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UNE BASE DE VIE ? IL N'Y A PERSONNE QUI VIT ICI... ! »

Par Misia Forlen, vendredi 29 janvier 2016 , Western

Jean-Pierre travaille à la sucrerie Saint Louis d'Étrépagny depuis 5 ans. Il fait « la matinée », de 4h à 15h30. Il n'habite pas très loin de l'usine et peut donc rentrer chez lui le soir. « On ne va jamais à plus de 90 km pour aller chercher des betteraves ». Le reste de l'année il travaille pour une autre boîte et parcourt la France dans son poids lourd. « Un poids lourd de 40 tonnes, toutes charges comprises, avec les betteraves ! ». Il ne rentre alors chez lui que les week-ends.
« Avant je travaillais dans un bureau. Ce n'était que 7h mais je ne pouvais pas rester enfermé. Là je fais plus d'heures, mais je suis tout seul, je suis sur la route. Ça me plaît d'être sur la route ! ». Il évoque aussi le flicage permanent qui leur incombe : au démarrage, il doit insérer une carte qui permet de suivre ses moindres faits et gestes et de pouvoir contrôler à distance le véhicule. Le camion peut, par exemple, être bloqué au bout de 9h. « Les gens pensent que les routiers sont libres, mais on n'est pas libres du tout ! ».
Sur la base de vie de la sucrerie Saint Louis, les odeurs de betteraves nauséabondes se mêlent au bruit de l'usine. Jean-Pierre nous rétorque : « Une base de vie ? Il n'y a personne qui vit ici... ! ». Un grand parking se déploie dans une atmosphère nébuleuse : l'usine enfumée en fond de plan, quelques poids lourds stationnés, une cabane en parpaings qui abrite les toilettes et les douches, « pour les plus courageux ! Sinon, c'est la lingette... ».
Jean-Pierre nous explique que très peu de personnes restent dormir près de l'usine. La base de vie, « c'est pour ceux qui ont le sommeil lourd ! Ou ceux qui sont obligés d'être là plutôt... ». La plupart d'entre eux préfèrent dormir sur un parking en centre ville, près d'un restaurant à couscous, pour éviter le bruit et être plus tranquilles.
Il nous montre sa couchette et nous fait faire un tour du véhicule : « prends en photo l'avant ! Il est beau l'avant ! ». Lorsqu'ils sont en déplacement, les routiers touchent une prime pour le découchage, de 30 à 50 euros, « ce qui n'est pas assez pour se payer l'hôtel et les repas... ». Il achève la visite par une métaphore éloquente : « Un routier, c'est comme un chien : ça dort dans sa niche, ça pisse sur ses roues et ça mange dans sa gamelle ! ».

tag : base vie camions Normandie ouvrier rencontre routiers work in progress

Réalisation :

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MAKHNOVTCHINA
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Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.