makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Soirée projection de films à l'aire d'accueil de Limay : « C’est pas mal votre film, mais quand même il manque quelque chose... »

Nous arrivons un jeudi soir à Limay avec le MKN-VAN pour présenter l’avancée de notre travail dans les ports de Limay et de Gennevilliers. Valérie, responsable du Pôle Habitat à l’ADVOG, nous accompagne. Nous nous dirigeons tout d’abord vers des terrains situés au sud de la ville, habités par des Voyageurs dont l’expansion du port va provoquer l’expulsion. Un jeune garçon nous invite à le suivre. « Mes parents, mes frères, tout le monde travaille la ferraille ici ! Moi aussi, déjà, je commence avec mon père ! » Le terrain où il habite est situé au bout d’un chemin le long duquel caravanes et caisses aménagées se succèdent, urbanisation caractéristique de cette lisière portuaire. « Certaines personnes sont installées ici depuis plus de 20 ans ! » Arrivés sur le terrain, plusieurs personnes viennent à notre rencontre et nous proposent de garer le camion au centre du terrain pour projeter quelques films. Puis une femme se joint au groupe : « Nous n’avons rien à vous montrer, c’est un terrain privé ici, veuillez sortir maintenant ! » Un des fils vient nous retrouver à l’extérieur avec sa copine. Ils nous expliquent : « La ferraille, c’est tabou ! »

Nous nous rendons alors sur l’aire d’accueil de Limay, où nous avions déjà fait la connaissance de Teddy et Johnny, jeunes ferrailleurs qui nous avaient alors proposé de les accompagner dans une tournée nocturne des encombrants. Nous installons le MKN-VAN à l’entrée de l’aire d’accueil, l’écran déployé vers les caravanes. Au programme : notre entretien avec Claude, chauffeur routier travaillant comme transporteur pour l'entreprise de recyclage GDE, avec qui nous avions fait la route « GDE Gennevilliers - GDE Limay » afin de livrer de la ferraille il y a quelques semaines et des images d’archives concernant l’extension du port de Limay et les réunions de concertation la concernant. Une vingtaine de personnes rejoignent cette projection improvisée. Tous sont enthousiastes par le camion, les films, le sujet de la ferraille et des usines du port qui les entourent. Un jeune homme s’installe sur un muret près du camion pour jouer de la guitare. « C’est un Reinhardt ! » nous dit sa mère.


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♦ Personnel chamanique au sol. L'autre bout de la ligne aérienne.

« OXPAHA » sécurité est sérigraphié en jaune signalétique sur son blouson. Rien qui ne laisse présager de le voir, comme ses compagnons, chercher à se contorsionner sur les banquettes anti SDF de l'aéroport de Domodedovo pour y passer la nuit. À côté, la tête renversée, elle râle, repousse son voisin qui essaie de lui parler. À un mètre à peine, la soixantaine peut-être, un autre s'apprête bourgeoisement à se mettre au lit. Il a enlevé ses chaussettes et jette, d'un coup de pied léger, les chaussures qu'il porte en savates. Il s’assoit sur les couvertures et duvets qu'il a empilé. Ajuste son bonnet pour la nuit puis s'allonge et tire le duvet sur ses yeux. OXPAHA se redresse et sort d'une poche de la veste en skaï, qui lui servait jusque là d'oreiller, un étui à lunettes qu'il chausse pour considérer l'air préoccupé l'écran de son téléphone. Voilà le personnel au sol moscovite, en ce bout de ligne aérienne étrangement semblable à l'autre.

♦ Personnel chamanique au sol.

Ils ne participent pas de la vitesse imposée du monde. Ils habitent plus ou moins temporairement ses temples, ses points nodaux.

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♦ Rencontres nationales itinérantes de l'Habitat léger et mobile 2015

La caravane HALEM fait cette année une halte à la ferme des Bouillons les 23 et 24 juillet 2015. Des ateliers-débats, projections, diagnostics partagés de situations vécues par des habitants en camion, caravane, vivant en camping à l'année, bidonville, yourte seront organisés.


PROGRAMMATION

JEUDI 23 JUILLET

14h - Les histoires de la Caravane d'Halem, présentation générale de la Caravane, retour sur les étapes passées et lancement des deux journées d'ateliers-débats.

