Abonnez-vous à la lettre
de l'échelle inconnue

Prenez-contact avec nous

Champ vide.

menu
AU BORD DE LA SEINE...
Quelques réalités du tourisme d'affaire

Par Julie Bernard, mercredi 16 juillet 2014 ,Western

La twingo a repris sa dérive le long d'une des boucles de la Seine. Au bout d'un petit chemin, nous suivons la direction du camping des Groux. La directrice du lieu abandonne sa tondeuse, nous accueille et raconte.
En 12 ans d'activité dans ce camping, elle a observé un changement de clientèle. Il n'y avait en effet, à l'époque, pas de demande pour des ouvriers en déplacement, qui aujourd'hui en revanche constituent une bonne part de la clientèle. Ce camping accueille également des résidents qui louent pendant 6 mois un emplacement et qui viennent les week-end et les vacances. Quelques parcelles sont réservées aux touristes venus passés quelques jours essentiellement au printemps. Plus rarement, elle accueille des personnes qui ont été mutées, et qui s'installent au camping, le temps de trouver un logement.
Situé en zone inondable, seuls le bureau de 15 m² à l'entrée surélevé de bois et les deux blocs sanitaires à l'entrée sont en dur. Sinon tout est léger. Il est 18 heures. De nombreuses personnes rentrent dans le camping.
« Pour certains, ils travaillent pour la SNCF, actuellement sur le chantier de rénovation d'un pont à Rosny sur Seine, ou plus globalement sur l'entretien des voies. D'autres travaillent dans la centrale thermique EDF à Porcheville, ou chez Renault, bien que l'usine soit un peu loin. Les gens viennent ici pour trouver un peu de calme. D'autres encore travaillent dans la carrière Lafarge. Nous avons aussi des ouvriers du bâtiment qui viennent retaper une maison dans le coin.
Ce qu'ils apprécient ici, c'est que c'est moins cher et que la formule camping offre une plus grande liberté. Ils peuvent notamment cuisiner. C'est en partie pour cela, que les mobilhomes et les caravanes sont entièrement équipés en vaisselle, draps, etc. »
Rien de systématique, parfois ce sont les entreprises qui réservent, parfois directement les travailleurs. Quand ce sont les entreprises qui payent, elles négocient les prix ! Mais la directrice n'est pas contre, parce qu'ils réservent pour de longues périodes, comme 2 ou 3 mois.
Pendant notre conversation, un homme s’arrête devant la barrière, sort de son camion, et vient à notre rencontre. C'est un travailleur qui dort là où il travaille "en ville" dans son camion. Nous n'en saurons pas davantage. Il n'a pas d'eau et cherche désespéramment un endroit où prendre une douche. Visiblement, deux campings lui ont déjà refusé l'accès à l'eau. Ici, ce sera possible.
à plusieurs on est plus fort.

Quand une grosse entreprise a besoins de main d’œuvre, elle n'a d'autre choix que de l'organiser, réservant ces campings par exemple. Mais les travailleurs solitaires, que personne ne fait venir ni n'attend nulle part, qui se déplacent sans doute au grès du travail, sont condamnés à plus de précarité. Ils essaient juste d'être au bon endroit, au bon moment !

tag : camping chantier urbain le long de la Seine

Réalisation :
  • L échelle inconnue
MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.