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HACKINGBOAT, TU FAIS QUOI LÀ, LE MANOUCHE SUR L'EAU ?

Numéro 6


J'adore partager. Mais je me suis aperçu que j'aurais dû éviter, ou choisir avec qui partager. Parce que sinon, quand on a vu les photos de mon bateau, on me prend pour un grand malade, ou, quand on n'a rien vu, pour un grand mytho. Je suis travailleur indépendant en informatique. Je viens de la région parisienne. J'ai une petite famille, et comme tout le monde je voulais la loger. Dans mon fonctionnement c'était hors de question de m'endetter toute une vie pour avoir mon petit pavillon. Du coup j'ai cherché des solutions.

Un moment je me suis arrêté sur un bateau. Les prix de l'immobilier étaient au plus haut, mais celui des matières premières comme les métaux aussi. Donc la moindre péniche, dans un super mauvais état, était à un prix qui ne permettait pas de la rénover décemment, sauf encore une fois, à s'endetter toute une vie.
J'étais dans une prestation où je faisais du conseil et de l'expertise. Quand on fait de l'expertise, il y a toujours des moments de creux... Je m'ennuyais. Je me suis lancé dans les calculs pour avoir une idée de la quantité de bois qu'il me faudrait pour faire un bateau. (...) Et petit à petit, voilà j'ai codé, j'ai codé le bateau ! En JAVA. Le profil du bateau est issu du code, pur et dur. La courbe d'après est née en essayant, au feeling. Les planches étaient devant moi et je tordais le tasseau petit à petit pour voir. C'est ce qu'on m'a reproché :

« Tu bricoles un bateau ? » Hé t'inquiète ! Il va flotter mon bateau. Enfin, il devrait flotter…
Au départ, j'avais construit une CNC. Pour le néophyte, c'est une machine de découpe à commande numérique. J'étais censé poser le panneau, créer les lignes de découpe sur ma machine, laisser la CNC découper le tout, et boire mon thé tranquillement à l'abri de la poussière en attendant que ça se passe.
Ça ne s'est pas passé comme ça. Pour la CNC, on trouve facilement des plans, il y a deux Français, un sur le côté logiciel et un autre qui fait des cartes électroniques... Sur la partie électronique, ils avaient très bien fait leur boulot. La partie mécanique était à ma charge. C'est là que je me suis un peu tollé. Elle était censée pouvoir découper des panneaux de 3 mètres de long. Mais sur une longueur de 3 mètres, il y a une courbe qui se crée, même si elle n'est que de 4 millimètres, on perd 4 millimètres. Ça à la rigueur ce n'est pas un problème, le logiciel le corrige. Le deuxième problème c'est qu'en fonction des mèches utilisées, ça tire la matière, donc du coup on est obligé d'aspirer la matière vers le bas, pour qu'elle reste plaquée, faire une espèce de table à dépression... On a plus vite fait de sous-traiter toute la découpe à quelqu'un qui a une CNC qui fonctionne déjà.
Je ne savais pas ce que je faisais, les plans sont nés petit à petit. Mais la CNC ça demande de savoir ce qu'on va faire, dans quel ordre on va le faire, utiliser un logiciel pour tirer les courbes. Ce n'est plus le même boulot. Alors qu'avec du matériel électroportatif, n'importe qui peut le faire. Quand on passe à la gamme pro, ça va tout seul, on n'a plus besoin de CNC. C'est ce que j'ai fait au final, j'aurais dû le faire dès le départ.
L'autre grosse difficulté c'est le financement. Parce qu'officiellement ce n'est pas un bateau, c'est un tas de bois, et du coup les banques ne suivent pas. Une banque, elle finance un contrat de construction de bateau, avec une assurance derrière, etc.
J'ai fini par acheter les matériaux en Europe, j'ai gagné 30 %. Je me suis fait gronder d'ailleurs, par le commercial en France qui n'était pas content que je ne respecte pas le réseau de distribution français. Pourquoi pas, c'est dans leur intérêt, mais ce n'est pas le mien. On passe notre temps à entendre aux infos des gens qui se plaignent sur l'Europe, etc. Et en fait, en tant que particulier, on ne l'utilise pas. On est obligé de passer par un Castorama, un Bricorama ou un Leroy Merlin, avec les tarifs associés. C'est dégueulasse quoi ! Dans un mois je serai dedans, mon plateau fera un peu plus de 100 mètres carrés, et je vais peut-être me dire, « c'est trop grand pour 4. Divise-le en deux », on verra.
Vu que je vais être amené à piloter le bateau, je vais répondre à mon besoin, et si je réponds aux besoins d'autres personnes en même temps... Ouais je vais sûrement coder mon système de navigation.
Ça m'a pris 5 ans à peu près, avec un temps qui n'est pas du tout constant, parce que ça dépend des motivations, des entrées d'argent et aussi du savoir faire qu'on développe. Autour de moi j'ai des gens qui font de la sculpture, d'autres qui font de la gravure, ils prennent énormément de temps pour ça. Parfois ils font des expos, ça leur plaît, ils passent du bon temps, moi je passe du bon temps en le faisant. Du coup, est-ce qu'on peut voir ça uniquement comme une boîte qui fabrique un bateau et vous le rend clés en mains ? Là, c'est mon temps !

Sommaire du numéro 6
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CAFÉ ARMÉNIEN UN PEU BRICOLÉ SUR POÊLE TATAR DANS UN GARAGE DE SHANGHAÏ, MOSCOU
PLATES
MANIFESTE DU DESIGN LIBRE
LES PROMESSES DU BRICOLEUR
BRICOLAGE ET MÉTIERS DE LA CRÉATION

LE BRICOLAGE NECESSAIRE DE LA VILLE FORAINE
HACKINGBOAT, TU FAIS QUOI LÀ, LE MANOUCHE SUR L'EAU ?
EDITO JOURNAL À TITRE PROVISOIRE N°6 : MAKHNOVTCHINA /HACKING OUVRIER VS LE HÉRO VERNIEN EN SWEAT À CAPUCHE
HACKING (DU) QUOTIDIEN
DU BRICOLAGE À L'ARTISANAT EXEMPLE DES GARAGES À SHANGHAÏ
DROITS DE PROPRIÉTÉ INCOMPLETS ET COPIES COMME PROCESSUS PRODUCTIF

Réalisation : Échelle inconnue

MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.