16h - Partage d'expériences de terrain avec des occupants de la ferme des Bouillons, toute personne désireuse d'apporter ces expériences à la discussion et un retour sur les situations rencontrées par les membres d'Echelle Inconnue en haute-Normandie. Le groupe se basera sur le projet et les films réalisés dans l'Eure avec l'école primaire de Ménilles et des habitants de manière légère et mobile des environs (voir les articles sur ce projet "Ménilles, capitale de la mobilité")

19h - Repas à prix libre

21h -"Hacking Ouvrier" : Les enjeux du numérique et du bricolage dans la ville mobile avec la présentation, par des membres du Hackerspace de Rouen "Jeanne d'Hack", de leur imprimante 3D géante et une programmation de films réalisés par Echelle Inconnue avec des personnes utilisant le numérique, le bricolage électronique pour construire son habitat léger-mobile.

Fin de soirée - cinéma avec programmation libre des films d'Echelle Inconnue sur des situations en Haute-Normandie, en Moldavie ou à Moscou.

VENDREDI 24 JUILLET

11h - Économie informelle dans la ville foraine avec Arnaud Lemarchand, chercheur en économie et Hugues Bazin, chercheur indépendant en sciences sociales.
Cette présentation abordera les points suivants :

  • L'habitat mobile au sein de l'économie informelle : comment approcher, indirectement, son évolution via des indicateurs tels l'activité des laveries, la progression des branchements électriques provisoires etc.
  • Les habitants de logements mobiles démontables etc. participent aussi de la vie d'équipements collectifs.
  • Le passage de l'informel au formel, l'exemple des espaces négociés, des marchés transitoires des biffins. Avec la projection d'un film sur l'expérience de recherche action "rues marchandes" : Comment s'inspirer de ces expériences pour obtenir une meilleure place à l'habitat démontable ? Ce point permet aussi de revenir sur les expériences en milieu urbain.
  • La démarche recherche-action. Jusqu'ici Halem a échangé avec des chercheurs, a mené des actions militantes et des négociations avec les pouvoirs publics, il est possible d'avancer en adoptant d'autres stratégies d'expérimentation pour chercher des modèles d'insertion.

12h30 - repas à prix libre

14h30 - Édition d’un guide pour les usagers d'habitats légers et mobiles avec Diway, dessinateur, auteur de "sdf un métier d'avenir" (sous réserve), HALEM et Echelle Inconnue.


N'ATTENDEZ PLUS, VENEZ !

Se rendre sur place : La ferme des Bouillons est accessible en voiture, camion, caravane, avec possibilité de stationnement. Et, le lieu est également accessible depuis la gare de Rouen par la ligne de bus F2 direction "La Vatine MONT-SAINT-AIGNAN" : voir le trajet à pied de L'arrêt "centre commercial La Vatine" jusqu'à la Ferme des Bouillons ICI.

Vie sur place : bar ouvert, repas à prix libre et emplacements camping !

Envie d'être bénévole ?

Rendez-vous le mercredi 22 au soir pour aider au montage et le 24 au soir pour le démontage du terrain ! Et si vous êtes plutôt cuisine n'hésitez pas à vous manifester également. Les copains d'HALEM vous en seront très reconnaissants !
lucie.echelleinconnue.net



LES RENCONTRES ITINÉRANTES D'HALEM 2015 :

"Vous voulez partir en vacances tout en défendant les HABITATS LÉGERS ? Rejoignez la Caravane HALEM 2015 du 7 juillet au 6 août

La loi ALUR, la loi Raimbourg, la réforme des camping... Les lignes bougent et pas toujours très bien. Et nous ? Qu’est-ce que nous faisons ?

HALEM se déplacera sur différents sites sur lesquels se pose la question de faire évoluer la législation pour le bien-être d’occupants de résidences mobiles, démontables ou éphémères. Une initiative qui se projette jusqu’aux rencontres 2016.

Il s’agira de créer ensemble un diagnostic de la situation tout en imaginant ce qu’il serait souhaitable de faire évoluer. L’idée est de faire en sorte que l’analyse et les propositions se fassent avec les personnes concernées. Il s’agit pas d’une commande de l’État, il s’agit de faire en sorte que tout le monde puisse devenir acteurs/trices des réflexions qui concernent sa vie et que chacun/e d’entre nous devienne une force de proposition."

Plus d'information et programmation complète de la caravane :ICI

♦ RENCONTRES HABITAT LÉGER, ÉPHÉMÈRE ET MOBILE (HALEM) du 24 au 27 AOUT 2014 à HARFLEUR (Normandie)



Vous venez souvent jeter un œil sur ce journal en ligne. Il est temps maintenant de nous rencontrer pour discuter, débattre, échanger... Voici le programme :

Depuis l’été 2008, les rencontres de HALEM sont l’espace et le moment le plus important de l’association. Nous en profitons pour faire le point, analyser l’actualité, réfléchir aux différents besoins des personnes discriminées par leur mode d’habiter, établir les stratégies de l’année, rencontrer de nouvelles personnes, grossir notre équipe, nous organiser...

