d'autre pauvres viennent piller pour les revendre au ferrailleur d'à côté ; les corps ont été évacués, le reste suivra, mais les toilettes restent debout « ordre du préfet » qui, il est vrai, avait jeté son accord pour leur installation. Merci citoyen !

Le reste s'évacue donc à petites brassées tout comme les corps, pas très loin, jetés là, dans un square, où les familles perdues passerons leur deuxième nuit à la belle étoile. La préfecture joue au peintre de genre : scène pittoresque et toute XIXe du campement de bohémien. Car ici on détruit des quartiers auto-construits pour créer des campements, des vrais, sur un bout de trottoir.

Insensé !

Comme ces délégations ministérielles qui ne peuvent que soumettre ou proposer à des sous-préfets, véritables monarques en leur royaumes, des solutions sensées.

Insensé !

Comme ces propriétaires du terrain dévasté qui viendront demain nous accompagner pour que nous de soyons pas inquiétés par les ouvriers en charge de l'ultime déblaiement.

Il y a les "clients" de l'administration, de l'état, que l'on nous montre à longueur de colonnes et de JT fondant sur les bidonvilles pour en chasser l'envahisseur. Portrait robot médiatique du citoyen, vite démenti quand on s'y attarde ou que l'on prend la peine d'écouter ces chefs d'entreprise et leur employés sélectionnant le matériel de construction pour le bidonville et aidant à le charger dans le camion, cette voisine qui « prête » son électricité pour que l'on puisse organiser des projections, cette autre, qui le soir de l'expulsion nous invite à une visite guidée du quartier de l'Eure pour nous faire découvrir les lieux où les familles pourraient s'installer au cri riant de "il y a beaucoup d’opportunités ici!"

Mais voilà, l'insensé mariage du bulldozer et de l'uniforme célèbre les noces sur les gravas. Son bruit couvre le bon sens. Dormant à la belle étoile, les familles sortent des problématiques de logements pour entrer dans celles de la circulation et du code de la route. Les polices passent, demandent de bouger, circuler, évacuer, juste un peu loin, sur un espace qui ne soit pas de leur ressort « car vous savez, on ne fait pas ça de gaieté de cœur. Et on sait bien, il n'y a pas solution. Et puis si les autres passent, ce sera une autre histoire ! » Un peu plus loin donc, hors de la ville et ses pouvoirs de police, sur un autre espace institutionnel, « pourquoi pas le port ? Ou alors les marais ? » Le port autonome ou la réserve naturelle sauront bien s'en débrouiller.

Manière insensée de les remettre toujours en mouvement.

♦ Carnet de chantier #6 - Réaliser un bloc sanitaire composé de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure

Les habitants du Platz (bidonville rrom du Havre), après maintes demandes infructueuses aux institutions, ont souhaité réaliser des toilettes. Le terrain occupé par les 87 personnes n'offrant pas d'accès à l'eau et à l'électricité, nous avons ensemble opté pour des toilettes sèches, dont le contenu serait vidé dans une sorte de fosse construite à cet effet (en palette également), sur le terrain jouxtant le quartier.

Au vu des expulsions auxquels sont soumis les habitants de quartiers comme celui du Platz, nous avons conçu ce bloc sanitaire démontable et remontable avec seulement un tournevis, un marteau et du barnier.

Vous trouverez dans les fiches de construction, les différentes étapes de réalisation des blocs sanitaires qui ont vu le jour sur le Platz, composé chacun de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure.

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♦ Sanitaires nomades fiche technique

nous avons conçu ce bloc sanitaire démontable et remontable avec seulement un tournevis, un marteau et du barnier.

Vous trouverez dans les fiches de construction, les différentes étapes de réalisation des blocs sanitaires qui ont vu le jour sur le Platz, composé chacun de deux toilettes et d'une zone de stockage de la sciure.

♦ carnet de chantier #4 - danser c'est resister ?

Un vernissage ? Pour des toilettes ? La petite ourse au téléphone en rit encore. Nous aussi, nous rions ce soir entre nos murs. La fête se prépare.

