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MON VOISIN PRODOUKTI A DÉMÉNAGÉ

Par Stany Cambot, mercredi 18 février 2015 ,Eastern

Palatka. Les progrès de la langue russe dans les intestins de mon cerveau sont lents, trop lents, néanmoins me voilà depuis peu heureux possesseur d'un nouveau mot de vocabulaire : « Palatka » autre terme pour désigner le kiosque.
C'est un sale hiver dixit les Moscovites. Pas assez froid. Ça neige et ça s'arrête. Ça gèle et ça dégèle. Les bactéries qui ne sont pas tuées par le froid vous attaquent. À quelques heures d'intervalle et sur le même trottoir on glisse sur des plaques de glace puis sur des flaques de neige boueuse. Il m'a fallu trois jours avant de pouvoir sortir en relative sécurité, le temps qu'un cordonnier pose sous mes bottes des semelles antidérapantes. Ce n'est qu'alors que j'ai vu que mon voisin « Prodoukti » avait déménagé.
Prodoukti c'est le nom frappé à l'enseigne des kiosques-épiceries. On y trouve fruits et légumes, alcools, conserves et poissons séchés, parfois même des piles. Ils jalonnent l'espace aussi sûrement que des clous d'arpenteurs. Commerce de voisinage, il rend aussi de menus services, on peut y passer commande pour peu que l'on soit du bloc, de la rue, du quartier ou de la cour.
Notre immeuble ne fait pas exception. En bas, sur le trottoir, un kiosque. Mais voilà que chaussé, me retrouvant sur le trottoir pour la première fois, je ne trouve plus le prodoukti. Disparu. Remplacé par quelques berlines garées à l'arrache. Ce n'est qu'en revenant que je l'ai retrouvé pour ainsi dire au pied de ma porte, niché à l'abri derrière les barrières toujours ouvertes de notre cour.
Il a fuit, me dit-on, les tracasseries administratives dont il faisait l'objet sur la voie publique et s'est réfugié ici, dans cet espace que l'on qualifierait de privé, bien que la recadastralisation de Moscou au moment des privatisations de l'aire Eltsine soit souvent floue.


tag : architecture kiosque marches Moscou economie informelle

Réalisation :
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MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.