Tout au long de ces journées nous échangerons des situations diverses, des trucs et astuces, des conflits avec les communes, de la posture de l’État et de leur services, de l’insécurité dans les terrains de camping, de la situation des installations spontanées, de la lutte permanente que doivent subir les itinérants, les habitants de caravanes...

Chaque année nous choisissons un lieu qui illustre notre propos et où une résistance à soutenir est présente.

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. » Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832 Le lieu :

Cette année, les rencontres de HALEM se passeront en Normandie, plus exactement derrière la mairie de Harfleur, près du Havre.

Depuis plusieurs années, quelques membres du Groupe Animation de HALEM nous interpellent sur leurs luttes et leurs recherches sur ce territoire.

Dans leurs visites aux environs du Havre, ceux-ci ont rencontré plusieurs raisons pertinentes de faire réagir HALEM.

Le secteur du Havre, de part sa configuration de ville portuaire est très symptomatique pour parler de la mobilité lié à l’activité (péniches, marins, gros chantier... ). La ville a été totalement reconstruite après la guerre et abrite encore un quartier de cabanes sensé être provisoire et habité par des personnes qui ne sont pas disposées à déménager... Important !!!

   Les repas pourront être pris collectivement (cuisine et réfectoire sous un grand barnum),
   Un chapiteau, un tipi, une grande tente et peut être une yourte pour dormir...
   Pensez à prendre vos couchages (matelas, tentes, camions, caravanes...)
   possibilité d’arriver dès vendredi 22 et donner un coup de main pour la préparation.
   Si vous avez besoin de plus de confort, quelques hébergements sont possibles chez des militants

N’hésitez pas à nous contacter...

Programme :

Avec la participation d’Échelle Inconnue : http://www.echelleinconnue.net/

   Une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie
   Une lecture de texte sur la situation en Russie.
   Diffusion avec le journal d’Échelle Inconnue des travaux des rencontres
   Essaie d’un document vidéo à partir des interventions.



DIMANCHE 24

10h Présentation d'Halem, du contexte local et des associations membres du réseau

14h Atelier 1 : TECHNIQUES DE NOMADES, DE CONSTRUCTIONS LÉGÈRES ET HACKING

Il a semblé intéressant de rentrer cette fois-ci dans le débat par une approche plus technique que d’habitude.

L’habitat mobile, éphémère évolue avec la société et n’est, contrairement aux apparences, pas du tout en marge, bien au contraire, il est même souvent à la pointe de l’innovation. Des techniques, des réseaux d’entraides, des échanges dans le même esprit que le logiciel libre...

Le législateur ne cesse de nous rabattre les oreilles avec ses « liens sociaux » tout en s’acharnant à détruire cette solidarité que nous pourrions presque nommer « solidarité de classe ». Depuis les systèmes D ingénieux jusqu’aux kits du type « la yourte mongole » devenue la tarte à la crème de l’HL, nous pourrions présenter des solutions pour obtenir un confort qui feraient pâlir de jalousie bien des logements plus conventionnels.

Nous espérons que la rencontre avec les hackers de Rouen et du Havre (les bidouilleurs en programmation / électronique / création d’outils libres..), avec les bricoleurs de l’habitat légers ou mobile sera fructifiante. Notre philosophie commune : nous accaparer nous-mêmes tous les outils possibles, en créer d’autres pour notre autonomie et ne pas dépendre du marché et des exploiteurs.


16h Pause

16h30 Atelier 2 : DANSE AVEC LES ÉLUS : la loi ALUR, état des lieux et conséquences...

Nous sommes nombreux à penser que celle-ci n’a rien fait évoluer voir même comporte des aspects discriminatoires envers les habitantEs de caravane que le législateur nomme sans vergogne « gens du voyage ». Confirme t-elle, dans sa forme, le droit que possèdent les élus à choisir qui a le droit de vivre sur son territoire ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y a pas « d’après la loi Alur » : aucun décret n’est tombé. Les assos sont maintenant définitivement exclues du débat depuis le départ de Cécile Duflot, les collectivités s’empressent de créer leur documents d’urbanisme, comme d’habitude en essayant d’exclure une partie de leur population, en la rendant illégale sur leur territoire, en rivalisant de zèle et en sautant sur toutes les occasions pour organiser sa chasse aux plus modestes... Les arguments écolos deviennent les principaux ennemis des installations spontanées, celles-ci devenant les fautives de la disparition des espaces agricoles, les malpropres qui détériorent le paysage par leur unique présence...

