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ÉCHELLE DANS LE TERRITOIRE BRIONNAIS #04
un matin pluvieux au camping de Pont-Authou

Par Lucie Van de Moortel, lundi 8 février 2016 , Western :: #292 ,Western

Quelques mois après la séance de projection de certains de nos films, retour au camping de Pont-Authou. Ce matin là, la pluie et la vision de ce camping presque vide n’est pas très joyeuse. Cependant, Jacqueline est là, comme toujours depuis 19 ans, ravie d' accueillir, dans ce camping ouvert en 1989. La mairie, à cette époque, avait décidé qu’il serait ouvert tout au long de l’année et l’aire d’accueil pour les Gens du Voyage avait naturellement été installée à côté. Aujourd’hui, rien de cela n’est assuré et au camping on se demande combien de temps les habitants pourront y rester.
Après s’être perdus dans les allées du camping, arrivée chez Francis et Claudine, un couple en pré-retraite qui avait assisté à la projection en octobre. À ce moment là, ils étaient tous nouveaux arrivants au camping et avaient été très intéressés de découvrir toutes les possibilités de vie en habitat léger et mobile. Ils avaient à cette occasion rencontré Paco, mobile averti de passage à Pont Authou et vivant depuis 15 ans dans son camping car, qui avait partagé avec eux son goût pour la mobilité et leur avait donné quelques tuyaux pour se domicilier. Aujourd'hui, ils ont d'ailleurs rendez-vous avec Paco, de retour d'un chantier en Corse, pour déjeuner.
Francis et Claudine viennent de passer 3 ans chez leur fille pour l’aider avec ses enfants, mais aujourd’hui on n’a plus besoin d’eux et les voilà arrivés au camping. Ils ne travaillent pas en ce moment. Elle, a vécu deux AVC, et lui, est licencié économique. La location d’un mobilhome ne leur convient pas, ils ont besoin de quelque chose à eux pour bricoler, améliorer... Ici ils ne peuvent rien faire : « la municipalité tond même la pelouse ! ». Début mars, ils loueront donc de nouveau une petite maison, avec un bout de terrain, dans les environs. Mais Francis n’abandonne pas encore son rêve de se trouver un terrain en forêt et d’y vivre dans un chalet, un mobilhome, ou quoique ce soit ! Nous sommes déjà invités à venir filmer chez eux lorsque ce sera fait.
Nous quittons la chaleur de ce lieu et parcourrons de nouveau les allées sans nous souvenir de « qui habite où ». Contournement d'un mobilhome avec une voiture garée devant la porte : ici au moins il doit y avoir quelqu’un. Nous frappons et attendons.
Une voix invite à entrer, à l’attendre dans le salon. Nous comprenons vite que nous sommes arrivés chez le vieil homme malade dont on nous avait déjà parlé quelques fois, « la Mémoire du camping » comme nous allons vite décider de le surnommer. Ancien boucher-charcutier-traiteur travaillant à Paris, il décide, il y a plus de 20 ans, de passer sa retraite à la campagne et dans un camping. Alors, comme on visite un appartement, une maison, il se rend dans différents campings pour trouver, non seulement celui où il sera accepté, mais celui qui lui plaira pour y passer la fin de sa vie.
« La Mémoire » explique qu’il est arrivé avec un mobilhome et qu’avec un ami ils l’ont agrandi au bout de deux ans. Aujourd’hui, la partie mobilehome se compose de deux chambres dont une sert plutôt de débarras et l’avancée en bois est devenue une cuisine et un salon. Il a aussi ajouté un espace de toilette, mais : « pas de douche car il y en a au camping ! ».

C’est ici chez lui et il n’en bougera plus.

Nous continuons notre tour de camping, et si Paco est content de nous revoir et de discuter un petit peu, d’autres n’ont pas le même temps libre et impossible de savoir pourquoi Patrick, jeune retraité super-actif, est venu s’installer ici. Ce sera pour une autre fois, entre une séance de sport et une visite à ses enfants !


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Réalisation :
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MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.