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AU BORD DE LA SEINE...
Construire, oui, mais sous le sol s'il vous plait !

Par Julie Bernard, jeudi 31 juillet 2014 ,Western

Toujours installés dans notre twingo, nous poursuivons notre repérage de la mobilité sur les bords de la Seine. Au bord de la route, au-delà d'une haie fleurie, caravanes et cabane se laissent apercevoir. Monsieur C. nous accueille. Il est élagueur.
« Nous habitions une maison de 120 m2 à Port-Mort en Bord de Seine. Mais la location nous revenait trop cher. Le père de ma femme a acheté ce terrain pour ses trois filles. Nous l'avons donc divisé en trois dans le sens de la largeur. Nous habitons le premier tiers, celui le plus proche de la route, parce que nous sommes là toute l'année. Et pour des raisons de sécurité, il est préférable de voir qui pénètre sur le terrain. La seconde sœur est seulement là l'hiver et la troisième n'est là que deux ou trois semaines par an. Elles ont poursuivi le mode de vie du voyage de leurs parents.

Ici, ce terrain est viabilisé en eau et en électricité. J'ai même fait 2 compteurs EDF séparés, le premier pour nous, le second pour l'une des sœurs de ma femme. Pour la troisième, je tire un câble depuis chez moi, les semaines où elle est ici. Je paye les charges des poubelles, les impôts locaux, et pourtant on ne m'autorise pas à construire une maison. Ça fait 3 ou 4 ans que nous sommes ici, et nous en sommes à notre troisième procès. Nous avons construit ce chalet et le maire a porté plainte. Les gendarmes venaient tous les jours constater la hauteur de la dalle par exemple, qui fait bien moins de 10 cm d'ailleurs, la hauteur, la surface, etc. À la fin, ils venaient boire le café, tellement ils ne comprenaient pas ce qu'ils faisaient là !
L'ancien maire ne voulait pas de nous ici et il ne supportait pas non plus les caravanes. Mais je lui ai répété, il n'y aurait pas de caravane si nous pouvions construire une maison ! On habite en caravane, parce qu'on n’a pas le droit de construire !
Le point positif c'est que ce n'est plus lui le maire. Et la nouvelle mairesse paraît avoir envie de nous aider ! J'ai même réussi à obtenir des contrats d'élagage dans la commune. On verra si les choses peuvent évoluer pour nous. »
Nous visitons les trois parcelles avec lui. Passé la délimitation entre son terrain et celui de la première sœur de sa femme, nous découvrons un garage, dont ne dépasse légèrement que la toiture. Monsieur C. nous précise que ce sont les anciens propriétaires qui ont fait ce garage, car il est visiblement possible de construire, tout en ne dépassant pas 60 cm de hauteur au dessus du sol. « Vous savez, le maire m'a dit, je ne vous autoriserai jamais à construire une maison, mais vous pouvez construire tous les m2 carrés que vous voulez au dessous du sol. On a beau avoir tenté d'y réfléchir, ma femme m'a dit ; mais nous ne sommes pas des rats ! »

tag : autoconstruction caravane habitat leger et mobile le long de la Seine rencontre terrain familial

Réalisation : Échelle inconnue
MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.