Nous nous appuierons entre autre sur l’exemple de l’agglo du Havre (la codah), sur sa posture, ses décisions en matière d’habitat léger et sur les affreux débats que nous avons entendus sur les bancs des législateurs. Nous essaierons de les rencontrer pour parler de futur/bonnes pratiques...


LUNDI 25 AOÛT 2014

10h00 Atelier 3 : L’HABITAT PARTICIPATIF : avant garde ou concept bobo et gentrifieur ?

Au sujet de l’habitat participatif. Un vaste débat est en cours pour définir un concept flou et qui par ce fait contribue à ne pas poser les vrais questions.

Il n’existe pas de définition officielle de l’habitat participatif. Certains le caractérisent par « la mobilisation des habitants dans la production ou la coproduction de leur cadre de vie et leur implication dans la gestion courante et ordinaire du patrimoine qu’ils occupent ». Il n’existe pas plus de 20 000 personnes concernées par les projets d’habitats qui ont défrayés la chronique pendant toute la période l’élaboration de la loi ALUR. Le grand sujet a surtout été de savoir comment devenir propriétaire d’un morceau collectif et concerne, en très grande majorité, une population au statut social élevé. Par contre, le gouvernement a recensé 16 949 personnes vivant dans des campements illicites en été 2013. C’est un chiffre étonnamment précis lorsqu’on sait l’obligation de se cacher pour les personnes concernées. Quand bien même... disons 20 000 autres personnes qui participent elles aussi à l’élaboration de leur habitat, dont la principale crainte est de se voir expulsée et qui n’a pas la voix au chapitre. Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, la situation ne s’est pas arrangée. Entre 2012 et 2013, le nombre d’expulsions de campements a doublé. Les procès pour les yourtes, cabanes... sont de plus en plus durs à gagner et l’État fait de plus en plus appel lorsqu’il perd en première instance. Les installations spontanées par choix ou nécessité ne sont elles pas pourtant concernées pas cette définition ?

Nous ferons un rappel historique sur la pérennisation de l’habitat provisoire d’après guerre au Havre. Est-il risqué de faire un parallèle entre des bombardements ou des catastrophes naturelles et la spéculation immobilière lorsque les conséquences sont les mêmes ? Pourtant les mesures ne suivent pas...


14h Atelier 4 : COMMERCE AMBULANT, TRAVAILLEURS MOBILES, ÉCONOMIE INFORMELLE.

Le commerce ambulant, la situation des travailleurs mobiles, évolution, état des lieux. Le lien est évidement direct avec l’habitat mobile ou éphémère. Une analyse du contexte sous un regard d’économistes, de sociologues sera sûrement très utile pour nous aider comprendre les mécanismes. Entre le monde que nous souhaiterions voir et les réalités de celui-ci, quelles forces devrions nous déployer ?

Nous ouvrirons également les questions de l’économie informelle fortement criminalisée, en France et plus largement en Europe. Les travaux d’Échelle Inconnue en Russie pourront nous servir d’exemple...


En soirée : Echelle Inconnue présentera une conférence état des lieux des différents types de mobilités en Haute-Normandie et présentera une vidéo réalisée en Russie.

Mardi 26

Il est important que nous sortions de ces journées avec les idées un peu plus claires et de définir quelques objectifs opérationnels pour l’année à venir. - proposition d’organisation - projets à mener


Mercredi 27

Pour celles et ceux qui pourront rester, HALEM est un outil qu’il faut huiler, entretenir, animer, rendre efficace. Il est possible de rejoindre celles et ceux qui s’y attellent en restant un jour de plus et en proposant, par exemple, de faire partie du « groupe animation du réseau », que nous appelons Conseil d’Animation ou de devenir une personne ressource de l’association.


Renseignements pratiques :

LIEU : Parc proche de la Mairie d'Harfleur (76) - Possibilité de garer son véhicule habitable (camion, caravane...)

