makhnovtchina

Makhnovtchina est un projet adisciplinaire et forain qui vise à expérimenter, co-naître et cartographier (sur tous types de supports) la ville mobile avec ceux qui la vivent ainsi qu'à outiller des situations critiques - ou les espaces produits par la Métropole – en Haute-Normandie et à l'Est de l'Europe (Russie / Moldavie).




♦ Workshop Perpignan Match NOUS/JE : JE:1/NOUS :0... néanmoins...

Perpignan 110000 habitants environ, 1/3 de blancs, 1/3 d'arabes, 1/3 de gitans et, en statistiques impossibles, de nombreux invisibles, transmigrants, travellers, sdf européen ou universaux.... Soit une ville peuplée de 4/3 d'individus au moins. Voilà ce que les statiques n'ont pas le droit de dire et qui, bien que réducteur, a au moins le mérite de démasquer ce que la fable républicaine de l'assimilation ne peut contenir. C'est une ville tri ou quadripartite qui cependant « fonctionne » et dialogue, nécessairement, à l'occasion.

Rien de tout cela dans la bouche des étudiants en art de Perpignan ou si peu. À la question « qu'est-ce que la ville (Perpignan) mobile ? », les yeux se baissent et observent le nombril dans l'hypothèse où celui-ci se nomadiserait.

Ecole d'art de Perpignan HAERT 70 étudiants blancs ou presque comme dans la plupart des écoles d'art ce qu'encore les statistiques ne peuvent dire (peut-être est-ce un bien)

Provocateur, le lendemain de ma conf, je lance : « évidemment aucun d'entre-vous n'habite en caravane ! » Une main cependant se lève sans plus de timidité que de détermination. « Si. Moi. Mes parents sont agriculteurs et n'ont jamais eu de permis de construire alors on vit dans des mobil homes, des caravanes, des chalets. Juste à côté il y a un terrain de Gitans. Un peu plus loin un de Manouche. Mais je ne veux pas travailler avec eux. Ils sont débiles. Une mère à faillit tuer son fils en tentant de tuer ses poux avec du désherbant ! ». Quelques jours plus tard, cette étudiante revient, habillée comme la maîtresse de Pony Poney avec une idée de projet. « dans mon travail je me filme souvent dans mon quotidien avec un masque de poney. Là, je voudrais organiser chez moi le tournage d'une bataille entre les poneys et les lapins. Les poney chassant ces lapins étranger de leur territoire » Bof... Elle repart. Je la verrai finalement le dernier jour avec une autre idée. Elle a détourné la chanson Pirouette Cacahuète (ma maison est en carton... on vit camouflés pour ne pas se faire dénoncer...) se sera la bande son de longs plans séquences de sa (ses) « maisons ». « j'ai pas envie de faire pleurer dans les chaumières. Moi j'aime cette vie là » dit-elle. Alors un conte, une contine pour dire ce réel hors norme. Je l'invite à replacer de manière furtive le personnage au masque de poney, muet, dans un des plans pour appuyer le surréalisme, voire réalisme magique, de sa proposition. J'attends sa vidéo.

Un autre étudiant prend la proposition à revers et décide de travailler sur l'urbanisme répressif. Mobilité contre ville ? « Non ! C'est la ville qui pousse à circuler. Pas de banc sans accoudoirs anti sdf. Plus de marche sans pic... » il fait un pochoir « espace de repos gratuit » et doit taguer les lieux. Plus tard, il écrira une autre phrase. Plus tard encore travaillera avec une amie étudiante en architecture à l'aménagement de cette ville mobile pour défendre la possibilité de s'y arrêter.

Un troisième ne voit comme accroche que le livre qu'il lit en ce moment Walden ou la vie dans les bois récit du voyage immobile d'Henry David Thoreau dans une cabane à Concord et une question : « la vie autarcique décrite dans le livre serait-elle possible en ville ? » Il ne le pense pas mais tente de collectionner des lieux susceptibles de répondre aux différents « programmes » du livre. C'est la construction d'un lieu puzzle, composé de morceaux de ville. Il tente mais n'y parvient pas. Il filme finalement la cabane d'un père noël, y associe un extrait du texte, un manège pour enfant et y associe un autre traitant du chemin de fer. Le chantier de la préfecture, un autre encore. Chaque vidéo est un cycle, une boucle. Le texte vient en contradiction sur la ville un peu comme par absurde.

Une étudiante se considère comme le fruit des nomadismes et migrations de ses ascendants : russes, hongrois, tziganes, etc. Un habitat nomade ? Pour elle ? Certainement pas. Mais elle voudrait réaliser des « poches » entre vêtement et sac de couchage. « le minimum de ce que l'on emmène ». Ce sac, serait tissé des fils de ses filiations.

Le dernier enfin dit. « souvent dans mon travail j'écris... heu... je dis des textes... heu... mais la pensée... la pensée... ça va plus vite... alors tout mettre... dire.... il faut que je construise une télévision en carton et.... » On discute. La mobilité de son cerveau. La difficulté à arrêter la pensée. Les pistes, partout. Et ses idées ou rêves éveillés : de machines, « je vois des machines comme des ailes pour bouger. Et l'énergie rotative et les bateaux et les bulles mais les bulles ça avance pas tout seul.... » Nous avions, avec Sergueï, filmé des entretiens avec la plupart des étudiants. Je lui propose de se filmer seul avec toutes ses pistes, idées, pas arrêtées. Le lendemain il revient avec des vidéos. Face caméra tantôt couché, debout, assis, penché, pour rentrer dans le cadre. Ça fait penser aux caméras embarquées sur le Vendée globes, ces autoportraits de marins fatigués, la colonne vertébrale épousant les courbes de l'espace naval optimisé. Il parle aussi de vagabond je lui donne le texte de Achard « le colporteur. » A suivre

♦ Workshop Makhnovtchina à l'école d'art de Perpignan

La question est simple et pourtant multiple : que voit-on, connait-on de la mobilité dans une école d'art ? Chaque élève devient alors un guide potentiel pour quelques jours.

Makhnovtchina / cycle urbanismes combattants
atelier cartographique de campagne


stany cambot / échelle inconnue
www.echelleinconnue.net mel@echelleinconnue.net


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