Peu avant Ioan et Christy riant aussi devant le premier bloc sanitaire assemblé et coiffé de sa toile. Ils font des gestes, répètent en roumain un mot que nous ne comprenons pas. Tour à tour, ils désignent le bloc et font des signes. On devine des roues, des chevaux... Une roulotte ! Oui ! Les toilettes nomades ressemblent à une roulotte. Nos mots communs sont trop rare pour savoir ce que ce véhicule habitable évoque pour eux.

Notre tente est vidée pour se transformer en salle de projection foraine.

Depuis le milieu de l'après-midi déjà les membres du comité de soutien arrivent peu à peu avec brasero, boissons et nourriture, solidarité, pour eux, usuelle. Il y en eu d'autres, pendant ce chantier, de la voisine qui offre l'électricité et nous laisse tirer une improbable ligne de chez elle à notre enclave coupée de tous réseaux, à cette entreprise et ses salariés offrant et aidant à charger les palettes dans notre camion, en passant par ce menuisier qui fournit à discrétion la sciure de bois nécessaire au fonctionnement des toilettes que Madalin apporte en grands sacs jusqu'ici, ou les nombreux traducteurs qui se sont proposés pour traduire bénévolement le film.

Le bois a à peine fini d'absorber l'huile de lin que les enfants étrennent les sièges.

Le brasero fume, les invités arrivent, nous faisons le tour des installations. Carmen, la voix off roumaine du film que nous présentons, fait l'interprète. Ioan a encore des questions quant au fonctionnement des toilettes. Nous expliquons, discutons.

Christy nous abandonne pour entrer dans la tente. "Moi, je vais regarder la télévision! " Nombreux sont ceux qui entrent aussi et regardent, sous le crayon d'Onofrei, se dessiner la vie et la mort du bidonville de la Soie à Villeurbanne.

Pour couvrir l'encore lointain bourdonnement des pelleteuses, nous dansons jusque tard dans la nuit au son d'un lecteur Mp3 en forme de voiture miniature.

♦ carnet de chantier #2 aménager l'enfer

Les palettes reposent en piles au milieu du bidonville. Une équipe dépointe celles qui sont hors norme. Le père de Ioan malgré ses blessures à peine cicatrisées à l'abdomen et au bras donne la main, pose sa hache sous le pied de biche pour faire levier, place les palettes pour rendre plus aisé le démontage. Ironie grinçante, par quelques mots et gestes il explique qu'en Roumanie il travaillait dans une usine de palettes. Celles qu'il dépointe ici pour aménager et assainir la précarité sont-elles de celles qu'il a monté là-bas ? à l'autre bout de l'Europe ? Auquel cas le voyage de ces pièces de bois semble bien plus léger que celui des hommes.

Le groupe électrogène posé, les outils sortis, Ioan et Christi s'activent. Nous confirmons ensemble l'emplacement du premier bloc sanitaire. Posons les premières palettes qui servirons de plancher. S'en suit une longue discussion autour du mode d'assemblage. Nous proposons de joindre les palettes à l'aide d'un système de mortaises et d’agrafes en fer à béton afin de rendre plus aisé le démontage en cas d'expulsion. Ils y croient visiblement peu et préfèreraient pointer l'ensemble comme il le font pour leur baraques. Les femmes du platz nous apportent régulièrement du café noir chaud ou froid. Nous tentons avec plus ou moins de douceur et de succès d'éloigner les enfants attirés par le matériel électro-portatif. On nous offre un canapé convertible pour agrémenter l'intérieur de notre logement provisoire et remplacer nos incommodes civières. Nous scions, perçons. Une langue commune nous manque pour échanger avec Ioan, Chriti et Madalin qui construisent avec nous alors nous dessinons. Le chantier c'est parler.

L'assemblage avance vite.

L'administration comme à son habitude a déjà depuis quelque temps amorcé la sélection des "bon Rroms" creusant un fossé entre les habitants du bidonville, les divisant. Même si pour beaucoup notre présence et surtout l'installation de sanitaire est souhaitée, d'autres regardent du coin de l’œil la présence de ces gadgés constructeurs jouant aux campeurs. D'autres encore préfèreraient voir des toilettes municipaux s'installer ; nous aussi.