Dates : du 24 au 27 août 2014

Plus d'informations sur HALEM : http://www.halemfrance.org/

Retrouvez Echelle Inconnue sur Twitter : @EchelleInconnue

♦ Au bord de la Seine... Rencontre avec un voyageur

Nous poursuivons. L'idée est de trouver le terrain que nous voyons depuis le train. Nous sommes dans une des boucles de la Seine, et avons un peu de mal à nous orienter... Enfin le voici. Monsieur Sabo est devant son camion, il prépare le départ de la famille. Il nous invite à entrer sur son terrain, nous fait visiter son camion, puis sa maison.

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♦ Au bord de la Seine... « Les chevaux ont le droit d'habiter dedans, nous non !»

Nous poursuivons le repérage le long de la Seine, un peu avant et un peu après Vernon. La Twingo, toujours en mode 4x4, roule à travers champs... Sur un terrain, à droite, des camions, des caravanes et un chalet...

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♦ La carte manquante.

MosieurJ (fidèle des fidèles du Doctorat Sauvage en Architecture) a réalisé cette carte des populations mobiles, sans-abris et mariniers, par commune en Seine-Maritime en pour-mille de la population de la commune. Cette carte réalisée à partir des données INSEE et openstreetmap est en ligne sur le site de MosieurJ

by @MosieurJ

♦ Halem et Echelle Inconnue sur La Locale

A l'occasion du conflit qui oppose les Voyageurs à la Mairie de Saint Girons, Le magazine d'info libertaire de la Locale invite Clément David d'Halem et Stany Cambot d'Echelle Inconnue à faire le point sur la situation de l'habitat mobile, léger et démontable.

Ecoutez l'émission en streaming sur le site de La Locale ici (+)

♦ Bohème et bohémiens 2/3

Des tsiganes sous surveillance / du carnet anthropométrique au carnet de circulation. Un documentaire de Perrine Kervran et Renaud Dalmar. à écouter ici

♦ « Le fil rouge sur l'fil bleu et.... sinon t'as pas d’aigus ». Histoire d'une co-invention : le Nigloblaster

Invention partagée d'un objet artistique, culturel, cartographique, enfin... un objet.

Nous faisons peu de choses en somme. Nous restons attentif au réel pour le recomposer et le re-présenter à ses acteurs. Rien ne nous importe moins que la mise en spectacle de la participation réputée citoyenne. Le travail, pour nous (c'est à dire les réalisations : films, affiches, objets) est le lieu de rencontre ; ce qui nous uni et dit « Nous ». Il semblait cependant utile de revenir (ne serait-ce que pour éclairer ces principes) sur la production d'un de ces objets. Manière aussi de revenir sur le rôle et la place centrale de Nito et Timothée dans le travail réalisé à Dieppe.

Depuis quelques semaines nous sommes voisins. Nito et Timothée vive depuis cinq ans en caravane sur le terrain à côté. Presque tous les jours ils passent nous voir en revenant fiers de leurs trésor exhumés de la déchetterie ou avant leur tournée avec leur charrette sonorisée accrochée au vélo.

Nous leur présentons des travaux plus anciens, des affiches réalisées avec des voyageurs. « hé Timothée t'as vu ? Il est bizarre le Gadgé » Nous leur donnons des appareils photos leur demandant de photographier leur quotidien. En moins d'une journée ils les ont remplis. Nous développons. Leur montrons. Commençons ensemble à les sous-titrer. « là c'est mon camping » « là mon chien, il chasse les rats »... Plus tard ils reviennent « les photos, faut pas les publier. Ma mère elle veut pas. Elle veut qu'on soit discrets. Elle n'a pas envie qu'on parle de nous » Et puis, lire, écrire, c'est pas leur truc.

Ils passent cependant, tous les jours. Nous poursuivons ensemble mais comme en privé la construction d'affiche à partir de leur photos. Visite quotidienne de voisinage. Leur sono à fond, avec un de leurs airs préféré sur cd « Mor tchavo on va chiner ». On parle charrette, vélo, mécanique. On envisage de diffuser autre chose que de la musique sur la charrette. On réalise une première esquisse de ce qui pourrait être le tatouage de Timothée : un niglo avec des gants de boxe qui ne remporte, auprès de l’intéressé, qu'un succès mitigé (mais comme rien ne se perd).

Parallèlement nous multiplions les rencontres, leur en parlons, leur montrons les images tournées. Ils commentent, interviennent, reconnaissent certaines familles à leur caravanes. A mesure, et en partie en raison du refus de leur mère de voir figurer leur « place », le projet de carte statique de la mobilité à Dieppe semble de plus en plus compromis voir injustifié. Nous décidons de nous concentrer sur la légende de la carte plus que sur le fond de plan. Rêvons tout haut d'un dispositif qui lirait le territoire ou le paysage comme une carte à l'Echelle :1. Nous revoyons nos voisins prenons conseil auprès d'eux pour réaliser un attelage vélo/carriole sonorisé capable de diffuser les différents entretiens, images et textes recueillis. le Nigloblaster est né.

