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AU BORD DE LA SEINE...
Un camping qui n'en est plus un !

Par Julie Bernard, mardi 3 février 2015 ,Western

Nous arrivons au camping du Prieuré vers 15h30. À l'entrée, des cabanes effondrées nous laissent pressentir des changements survenus depuis les clichés pris par googleearth. Nous entrons en voiture, de peur d'éventuels « chiens méchants ». Nous voyons des camions, des caravanes, des cabanes – même de petits bateaux ! – : le camping semble toujours en activité.
Nous nous dirigeons vers un mobilhome dont la lumière est allumée. Un chiot rondouillard vient à notre rencontre et un homme nous salue depuis sa caravane. C'est finalement sa femme qui préfère venir discuter avec nous et qui nous invite à franchir la barrière.
Lucile, une vingtaine d'année, habite dans ce camping depuis deux ans avec son mari et sa fille (on aperçoit un lit à l'intérieur). « Quand je suis arrivée il y avait encore plein de monde. Peu de temps après, les gens ont commencé à partir et puis d'autres sont morts. Aujourd'hui ce n'est plus un camping. La proprio ne s'en occupe plus et elle a même revendu le bas du terrain. Ce qui est bien c'est qu'on vit ici gratis. Et puis j'ai acheté un terrain à Givenchy mais le maire ne veut pas qu'on installe notre caravane ; on risquerait de se faire expulser, alors on reste là... là-bas, ils n'aiment pas beaucoup les voyageurs. »
Au fond du terrain est garée la caravane dans laquelle vit la petite famille. Un mobilhome abrite la cuisine, tandis que les toilettes et une buanderie se situent dans une cabane construite à l'entrée du terrain. « Le problème ici c'est la boue. C'est pour ça qu'on a acheté du gravier pour cette partie du terrain ». La partie boueuse du terrain est occupée par deux camions, un boxer et un iveco grue, qui appartiennent à Lucile. « Avant j'avais une chèvre ici mais j'ai dû la mettre dans un enclos parce qu'elle était montée sur le capot du boxer et avait rayé les vitres des camions des voisins ».
Le camping a été déserté depuis 2013 et il ne reste plus que quelques personnes : la famille de Lucile, le cousin de son mari, une autre famille, et un homme seul (handicapé). « On s'entend bien avec les voisins du quartier mais ils n'osent pas entrer dans le camping. Par contre dès qu'il fait beau c'est rempli de monde ici. C'est le squat ! Il y a toute la famille et les amis qui ne travaillent pas qui viennent nous voir, pour boire des coups et être tranquilles ».

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Réalisation : Échelle inconnue
MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.