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CINÉMA VOYAGEUR
LE RÉAPPRENTISSAGE DU CINÉMA-FORAIN

Numéro 8

En 2010, l'association Synaps crée le Cinéma Voyageur, un cinéma itinérant sillonnant, tous les étés, les routes de France pour diffuser sous chapiteau ou en plein air des films hors circuits commerciaux sous licences créative commons.

Ce que Cinéma Voyageur partage pour sûr avec Echelle Inconnue c'est une défiance certaine envers les temples à l'ombre desquels la culture célèbre ses messes comme les théâtres dont la salle de cinéma n'est qu'une occurrence. Boîte noire « percée » d'une fenêtre sur le surréel dont le point de vue privilégié demeure l'oeil du prince, au centre, septième rang. Aboutissement d'une certaine conception cyclope de la perspective qui fit passer, dès la fin du XVIe siècle, le théâtre des tréteaux à la salle et le cinéma et dès 1912 de la foire à la même salle.

L'idée est née suite à la production de deux films que Synaps désirait diffuser mais dont l'association souhaitait surtout entendre et sentir les retours du public. Depuis, tous les étés, le chapiteau reprend la route suivant chaque fois un nouveaux circuit.

L'idée était bien dès le départ de montrer des films hors circuit qui, au mieux, aurait pu être vu en festival ou dans des salles aux programmations alternatives par un public averti, toujours le même. Là au contraire, il s'agit d'une rencontre directe avec des gens différents. Des réalisateurs accompagnent aussi parfois une partie de la tournée. « Il aurait pu évidemment y avoir des diffusions sur internet. Mais regarder les chiffres d'un compteur de vues semble vite une pratique un peu chiante face au bonheur de monter un chapiteau sous la pluie. »

Pour cela, il faut réinventer des routes, des places et des itinéraires. Rendre de nouveau accueillant un territoire qui a désappris le cinéma itinérant. Tous les ans, de janvier à la veille du départ estivant écran voyageur prépare sa tournée. Une seule règle, aller là où il n'est jamais allé mais le faire deux années de suite. Un mail est envoyé à d'éventuels intermédiaires mais l'équipe le confesse volontiers, « on est très nuls en réseaux sociaux ». Alors, outre les éventuelles camaraderies, c'est l'annuaire. Contact est pris avec les MJC et centres sociaux. Pour éviter les publics restreints et homogènes des cafés militants et associatifs. Cinéma Voyageur est un cinéma public ! « Avec le temps, on a appris à être exigeant. On recherche toujours l'espace le plus central des villes où l'on s'installe. » Celui qui voudrait voir dans ce cinéma un cinéma sauvage ou clandestin en serait pour ses frais. Là encore, cinéma voyageur a appris les procédures de demande d'autorisation d'installation dans l'espace public. « En général, on les obtient sans problème. L'idée et le dispositif ont la côte auprès des autorités ». L'esthétique de l'installation joue ici peut-être. Car le cinéma voyageur arbore un look résolument circassien. Même s'il ne semble pas avoir été réfléchi comme tel et s'il est mâtiné par l'intervention de graphistes différents pour chaque plaquette, camion bariolé, caravane, chapiteau renvoient à un imaginaire commun entre cirque, théâtre et spectacle de Guignol. Des caisses se déplient en bibliothèques et librairies de poche, des étals se dressent, des affiches fleurissent aux poteaux et le camion entame une tournée, mégaphone au vent, pour annoncer l'événement.

Apprendre en faisant.
Même si la diffusion vidéo et la portabilité des nouveaux appareils facilitent grandement la chose, il convient de redécouvrir à ses dépens que les pires ennemis du cinéma mobile restent la poussière et la chaleur. Comme souvent, après des années de disparition du territoire, le cinéma forain doit se réapprendre. De la sonorisation par chaîne Hi-fi et du vidéo projecteur sanglé au chapiteau, vaguement refroidi par un ventilo acheté sur la tournée, le cinéma voyageur est passé aux nacelles de support ventilées. Un écran gonflable de cinq mètres sur trois est aussi venu complété le dispositif permettant des projections en plein air à une plus large audience.

Nécessité d'abord filiation ensuite.
« Les premières années, on croisait pas mal de gens intéressés ou qui avaient fait des recherches sur le cinéma forain. Nous, on ne connaissait absolument rien à cette histoire. Eux, nous renvoyaient des questions, des documents. C'est alors que nous avons découvert les filiations, nous rendant compte que les raisons qui nous avaient poussées sur les routes étaient en partie celles qui avaient tué le cinéma forain : droit d'auteur, monopole de la distribution par Pathé à l'époque. »

C'est bien une gymnastique de contournement des circuits de distributions traditionnels qu'opère le Cinéma Voyageur. En ne diffusant que des films sous licence creative commons, ils mettent en avant le droit d'auteur et en jouent face aux droits de distribution ou visas d'exploitation dont les prix rendent les films inaccessibles à une diffusion itinérante si elle n'est pas largement subventionnée.
Car fraîchement né en 1946 le CNC (Centre National de la Cinématographie) impose le visa de censure (devenu visa d'exploitation). De même qu'il classifie les films, le CNC invente catégories et législations pour les ciné-club comme pour les cinémas itinérants soumis aux mêmes règles que les salles sédentaires. Les quelques cinémas forains qui avaient survécu à Pathé, au carnet de circulation, au fichage anthropométrique et à la déportation ne s'en relevèrent jamais incapables contrairement aux cinémas itinérants officiels de payer pour diffuser. De plus, le nombre de projections en itinérance est limité à six par an. Les salles sédentaires pouvant les dénoncer, même si les itinérants ont l'accord de l'auteur, pour concurrence déloyale.
Invoquant le droit d'auteur (le creative commons attestant que l'artiste revendique le film comme une oeuvre) face au visa d'exploitation rangeant le film dans la catégorie « oeuvre cinématographique », le Cinéma Voyageur choisi son flou. « Nous diffusons des oeuvres d'art et non des films commerciaux. Nous répondons donc au code de la propriété intellectuelle. Ça nous arrange ».

Sommaire du numéro 8
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BLOUMA
LA JAVA DE L'INFRASTRUCTURE
ÉCRAN VOYAGEUR
PEERTUBE
CINÉMA VOYAGEUR
LE RÉAPPRENTISSAGE DU CINÉMA-FORAIN

SUR LA ROUTE DU CARNIVAL
NOIRE LA RUBRIQUE
LE PROJET DE RODTCHENKO
MAKHNO-VAN L'ODYSSÉE MÉCANIQUE
MAKHNO-VAN
LE CINÉMA SUR ROUE D'UN PEUPLE SUR ROUE

POUR ECHELLE INCONNUE LE FILM EN QUESTION
DOSSIER MAKHNO-VAN
EDITO / JOURNAL À TITRE PROVISOIRE N°8 : CINÉMA MOBILE D'INTERVENTION

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