Nous trouvons une charrette, commençons à la re-designer. Ils passent, en selle, circonspects. Passer autant de temps à peindre enduire poncer pour un truc qui marche si bien avec deux planches et un tendeur... décidément bizarres les Gadgés ! Ils font le tour, soulèvent le capot regardent les branchements. « c'est pas comme ça qu'il faut brancher ! Le fil rouge sur l'fil bleu et.... sinon t'as pas d’aigus ! » Nito soulève le dispositif. Nous l'emmenons à l'intérieur. Il se penche arrache la gaine des fils avec les dents, les torsade. Rebranche et pousse le volume à fond. « c'est mieux mais le haut-parleur est mort. Timothée ? Le gros dans ton camping, on pourrait pas leur passer ? » « on va trouver »

Le jour de l'exposition venu, le choc de la découverte de leur portrait en fresque passé, ils enfourchent à tour de rôle le vélo et tournent dans la salle. C'est le leur aussi.

♦ Petit exercice de mémoire collective.

C'est en échangeant quelques tweet, avec Benoit Vochelet journaliste et Môsieur J photographe, au sujet de l'expulsion des Voyageurs de l'île Lacroix ; qu'est, comme par capillarité, remonté un fragment d'histoire littéraire mais aussi locale.

-"Il est temps de relire Les Bohémiens de Flaubert et cette "haine des bourgeois de Rouen" #livre" m'écrivait le premier avant, qu'aussitôt, le second ne réponde :
-" flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/conard/outils/1867.htm … À George Sand. Croisset, vers le 15 juin 1867. "

Ainsi à trois et en 140 caractères parvint-on à réécrire l'histoire dans l'espoir de libérer le futur grâce à l'éternel présent contenu dans ces quelques lignes de Flaubert à Sand :

"Aimez-vous la préface de Victor Hugo à Paris-Guide ? Pas trop, n’est-ce pas ? La philosophie d’Hugo me semble toujours vague.

      Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons.

      Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j’ai entendu de jolis mots à la prud’homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

      C’est la haine que l’on porte au bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.

      Ainsi, le pal qui m’a soutenu cet hiver, c’était l’indignation que j’avais contre notre grand historien national, M. Thiers, lequel était passé à l’état de demi-dieu, et la brochure Trochu, et l’éternel Changarnier revenant sur l’eau. Dieu merci, le délire de l’Exposition nous a délivrés momentanément de ces grands hommes !"

♦ Expulsion imminente et tristement ordinaire d'une trentaine de caravanes sur l'île Lacroix.

Illicite... Illicite... c'est ce que dit la mairie concernant cette occupation de l'espace. Illicite c'est aussi ce que dit la cour européenne des droits de l'homme concernant le carnet de circulation imposé par l'état français au voyageur. C'est peut-être ce que répètera le conseil constitutionnel français. Illicite c'est ce que depuis le début de ce projet nous entendons : des formes d'habiter illicites. [ Des voisins mécontents|http://haute-normandie.france3.fr/2012/09/30/gens-du-voyage-une-occupation-illegale-rouen-98039.html|fr]...alors ça expulse. On en revient tout juste. Ça commence par un article à la rubrique faits divers : « Des gens du voyage se sont installés dimanche 30 septembre sur l’Île Lacroix, provoquant la colère des riverains. ». ça se poursuit par une marche jusqu'au bout de l'île à recherche des dîtes caravanes. Nous ne sommes pas les seuls. Deux femmes en voiture les cherchent aussi , nous questionnent et poussent plus loin sur le chemin cabossé. Elles nous disent pourtant les avoir vu depuis le pont et s'étonnent que nous les cherchions aussi (nous n'avons toujours pas la tête de l'emploi)

Au retour, nous les trouvons enfin, sur une aire de jeu bitumée placée sous le pont, ou presque. Là, une vingtaine de caravane. Il doit être onze heure. Dehors les femmes s'activent, aèrent les couettes, ouvrent les boites à gaz, préparent le déjeuner.

Nous sommes précédés par deux journaliste qui discute avec un homme dans sa camionnette. Précédés eux-mêmes par beaucoup d'autres, journalistes, sous-préfet, police municipale, nationale. Rien d'étonnant que la femme à qui nous nous adressons lève d’abord les yeux au ciel en synonyme gestuel de « encore ? ». Elle ne peut pas nous renseigner, la caravane là bas, peut-être... non plus.

