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CAFÉ ARMÉNIEN UN PEU BRICOLÉ SUR POÊLE TATAR DANS UN GARAGE DE SHANGHAÏ, MOSCOU

Numéro 6


-17 °C. Accroupi dans le garage, Ilya coupe du bois et charge le vieux poêle. Lentement, la température grimpe. « Un hiver, au Tatarstan, la température était descendue à -50 °C. Ma mère m' a obligé à aller à l' école. J' ai marché des kilomètres. Quand je suis arrivé l' école était fermée. »

À côté du vieux poêle un plus petit est apparu ces derniers jours. « Je l' ai fait avant-hier avec des plaques de tôle qui me restaient. Là, en dessous j' ai fait un tiroir pour cuire les pommes de terre. Je vais le surélever et en ajouter un autre pour le poisson. Un café ? »
Il ya s' active, récupère pots et tasses à droite à gauche, les rince à l' eau du réservoir accroché au mur, bricolé en lavabo. Il fait tourner l' eau à l' intérieur avant de la jeter au sol, recommence. Dans une tasse métallique, il verse le café moulu, le sucre et l' eau chaude de la bouilloire.
« C' est un Arménien qui m' a appris à le faire comme ça. Il était venu se réfugier ici après le séisme de 88 qui avait tout détruit chez lui, là-bas. Il travaillait dans un restaurant. C' est comme ça qu' il est meilleur. Mais il faut un café moulu très fin. »
Déjà connu à la Mecque et en Arabie dès 1414, ce sont les marchands arméniens qui firent découvrir le café à Vienne et à Paris. Mais c' est au XVème siècle, par l' expansion territoriale et l' influence culturelle de l' Empire Ottoman, que cette méthode de préparation par décoction s'est répandue sur un espace couvrant Afrique du Nord, Balkans, Caucase, Ukraine et Proche-Orient.
Sur le poêle, dans le mug en inox d' Ilya qui fait office de cezve (le récipient traditionnel utilisé pour cette préparation) , une mousse sombre commence à monter. Ilya saisit pots et tasses et commence à en verser de petites quantités à l' intérieur. Il repose le cezve sur le feu.
Même si récemment, la tradition du café turc, s' est trouvée amoindrie par la disponibilité croissante de café expresso, d'insipides eaux chaudes aromatisées comme le thé, ou pire encore, de café instantané, c' est par l' Arménie qu' elle perdure ici à Shanghaï dans des mains tatares.
La mousse grimpe de nouveau le long des parois de la tasse. Ilya répartit le contenu dans chaque récipient qu' il nous tend. Je saisis le premier. « Non ! Ne prends pas celle-là ! La jolie tasse c'est pour Liudmila ! »

Sommaire du numéro 6
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CAFÉ ARMÉNIEN UN PEU BRICOLÉ SUR POÊLE TATAR DANS UN GARAGE DE SHANGHAÏ, MOSCOU
PLATES
MANIFESTE DU DESIGN LIBRE
LES PROMESSES DU BRICOLEUR
BRICOLAGE ET MÉTIERS DE LA CRÉATION

LE BRICOLAGE NECESSAIRE DE LA VILLE FORAINE
HACKINGBOAT, TU FAIS QUOI LÀ, LE MANOUCHE SUR L'EAU ?
EDITO JOURNAL À TITRE PROVISOIRE N°6 : MAKHNOVTCHINA /HACKING OUVRIER VS LE HÉRO VERNIEN EN SWEAT À CAPUCHE
HACKING (DU) QUOTIDIEN
DU BRICOLAGE À L'ARTISANAT EXEMPLE DES GARAGES À SHANGHAÏ
DROITS DE PROPRIÉTÉ INCOMPLETS ET COPIES COMME PROCESSUS PRODUCTIF

Réalisation : Échelle inconnue

MAKHNOVTCHINA
MAKHNOVTCHINA
Makhnovtchina est un repérage actif des nouvelles mobilités urbaines et périurbaines à l'heure des grands projets de métropolisation. C'est un atelier itinérant de production participative d'images (fixes, vidéos, ou multimédia), de textes, de cartes, de journaux, « Work in progress ». Ce travail mené par des architecte, géographe, créateur informatique, sociologue et économiste vise à terme la proposition d'architecture ou d'équipements mobiles et légers. Ce travail vise, en outre, à explorer les futurs vides ou terrae incognitae que créent ou créeront les métropoles. Il propose une traversée du terrain d'accueil pour « gens du voyage » au marché forain en passant par les espaces des nouveaux nomadismes générés par la déstructuration des entreprises, notamment de réseau (EDF, GDF, France télécom...), ainsi que par les campings où, faute de moyens, on loge à l'année. Une traversée, pour entendre comment la ville du cadastre rejette, interdit, tolère, s'arrange, appelle ou fabrique la mobilité et le nomadisme. Ce projet de recherche et de création s'inscrit dans la continuité de certains travaux menés depuis 2001 : travail sur l'utopie avec des « gens du voyage » (2001-2003), participation à l'agora de l'habitat choisi (2009), réalisation d'installation vidéo avec les Rroms expulsés du bidonville de la Soie à Villeurbanne (2009) et encadrement du workshop européen « migrating art academy » avec des étudiants en art lituaniens, allemands et français (2010). Il tente d'explorer les notions de ville légère, mobile et non planifiée avec ceux et celles qui les vivent.