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DE LA FOIRE AU LOGICIEL LIBRE : ALLERS ET RETOURS PAR ARNAUD LEMARCHAND

Numéro 4

La foire a été un des incubateurs des distributeurs et des jeux automatiques, à l'époque où s'y inventait le cinéma. Les industriels forains qui animaient des trains fantômes ont conduit des recherches menant à la musique électronique.

Les tous premiers « tourneurs de films » ont monté des dispositifs alliant tirs à la carabine et projections (le chaland tirait sur des films), ce qui préfigurait certains jeux vidéos. Le monde des voyageurs a donc participé à l'émergence du monde numérique, dans sa phase « monstrueuse », avant leur sur-codage ultérieur. Ces liens séculaires seront réactualisés dans les années 1970. Atari utilisera le réseau des foires pour diffuser le premier jeu vidéo « Pong ». En ce début du XXIème siècle, les liens historiques entre l'économie itinérante et ces innovations sont à reconsidérer. Mais d'autres rapprochements sont possibles dans la période contemporaine : dès 1998, Eric Raymond a utilisé le concept de « bazar » pour décrire le développement du logiciel libre, pour l'opposer à la hiérarchie de la cathédrale. Or, à cette époque, les rares chercheurs qui étudient le retour des formes d'économie nomade, notamment Péraldi et Tarrius, utilisent aussi ce concept d'économie de bazar. Les recherches sur la « mondialisation par le bas » font référence à l'économie de bazar pour décrire le colportage (le shuttle trade dans la terminologie de l'OCDE) et les formes renaissantes de travail itinérant, auquel l'habitat mobile est associé. Cette économie de Bazar, telle que Michel Péraldi l'analyse, est un enchevêtrement, et non une hiérarchie, de conventions de prix (à la pièce, à la tonne, selon le statut social ou la nationalité de l'acheteur), qui mêle passagers et sédentaires, dans des interstices aux confins des firmes et des États (et non en dehors). Le bazar est donc une foire continue. Ce qui peut se rapprocher du mode d'échange d'informations des hackerspaces ou des communautés du logiciel libre. milieu des années 1970. »

Ces principes communs entre formes d'économie foraine et d'économie de la connaissance pourraient expliquer des phénomènes d'hybridation, tels ceux observables dans le développement du co-working. Ces espaces de co-working sont des dispositifs pour des travailleurs nomades ou des travailleurs à domicile ayant besoin de lieux pour échanger des expériences et des pratiques. Ces deux publics sont mentionnés dans les textes officiels sur ces espaces, quand ils sont « institutionnalisés », ce qui esquisse un rapprochement « conventionnel » entre ces travailleurs, aux limites de l'entreprise, et que les conventions statistiques de l'OIT regroupent sous la catégorie des « vulnérables ». Terminons par une citation de Richard Stallman sur l'informatique au début des années 1980 : « Un programme évoluait comme une ville. Certains quartiers étaient remplacés, reconstruits ; de nouveaux éléments étaient ajoutés. Mais il était toujours possible d'en regarder un bout et de dire : Bon, d'après le style, cette partie a été construite dans les années 1960, et cette autre au milieu des années 1970. »

On est tenté d'ajouter qu'une grande partie est faite par les squatteurs et les roulottiers. Mais en retour, cette économie du logiciel libre peut peut-être nous aider à comprendre l'évolution des villes et de l'habitat, en dehors de la planification ou du marché.

Sommaire du numéro 4
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LE NIGLOBLASTER, RÉPONSE À L'IMPOSSIBLE CARTOGRAPHIE DE LA MOBILITÉ
NOMADISME ET MÉTROPOLE REJET, DÉTOURNEMENT ET RÉCUPÉRATION
MKN-VAN ATELIER MOBILE, CARAVANE OUTIL
RUBRIQUE NOIRE DU CAFÉ MAGIQUE À L'INSTANTANÉ VOYAGEUR
HOMMES DES CAVERNES, TRAVAILLEURS NOMADES, MANOUCHES ET RETRAITÉS
DE LA FOIRE AU LOGICIEL LIBRE : ALLERS ET RETOURS PAR ARNAUD LEMARCHAND
« ESPACE MOBILE »
DES ENCLAVES NOMADES DE FAIT ! ROUEN QUAIS RIVE GAUCHE : TRAVELLERS, FORAINS, OUVRIERS DE LA CATHÉDRALE, CAMPING CARISTES.
EDITO JOURNAL À TITRE PROVISOIRE N°4 : MAKHNOVTCHINA / EXPULSÉE PAR LE CADASTRE, UNE AUTRE VILLE : MOBILE

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