Les journalistes sont partis. Nous approchons à notre tour de la camionnette. Le conducteur nous explique. « On était installé près du hangar 23. mais le responsable du port à porté plainte et on nous a signifié l'expulsion. Alors on est parti un jour avant le délai, hier, pour ne pas avoir de problème. On s'est installé ici. Ce matin la police, la mairie et le sous préfet sont passés. Ils ont parlé de référé. On attend. Mais on ne sait pas où aller. Nous on demande juste un bout de terrain pour rester quelques jours, payer l'eau, les poubelles. Juste un bout de terrain. Et je peux vous dire qu'il y en a plein qui ne servent à rien ! »

« Vous savez, nous ce qu'on veut... »

Oui ! Comme tout le monde en somme, mais pour beaucoup ce doit être énorme : le droit à la ville ou du moins à la place. L'ensemble des aires d'accueil autour de Rouen sont pleines. L'obtention d'un terrain familial relève du parcours du combattant. C'est bien de place qu'il s'agit ici. Et il semble soudain incongru que cette question se pose au cœur de la ville même sur ce bout de bitume qui peine à se donner des allures d'aire de jeu.

L'île Lacroix, les quais et la zone portuaire sont le théâtre régulier de ce type d'occupation par les populations mobiles. Personnes vivant en camion, en camping car ou en caravane. Venant pour un séjour touristique ou pour travailler. Véritable anomalie pour les tenants de la ville « Normale » il semble bien que dans les pratiques comme dans l'histoire certaines zones de l'espace urbain se trouvent dédiées à un certain nomadisme. De la foire St Romain aux ouvriers restaurant les clochetons de la cathédrale (que l’employeur incite à camper au pied du hangar pour garder le matériel), en passant par les mariniers et même par les installations ludiques éphémères et foraines de la mairie, tout fait de ces morceaux de ville sans programme sédentaire des poches ou des enclaves nomades.

Répondre "Illicite" est un peu court...

Et ne laisser parler que les voisins mécontents, dangereux...

Alors nous attendons à côté du téléphone. Quand la police arrivera alors nous viendrons montrer au moins autre chose que le nouveau visage républicain du RIVERAINMECONTENTMAISVOTANT.

♦ « On est Manouche ! Voyageur même, carrément ! »

Nito et Timothée sont nos voisins. Depuis quelques jours, nous les voyons passer derrière le grillage et les grilles de nos fenêtres, avec leurs vélos équipés de remorques, rejoignant les caravanes posées sur ce terrain près de la déchetterie. Ici comme ailleurs, ça se vérifie, pour trouver un terrain de voyageurs, cherchez le pire : souvent entre la voie ferrée et la déchetterie. Ici, c'est entre celle-ci, la rivière et une entreprise de polissage de métaux qu'on les trouvent. Non pas que la proximité leur permette de pratiquer leur activité de récupérateurs de métaux, mais surtout, parce que c'est souvent les derniers lieux où on les laisse en paix.

Ce n'est que plusieurs jours après que nous les rencontrons, à l'autre bout de la ville. Assis en rendez-vous, nous sommes surpris d'entendre, comme à quelques mètres, une musique à plein volume. Un auto radio ? Un concert ? Un barbecue qui s'improvise ? Non, un étrange dispositif : vélo, carriole avec, entre les planches, un branchement complexe de batterie de voiture, transformateur, lecteur cd et une énorme enceinte. À travers la fenêtre nous reconnaissons nos voisins. Ils s'accrochent au rebord. « On est Manouche ! Voyageur, même carrément ». C'est ainsi qu'ils traversent la ville quand ils ne font pas de la ferraille ou n'aident pas un membre de la famille à tailler une haie, volume à fond. « L'autre fois on a même gagné vingt euros ! »

Nito et sa famille viennent d'Amiens. Il construisait déjà ces dispositifs sonores à l'époque sur des vélos, des scooters. Il est sur cette « place » depuis 5 ans. Possède depuis peu sa camping, attend une voiture sans permis et rêve d'accrocher avec sa sœur pour Marseille et y rester quelques mois. Il parle aussi du tatouage qu'il veut se faire sur le bras : un hérisson (le niglo symbole des voyageurs) avec des gants de boxe ou une mitraillette.

♦ LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE RESTE.