Après une autre discussion l'emplacement du deuxième bloc est enfin choisi. Chriti et Ioan se consacrent à sa construction délaissant le premier. Le fossé administratif fonctionne et devient palpable. "si les autres veulent des toilettes, qu'ils participent au chantier!"

Des bénévoles nous ont rejoint et prêtent la main à l'installation des affiches sur le mur d'enceinte. Nous désirions les poser à l'extérieur comme une vitrine de la "normalité" d'ici, mais les pressions policières et les menaces font que personne ne veut se voir affiché au grand jour. Nous restons alors pour l'instant de ce côté du mur, frontière intérieure, provisoire et instable de ces Européens non autorisés à circuler librement ; nouvelle enclave dans ce Havre qui a vu le port quitter ses murs pour se réfugier derrière des grilles sensées protéger le commerce maritime de container, de possible infiltrations terroriste, à moins qu'il ne s'agisse d'une nouvelle frontière cantonnant les marins extra européens hors sol.

Ignorant l'expulsion imminente, la conjurant, nous continuons de croire au havre de nos murs et le construisons, collectivement.

♦ carnet de chantier #1 "pour nous, c'est du camping !"

Nous la prenons au mot !

La préfecture annonçait récemment au collectif de défense du bidonville du quartier de l'Eure qu'elle n'accorderai à celui-ci qu'un mois de survie. Elle autorisait cependant, sur ce même site, l'installation de toilettes sèches. En somme, un mois de sanitaire comme un verre d'eau pour faire avaler la pilule "expulsive". A moins qu'il ne s'agisse d'un os à ronger lancé aux chiens pour qu'ils s'y épuisent. Nous la prenons au mot. Et comme nous avons des dents à revendre attaquons l'os.

Le chantier commence avec plus de bras qu'il n'en faut pour décharger les camions et charger le matériel donné par quelques entreprises : palettes, sciure, etc.

Premier geste du chantier, nous installons notre tente Atelier Cartographique de Campagne tôt transformée en cabane de chantier pour le stockage des outils. Elle servira aussi de salle de projection. Mais pour l'heure, surtout, nous y dormons. Nous campons dans ce bout de Roumanie pauvre. Ce n'est évidemment pour nous que du camping. Bientôt nous repartirons, retrouverons nos lits, nos murs en dur, l'eau courante, l’électricité, les chauffe-eau, l'isolation, les toilettes et les douches.

Mais pour l'heure nous campons chez l'habitant, accueillis. On nous offre le café, on discute. On lit des papiers administratifs incompréhensibles pour les habitants des lieux. On tente d'aider, ce qui retarde un peu le chantier.

Ici tout manque mais surtout une interface, une traduction, un décodeur du monde de l'autre côté du mur : la France.

♦ Equipement public nomade

Nous le constations à Dieppe, à Villeurbanne, au Havre. Le chantier urbain, depuis le XIXe siècle, expulse, appelle, génère, tour à tour ou simultanément, les mobiles ou la mobilité. Violence folle et désordonnée sous le masque de l'ordre. Difficile de croire qu'il puisse en être autrement.

Nous n'aménageons pas l'enfer. Nous tentons d'équiper la survie de cette urbanité condamnée à la fuite tant que les pouvoirs publics n'auront compris l'évidence de sa nécessité, l'évidence aussi de l'espace disponible qu'ils produise et dont, sur de longues périodes ils ne font rien. Tant qu'ils n'auront compris que l'accompagnement de ces urbanités auto-construites ou la simple bienveillance envers elles font parfois davantage que leur chirurgie au bulldozer.

Depuis plusieurs semaines nous rencontrons les habitants de cette urbanité qui fuit. Ensembles nous essayons de la dire au dessus des murs sourds. Aujourd'hui nous en outillons la fuite. Et puisqu'on ne peut déménager d'un bidonville faisons en sorte qu'il devienne mobile.

(image 3D de toilettes sèches mobiles)

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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