C'est au Café de l'Avenir qu'on nous conseille de rencontrer Minette, l’aîné de la famille installée sur le terrain vague à quelques mètres du bar, face aux entrepôts sans vie du port. Le terrain est bordé de talus faits de remblais, mesure traditionnelle d'empêchement, interdisant l’accès des caravanes. Au milieu cependant, une brèche par laquelle l'automobiliste attentif peut entrevoir une cabane au toit bâché et une dizaine de caravanes.

Chemin de terre, Les chiens aboient grognent et approchent. Trois femmes sortent de la camping, retiennent les chiens. Celui que je cherche ?

« vous voyez la caravane avec les fenêtres ouvertes là bas ? C'est la sienne »

Deux hommes, venant du fond du terrain, approchent sur le chemin.

« Ah vous voulez savoir comment on vit quoi ! »

« Bah c'est toujours pareil, on ne peut rester nulle part.

Il désigne les entrepôts du port.

« J'ai travaillé là pendant trente ans comme docker. On déchargeait les fruits, les bananes. On était payé tous les vendredi soir. Et puis il n'y a plus eu de travail. Ça fait des années qu'on est là, sur ce terrain sans eau ni électricité. »

« Alors on se débrouille, on achète des pack d'eau au super marché. Pour l'électricité on se branche sur les batteries des camions. On doit bouger tout le temps, on ne nous donne pas d'autorisation. C'était mieux à l'époque des roulottes, des chevaux : Au moins on pouvait laisser les bêtes manger sur les bas côté puisque ça n'appartient à personne. A Dieppe, il y a un projet d'aire d'accueil mais on l'attend toujours. On aimerait bien avoir un terrain pour l'hiver avec eau et électricité. Mais visiblement même si certains en ont eue ce n'est par pour nous...»

Un fourgon Peugeot entre sur le terrain et passe devant nous.

« C'est lui que vous cherchez, c'est Minette »

« Il vient d'acheter ce camion »

« Avec celui-là, il est parti pour vingt ans ! »

« vingt ans ? Faut l'dire vite, moi j'ai dû changer tous les pignons de la boîte de vitesse, tout seul. Vous savez, on le prête aux enfants, ils conduisent nerveusement et la boîte casse »

Minette vient de se garer. Il parle et bien. « On est ici depuis quatre jours. Il y a une mission évangélique en ce moment, à Martin-Église, il y a déjà cent vingt caravanes là bas. Ça coûte quarante euros la semaine. Il y a l'eau et l'électricité. Mais il n'y a plus de place alors on est revenu ici. » Ici, ce n'est pas un terrain communal. C'est un terrain privé. « On est toléré. » « Les rapports avec la police ? » « Aucun mais elle passe tous les soirs pour relever les plaques. » Tolérés mais surveillés en somme. « Vous croyez qu'ils nous laisseraient nous installer en face le long des docks ? Non ! » On ne peut pas s'installer autre part Pas d'eau, pas d'électricité mais des rats, et des beaux ! Au fond, à l'ombre des bosquets, derrière les caravanes, des cages sont alignées. « On a acheté des chats pour les éloigner. Vous voyez les cages là bas, la journée, on les enferme et on les relâche le soir pour éviter que les rats montent dans les campings »

Il y a aujourd'hui neuf familles sur le terrain. Lui aussi insiste. « ça fait 40 ans que je suis là. Je me suis fait embaucher comme docker à 16 ans et demi puis le port a fermé alors on est devenus forains. Mais avec les taxes, on ne s'en sort pas. Mes parents, mes grands parents étaient déjà ici. A l'époque ils faisaient de la vannerie. » Deux, trois ou quatre générations à Dieppe ou dans les environs. Dieppois en somme et pourtant... Dire ça dans un micro ? Ça ne lui dit vraiment rien il est pourtant passé deux fois à la télé. « Les gens nous connaissent ici. » tout ça ne serait donc pas une question d'ignorance ?

« On doit bouger tout le temps, on a des autorisation mais de deux ou quatre jours. Parfois d'autres viennent sur le terrain et on est obligé de partir pour éviter les ennuis. » Il connaît les lieux accueillants ou plutôt refuges : le camp de transit, où il a vécu, le terrain près de la déchetterie aussi. « Il est infesté de rats. Toute la fumée de l'incinérateur retombait sur nous. Il y a eu un enfant mort de méningite et des cas de thyroïde. Y'en a qui sont venus de loin pour faire des prélèvements. Ils portaient des combinaisons. Ils nous ont dit qu'il fallait partir tout de suite. Il y a de tout là dessous ! »

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
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